COMITE SECRET. AFFAIRES EXTÉRIEIRES
« esl dans l'impuissance de faire respecter ses ordres. L'Es- « pagne, enfin, est-elle tranquille? Non, la plus complète « anarchie, le désordre le plus affreux régnent dans ce pays. « Tant que subsistera, dis-je, cet état de choses, il n'y aura « de tranquillité à espérer ni pour la France, ni pour le Porte tugal, ni enfin pour l'Europe.
(( Il n'existe de moyen de salut que dans un ordre légal, (( dans des institutions assorties, tant que vous le voudrez « aux mœurs de l'Espagne, mais propres à garantir son « repos. C'est à cebut, messieurs, que nous devons tendre, et « c'est parce que le paragraphe de l'adresse n'est pas assez « explicite sous ce rapport que je proposerai un amendement « après avoir donné à mon opinion quelques courts dévelop- « pements.
(( La cause première du mal dont les conséquences se font (( sentir à la fin est toute, messieurs, dans l'occupation de « l'Espagne : une fois réalisée, le tort du ministère, tort « immense puisque les événements présents en découlent, (( est de n'avoir pas eu le talent ou le courage de faire ser- « vir cette occupation à atteindre le but qu'il s'était proposé.
« J'ai écouté depuis deux jours avec attention ceux de nos (( collègues qui ont poussé le ministère à faire malgré lui la « guerre d'Espagne, Évitant de se replacer sur ce]terrain, où <( ils nous ont si imprudemment engagés, ils se sont bornés (( à parler des événements du Portugal et surtout de l'arrivée (( des Anglais dans la péninsule. On attente à notre honneur, « nous ont-ils dit; nous abandonnons notre allié,, le Roi '( d'Espagne, en sacrifiant la politique de Louis XIV à la poli- (( tique anglaise. S'il en est ainsi, messieurs, nous n'avons (( qu'un moyen de nous venger de tant d'outrages. C'est de « nous battre; mais, si j'ai bien entendu, nul de ces orateurs « n'a pris de conclusions formelles, nul n'a osé prononcer le « mot de guerre et n'a présenté d'amendement. Ces asser- <( lions, ces faits sont donc inexacts, ou les orateurs se « montrent peu conséquents avec eux-mêmes, car une con- « clusion était inévitable, et ils devaient ouvertement deman-
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« dcr la guerre. Nous nous permettrons donc de croire que (( ce tableau manque de vérité, et nous ne suivrons pas plus « longtemps la discussion sur ce point.
Plusieurs voix. — « Nous n'avons pas demandé la guerre.
M. Casimir Périer. — « C'est précisément ce que je dis, (( messieurs ; mais que voulez-vous donc, si vous ne voulez <( pas la guerre, puisque vous ne cessez de répéter que les (( intérêts de la France sont sacrifiés aux intérêts anglais, « que nous sommes insultés par le ministère britannique, et (( qiie nous laissons dépouiller nos alliés sans oser prendre « leur défense ? A quoi tendent ces violentes déclamations ? « Et je vous dirai franchement, comme on vous l'a déjà dit : « expliquez-nous sur quel terrain jvous vous placez^ afin que « nous puissions ou nous entendre, ou vous combattre. La (( conséquence de vos discours ne peut être que la guerre.
Plusieurs voix. — « Non, non !
M. Casimir Périer. — « Comment, messieurs, ce n'est pas (( la guerre ! Eh bien! je m'en rapporte à vous, et j'en « appelle à la conscience de la Chambre. Lorsque l'on conte nut à Paris le message du Roi d'Angleterre, lorsque l'on « connut le discours de M. Canning, quel effet produisirent- « ils sur f'opinion de ceux qui siègent dans cette partie de '( l'assemblée ? N'entendait-on pas de tous côtés qu'il fallait « venger l'honneur national outragé par le ministère anglais? <( On ne parlait que d'une croisade contre l'Angleterre, et (( Ton aurait pu croire que le lieu de vos séances était devenu (( le rendez-vous des nouveaux croisés.
Plusieurs voix. — « C'est vrai !
