‹ Casier sanitaire des maisons et Ville de GrenobleChapitre 8 sur 19 · LA TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

LA TUBERCULOSE

La contagion de la tuberculose n’a été démontrée qu'en 1865, lorsque Villemin inocula l'infection à d’autres animaux. En IS82, Koch découvrait le bacille tuberculeux et permettait ainsi de poursuivre les modes de contage de cette redoutable infection, en même temps qu'il provoquait des recherches expérimentales dans le but de trouver une méthode thérapeutique capable de vaincre la tuberculose humaine. Les faits acquis ont accusé des différences profondes entre la tuberculose et les maladies infectieuses que la vaccination jennerienne ou pastorienne et la sérothérapie peuvent vaincre.

Actuellement, nous ne possédons pas de traitement scientifique de la tuberculose, reposant sur la connaissance de son bacille ou de ses sécrétions. Nous n'avons d'action que sur le terrain tuberculeux. Nous pouvons lutter contre la tuberculose en rendant le terrain plus résistant et plus fort, ou en le mettant à l'abri de la contagion. Mais ici la contagion est importante et règne en maîtresse. C’est que nous nous trouvons en face d’un bacille particulièrement résistant, qu'il est difficile de détruire et qui, pendant longtemps, est capable d'envahir notre organisme et de nous tuberculiniser.

Voici la description qu'en donne M. Louis Rénon dans son ouvrage, les Maladies populaires.

« Le Bacille de Koch se voit très bien lorsqu'il est coloré et on le trouve alors facilement dans les produits pathologiques qui peuvent le contenir, dans les crachats, dans le pus. I faut donc colorer le bacille tuberculeux. Après la coloration, on décolore toute la préparation à l'aide d'un acide qui laisse le bacille seul coloré, car le bacille de la tuberculose se classe parmi les bacilles acidorésistants.

« En général, le bacille tuberculeux se développe beaucoup mieux dans l'obscurité qu'à la lumière, aussi meton toujours un rideau noir sur les étuves contenant les cultures. La chaleur, quand elle est humide, tue le bacille tuberculeux assez rapidement : l'ébullition et le séjour dans la vapeur d’eau sous pression pendant quelques minutes à l'autoclave sont suffisants pour amener ce résultat. Quand la chaleur est sèche, il faut plus de temps et on peut voir les bacilles résister à une chaleur sèche de 100° pendant trois heures sans être détruits.

Le froid n'a aucune action, le bacille de la tuberculose pouvant vivre dans la glace.

La putréfaction n'a pas non plus beaucoup d'influence sur la vitalité de ce bacille. On a pu laisser des produits tuberculeux dans le sol pendant tout un hiver sans qu'ils soient devenus inoffensifs. |

La lumière est un des agents physiques qui a le plus d'influence sur le bacille. Elle anéantit très rapidement le bacille.

A la lumière directe, dit M. Edwin Solly, peu de minutes suffisent pour le Luer et si l'air qui a été ensoleillé

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pénètre dans les appartements infectés par les crachats tuberculeux, l'habitation peut être occupée au bout de trois à quatre semaines, surtout si la literie, les tapis, les tentures ont été mis dehors et exposés à la lumière solaire. »

Koch, Jousset, déclarent également que la lumière solaire a une grande influence bactéricide sur le bacille de la tuberculose. Les agents chimiques le détruisent mal et leur action est moins certaine que celle de la lumière solaire qui, seule, est capable de lutter contre lui.

« Comment, dit M. Juillerat, entreprendre la lutte contre le terrible bacille qui frappe indistinctement tous les organes et qui fauche chaque année, en France, 150.000 vies humaines, et dans Paris seul, près de 12.000.

La désinfection, si efficace contre les autres maladies, est illusoire contre Ia tuberculose, ou du moins ne peut avoir qu'un effet restreint.

Toutes les autres maladies ont une évolution d’une durée limitée. Pendant une semaine, deux semaines, un mois, deux mois même, il est possible de surveiller le malade, de régler ses rapports avec le monde extérieur, de désinfecter chaque jour les objets qu'il a touchés et même les personnes qui l'ont approché: puis après la terminaison de la maladie par décès ou par guérison, de désinfecter soigneusement et à fond le logement et le mobilier rendus par cette opération désormais inoffensifs. Pour la tuberculose, rien de semblable. Le tuberculeux, sauf dans la dernière période de son mal, n'est pas alité. Il va, vient, vaque à ses occupations habituelles pendant des mois, des années même. Et pendant tout ce temps, dans la rue, au bureau, à l'atelier, dans toutes les parties

