G4 CASIMIR PÉRIER
'( la Chambre haute viennent contrôler les opérations de la '( Chambre des députés. Mais cela n'a jamais été aussi impor- « tant que cette année, parce qu'à la loi des Finances se tron- « vent jointes des questions particulières de la plus haute « importance, notamment la question de l'amortissement, (( qui a été traitée dans cette enceinte ; la question du dé- (( grèvement qui excite le plus grand intérêt; la question de (( l'instruction publique, qui, d'après l'aveu de M. l'évêque « d'Hermopolis lui-même, se trouve confiée, au moins pour « sept collèges, à des corporations illégales. {Murmures .^ « Vous voyez, messieurs, que dans l'état des choses il serait « impossible à la Chambre des pairs d'émettre son opinion « sur toutes ces questions. Par une combinaison difficile à « expliquer, tous les jours on interrompt nos discussions « pour nous faire voter sur de petites lois d'intérêt local dont « les ministres peuvent avoir besoin; on nous les fait voter <( ainsi, afin que le jour oh la dernière boule pour l'adoption (( du budget sera mise dans l'urne, la Chambre soit libre de (( se retirer, ce qui mettra la Chambre des pairs dans l'im- « possibilité d'émettre aucune opinion sur les diverses ques- « tions que je viens d'énumérer. [Murmures.)
« Vous ne devez pas avoir oublié, messieurs, les obstacles « que le ministère a rencontrés relativement à l'amortissc- (( ment; car ses promesses avaient été formelles, et l'on de- « vait croire à leur accomplissement. Eh bien! la Chambre « des pairs va se trouver privée du droit de pouvoir émettre (( uneopinionsur cette question. {Murmures.) Oui, messieurs, « il faut arriver franchement à cette discussion. Je dis que c( vous annihilez l'influence de la Chambre des pairs.
Voix à droite. — « C'est n'est pas la question!
M. Casimir Péiuer. — « Je vous demande pardon, c'est la (( question, puisqu'il s'agit de la dotation de la Chambre des « pairs. Il sera impossible à cette Chambre de faire le moin- « dre amendement à la partie de la loi de Finances qui re- « garde l'amortissement, puisque nous ne serons plus ici pour « voter.
LA SITUATION FINANCIERE 36a
(( Il était important d'appeler votre attention sur cette ques- « tion, et de faire voir que, quand la Chambre des pairs a " montré tant de respect pour la prérogative de la Chambre « des députés, puisqu'elle a refusé d'adopter l'article d'une (( loi qui contenait un impôt, par cela seul qu'il aurait dû « être présenté en premier lieu à la Chambre des députés, (( nous devons à notre tour nous garder de rien faire qui « puisse porter atteinte à son intluence. Vous ne devez pas (( avoir oublié, messieurs, que la Chambre des pairs a su « prouver qu'elle n'approuverait pas les projets des minis- « très, et se montrer sévère dans l'investigation des lois qui « lui ont été soumises...
a Messieurs, je dois vous faire remarquer qu'il est d'autant « plus instant de faire attention à la marche que prend le '< vote des lois qu'il dépendrait bientôt tout à fait d'un mi- '( nistère qui se rendrait maître des élections, qui compose- « rait la Chambre dos députés uniquement de ses amis et (( parviendrait à réduire à rien le concours de l'autre Cham- « bre. {Vive interruption.')
Un grand nombre de voix. — « Allons donc, ce n'est pas f( la question... Parlez du budget !
M. LE Président. — « Je dois faire remarquer à l'orateur « qu'il s'écarte de l'article en discussion. .. »
Soit qu'il reconnût la justesse de l'observation du président, soit qu'il eût jugé inutile de chercher à dominer la malveillance de la majorité, Casimir Périer descendit de la tribune, laissant l'assemblée dans la plus vive agitation. Il est probable aussi que, sachant qu'il devait reprendre la parole dans cette môme séance, il tint surtout à ne pas user ses forces dans une lutte contre le parti pris des amis du ministère.
En effet, quelques instants après, au moment où vient en discussion un autre chapitre du ministère des Finances (services administratifs), il réclame de nouv^eau la parole.
« Ce n'estpas, dit-il, que je veuille attaquer dans ses détails ({ l'administration du ministère des Finances et la manière
« dont les fonds sontrépartis entre les divers employés; mais « je suis bien aise de saisir cette occasion pour jeter un « coup d'œil rapide sur notre situation financcre et faire voir « notre véritable position, afin de dissiper toutes ces idées de «richesse dont on a entouré la proposition du dégrèvement. (( Je n'ai nullement l'intention de traiter aujourd'hui laquesce tion du dégrèvement, mais je pense qu'en bonne adminis- « tration nous ne devons pas craindre de voir à fond notre a situation financière, soit par rapport à nos dépenses ordi- (( naires, soit par rapport à nos dépenses extraordinaires, et (( aux différents moyens que nous pouvons avoir pour faire « face aux unes et aux autres.
(( On nous demande cette année une somme de 916 mil- « lions. Il semble au premier aperçu qu'une nation qui paye «916 millions d'impôts doit être assez riche pour subvenir « à tous ses besoins. Eh bien! quand on examine l'emploi « de cette somme énorme, on trouve qu'avant d'en pouvoir « appliquer une partie à notre existence particulière, nous « sommes grevés d'une charge de S06 millions, qu'il nous a faut acquitter sous peine de banqueroute; non pas qu'en « prononçant ce mot je la craigne pour la France, mais c'est « pour rendre avec vérité l'état des choses. Eh bienl sur ces « 916 millions l'amortissement, la liste civile, les frais d'ad- « ministration, la dette viagère, les pensions de toute nature, « l'intérêt des cautionnements, les frais de service et de « négociations, la dotation de la légion d'honneur absorbent « S06 millions. D'autre part les budgets de la Guerre et de la « Marine prennent une sommede2S3 millions ;il faut ajouter « encore que M. le ministre de la Marine nous a déclaré que « son budget était de 8 millions au-dessous de l'alloca- « tion qui lui était nécessaire. M. le ministre de la Guerre « vous a dit, en outre, qu'il s'en fallait de 20 millions pour « que le sien atteignît le taux auquel il devait être fixé. On « sait en outre ce qu'exigeraient les ponts et chaussées. Ce « n'est donc plus que sur la somme de 132 millions que « peuvent être faites les dépenses du ministère de la Justice,