M. Casimir Périer. — « Mais je reviens au ministère, et « sur ce terrain, à travers toutes ses fautes, si j'ai les plus (( graves reproches à lui faire, je suis loin de le blâmer de « n'avoir pas assez fait pour l'Espagne. Je l'accuse au con- '( traire d'avoir trop fait pour elle. On fait un crime au (( ministre des Affaires étrangères d'avoir dit d'un petit-fils (( de Louis XIV qu'il avait manqué à ses promesses : je lui (( reprocherai, au contraire, de ne l'avoir pas dit plus tôt, et
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<< d'avoir soufiert depuis trois ans que le Gouvernement <( espagnol manquât à tout ce qu'il doit à la France, en bra- « vaut, en méprisantles conseils de Louis XVIII, du Dauphin « et de Charles X, qui sont aussi pour nous, messieurs, les « petits-fîls de Louis XIV.
Plusieurs voix. — « Mais le Roi d'Espagne est notre plus « ancien allié.
M.Casimir Périer. — « Comment In'avons-nouspas assez fait <( pour Ferdinand VII qui manque à toutes ses promesses « envers ses peupleset envers nos Princes?Quoi! nous avons f( sacrifié pour lui 300 millions, un Prince français est allé « à la tête de cent mille hommes le ramener dans sa capitale « et il répond à tant de bienfaits par l'ingratitude la plus (( inouïe, parle mépris de tous les vœux, detous les besoins « de la France ; il fait plus, il voudrait nous entraîner dans <( une guerre plus ruineuse que la première en violant le ter- « ritoire portugais et tous les traités qu'il a signés. Et nous « n'en aurions pas fait assez 1
« Je reprocherai au ministère d'avoir inutilement prolongé (( en Espagne le séjour de nos troupes, de n'avoir pas acc( compli le mandat sacré que lui avait donné Louis XVIII et <( qui devait prévenir tant de sacrifices pour la France et tant (( de maux pour la péninsule; je lui reprocherai de n'avoir pas « su faire respecter les capitulations conclues sous les auspices (( duPrince, d'avoir laissé un parti implacable dans ses haines (( et ses vengeances s'emparer du pouvoir et substituer la ter- <( reuret lamort,là où nos armes,]esvertusduPrince, avaient « fait présager quelque repos après tant d'années de discordes « et de malheurs; je lui reprocherai d'avoir, par sa [conduite « faible et incertaine vis-à-vis du cabinet espagnol, laissé (( s'organiser en Espagne l'agression des insurgés portugais « contre leur patrie, qui menace l'Europe d'une conflagra- « tion générale ; je lui reprocherai enfin de n'avoir pas su « exiger de Ferdinand, avant d'entrer dans la péninsule, des « garanties que saconduite antérieure rendait indispensables.
(( Ferdinand n'avait-il pas promis solennellement, en ren-
(( Irant, en 1814, dans son royaume, par sa déclaration du (( 4 mai 1814, qu'il n'obéirait à l'avenir qu'a des lois établies « du consentement des Cortès ?
« Le manque de foi à cet engagement n'a-t-il pas produit « la constitution de Tîle de Léon, née du désespoir de ses u peuples ?
a Et lorsque Louis XYIII envoya un fils de France pour « que Ferdinand fût libre., ainsi que l'indiquait le discours du « Trône de 1823, de donner à ses peuples des institutions « fpi ils lie peuvent tenir que de lui, et qui, en assurant leur (( repos, dissiperaient les justes inquiétudes de la France^ (( que ne fit pas encore ce monarque, pour prouver au minis- (( tère que lo but de notre intervention ne trouverait jamais (( en lui qu'obstacles et dangers?
« Comment a-t-il répondu à la lettre que lui adressait le (( duc d'Angoulème sous les murs de Cadix et dans laquelle « il renouvelait les vœux et les conseils de Louis XVIII en (( s'exprimant ainsi :
« Monsieur mon Frère et Cousin.
« L'Espagne est délivrée du joug révolutionnaire; quelques « villes fortifiées servent seules de refuge aux bommes com- (( promis. Le Roi mon oncle et seigneur avait pensé, et les (( événements n'ont rien changea ses sentimefits, que V.3I., (( re7idue à la liberté et usant de clémence, trouverait bon (( d'accorder une anviistie nécessaire après tant de troubles, « et de donner à ses peuples, par la convocation des an- « ciennes Cortès du royaume, des garanties d'ordre^ de <( justice et de bonne administration. Tout ce que la France M pouvait faire ainsi que ses alliés et l'Europe entière avait ( pour objet de consolider cet acte de sagesse ; je ne crains (( pas de m'en porter garant. »
(( Ferdinand a-t-il accordé quelque déférence à de si sages (( conseils ? Non : son premier acte, au contraire, est un acte K de dédain: il proteste contre sa proclamation de Cadix qui (( promettait formellement une amnistie et l'oubli du passé.