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de son logement, partout où il passe et séjourne, il tousse, crache, répandant autour de Iui par millions, dans ses crachats, dans les buées qu'il projette en toussant, les bacilles meurtriers. Il est impossible de lui appliquer les mêmes mesures qu'aux autres contagieux. »

C'est pour ces raisons que le Comité consultatif d'hygiène publique de France, et après lui l'Académue de médecine, n'ont pas classé la tuberculose parmi les maladies à déclaration obligatoire. Mais nombreux sont les hygiénistes qui pensent que le meilleur moyen de lutter contre elle serait de l'inscrire, au moins quand elle s'accompagne de sécrétions bacillaires, parmi les maladies à déclaration obligatoire. La Norvège, depuis le 1% Janvier 1901, puis le Danemark, en 1905, ont pris l'initiative de cette mesure. Elle permet de prendre des mesures de prophylaxie indirecte, qui ont le plus heureux effet sur l'étiologie et la propagation de la maladie.

« Sans doute, dit André Lefèvre, on ne saurait ramener tout le problème à cette simple notion. Bien d'autres facteurs importants subsistent : l'aération notamment, et aussi les conditions sociales, la vie matérielle, le surmenage exclusif et l'alimentation insuffisante. »

« Supprimez les salaires de famine, disait récemment M. Muensterberg, de Berlin, et vous ferez beaucoup contre la tuberculose. »

Au pont de vue contagion, il faut surtout retenir que le meilleur agent de destruction du bacille tuberculeux est la lumière solaire, il en résulte que partout où il y aura du soleil, il y aura de la désinfection permanente, la contamination ne sera pas possible.

Aussi, ce qu'il faut fournir à tous ceux qui travaillent

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et que les fatigues quotidiennes mettent en infériorité vitale, c'est de l'air, du soleil nécessaires à la santé, nécessaires pour vaincre la contagion.

On a constaté que partout où il y avait de l'air et du soleil, il y avait peu de tuberculeux, et Marié-Davy, étudiant la mortalité tuberculeuse dans ses rapports avee le nombre de portes et fenêtres, conclut que les fortes mortalités correspondent aux fenêtres peu nombreuses.

Dans ces conditions, que convient-il de faire pour lutter contre le fléau.

« Vainement, écrit M. Cheysson, on essaiera de contenir ce redoutable fléau si lon ne commence à en tarir la source. On parle, et je n’ai garde de combattre ces belles créations que je viens d'admirer en Allemagne, on parle de multiplier sur notre territoire les sanatoria et de leur prodiguer les centaines de millions qu'exigent leur établissement et leur entretien. Mais ne serait-1l pas plus économique et plus humain de s'occuper aussi du logement de l’ouvrier, avant que la tuberculose qui lâche si difficilement ses victimes ne les aient marquées de sa terrible empreinte ?

«Certes, c'est bien de disputer un tuberculeux à la mort, mais ne serait-ce pas mieux encore, avant qu'il ne soit atteint et peut-être, hélas ! condamné sans remède, de l'aider à se procurer un logement salubre, d'où la propreté, l'air et le soleil chasseront le bacille meurtrier embusqué dans les recoins puants du bouge ? »

C'est donc les logements insalubres qu'il faut attaquer el traquer, et leur suppression marquera une diminution rapide de la tuberculose.

Mais ces logements ne se signalent par rien à l'atten-

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lion. Ils sont, en général, habités par des gens peu fortunés, mais autant cependant que d’autres, logeant dans d'autres maisons où la mortalité est moindre.

Pour atteindre ces logements meurtriers, 1l faut les connaître.

« Le seul moyen, dit M. Juillerat, d'arriver à la connaissance approfondie du logement, c'est, ainsi qu'on l'a fait à Paris, d'établir dans toutes les villes un casier santlaire des maisons. C'est également pour aider ‘à la connaissance de ces foyers morbides que nous pensons qu'il serait utile que la déclaration de la tuberculose fût obligatoire. »

À Lyon, MM. Lacomme et Dupin sont arrivés aux mêmes conclusions :

« Il est hors de doute, que l'habitation joue un grand rôle dans la propagation de la tuberculose: il est évident que tant que l'ouvrier aura des taudis sans air et sans lumière, 1l sera dans de mauvaises conditions pour pouvoir résister au bacille de Koch, que les poussières de l'atelier où d’ailleurs lui auront transmis.

«Il faut arriver à donner à l’ouvrier un logis sain et agréable.

« Il serait désirable que l'on pt multiplier les jardins et les cités ouvrières, mais en attendant qu'il y en ait assez partout, 1l faut exiger des propriétaires la mise en élat de leurs taudis, et pour cela, il faut les connaître.

« Pour les connaître, faisons comme à Paris : établissons un casier sanitaire...»

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