‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 10 sur 158 · MINISTERE DECAZES · texte numérisé non relu

MINISTERE DECAZES

tait retiré, laissant son portefeuille à M. Roy, député de Paris; il n'avait pu résister aux critiques dont sa gestion financière et surtout les procédés employés pour l'émission du dernier emprunt furent l'objet. Casimir Périer publia une nouvelle brocluire : Réflexions sur V emprunt de 10 inillions, dans laquelle il attaquait les agissements du ministre, qui, contrairement aux vœux émis par la Chambre, aux engagements pris, avait traité sans concurrence ni publicité effectives. Il reproduira ses critiques en les développant dans le cours de la session au moment de la discussion des lois de finances. La retraite de M. de Corvetto ne sauva pas le cabinet; quelques jours plus tard, le duc de Richelieu dut se retirer, son attitude indécise lui avait aliéné et la droite et la gauche; il fut suivi par MM. Roy, Pasquier, Mole et Laine. Le Roi forma un nouveau cabinet sous la présidence nominale de M. le général Dessolles et la prépondérance efïective de M. Decazes, favori de Louis XVIII; M. de Serre, président de la Chambre à la précédente session, eut le portefeuille de la justice, le baron Portai, la marine, et le baron Louis, les finances. Le ministère du 29 décembre, beaucoup plus homogène que celui qu'il remplaçait, se montra décidé à marcher hautement et loyalement dans les voies tracées par la Charte. II s'appuyait sur le centre gauche. Une fournée de soixante pairs vint fortifier l'opinion libérale dans la Chambre haute. Mais il avait à lutter contre une opposition redoutable comprenant les ultra, partisans plus ou moins avoués du retour à l'ancien régime, et souvent même la droite plus modérée dont M. de Villèle était devenu le chef. Les premiers prenaient le mot d'ordre au pavillon de Marsan, chez Monsieur, comte d'Artois, frère du Roi.

Le io février 1819, le baron Louis présenta un projet de loi ordonnant l'ouverture dans chaque recette générale d'un livre auxiliaire du grand livre de la dette publique et prescrivant que, sur la demande des rentiers, les arrérages seraient compensés par le receveur général avec les contributions directes. Cette excellente mesure, vivement combattue par la droite,

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avait pour but de consolider notre crédit, de iacilitcr le classement des rentes. Casimir Pcricr soutint le projet de loi, réfutant avec le talent et la verve dont il avait fait preuve dans la session précédente les arguments spécieux des adversaires de l'innovation proposée.

« La loi dont nous nous occupons, dit-il dans la séance du « 23 mars, n'est pas seulement une loi financière : elle est (( aussi une loi essentiellement politique.

« Eii! messieurs, ne nous le dissimulons pas, le sentiment « des intérêts est bien plus puissant que celui des doctrines (( pour conserver les institutions des États; je n'en citerai « qu'un exemple, celui des domaines nationaux. Quelque (( jugement qu'on puisse porter sur cette mesure, on ne peut « contester qu'elle atteignit le but de ses auteurs, qui savaient « bien qu'il fallait attaclier à des intérêts positifs le maintien » des principes qu'ils voulaient faire prévaloir.

« Le crédit est tout à la fois le résultat et le soutien du « Gouvernement représentatif.

« Ceux qui affectent un si grand dédain pour le crédit, qui « essaient d'en confondre les causes avec les variations éphé- « mères de la Bourse, ne font peut-être que renoncer à un « avantage qu'ils croient incompatible avec leurs vues enne- (( mies d'une sage liberté. Toujours est-il que leurs idées (( coïncident avec celles de l'homme à qui un noble pair à « accordé si particulièrement la science du pouvoir, et qui « certainement n'a jamais eu la science du crédit. Aussi prit- « il le parti de dédaigner ce qu'il ne pouvait atteindre. Il se (( passa de crédit, parce qu'il sentit qu'il n'en avait pas les « éléments dans son système de despotisme. Ceux qui com- « battent aujourd'hui avec tant d'acharnement le système de « crédit ne sont-ils pas poussés par le même instinct ?N'est- « ce pas plutôt par sentiment que par conviction qu'ils s'op- (( posent à tous ces développements qu'ils regardent comme « un obstacle de plus à l'établisseuient de leur système face vori ?... » Aussi Périer défend-il de toutes ses forces a une disposition qui rend les rentes vraiment nationales,

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