‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 108 sur 158 · COMITÉ SECRET, AFFAIRES EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

COMITÉ SECRET, AFFAIRES EXTÉRIEURES

« On sait commeDt fut traité le parti vaincu, malgré les « promesses solennelles de Ferdinand et les vives instances « du Prince généralissime.

(( Cependant le ministère, qui n'avait pris aucune précau- « tion pour assurer la tranquillité future do l'Espagne dont « dépandait la nôtre, ne craignit pas de dire dans le discours « du Trône de 1824 :

a La plus généreuse comme la plus juste des entreprises a « été couronnée d'un succès complet; la France, tranquille « chez elle, n'a plus rien à redouter de la péninsule; l'Espagne a rendue à sonRoi est réconciliée avec le reste de l'Europe. »

« Quelle réconciliation !

(( Mais comme si le passé n'avait pas encore assez démonce tré au ministère que jamais, par sa conduite pusillanime, il (( n'atteindrait le but de notre intervention, Ferdinand se « charge de le lui signifier de la manière la plus formelle et « la plus explicite. Ce monarque rend ce fameux décret du « i9 avril 1825, qu'il a renouvelé le 14 août 1826. Par ce (( décret, Ferdinand déclare qu'il ne souffrira jamais aucune « variation dans la forme de son Gouvernement ni ne perce mettra l'établissement des Chambres et autres institutions « semblables, quelle qu'en soit la dénomination.

« Qu'avez-vous fait, suis-je donc fondé à dire au ministère, (( depuis et avant la publication de ce décret du roi d'Espagne, « pour satisfaire aux intentions de Louis XYIII et aux besoins « de la France ? En prêtant votre appui à Ferdinand, en met- « tant à sa disposition et nos armées et nos trésors, vous (( n'avez pu, je le sais, vouloir imposer nos lois, une Charte <( à ce monarque, à l'Espagne ; mais au moins vous avez « dû exiger des assurances morales que pour prix de tant de « sacrifices Ferdinand donnerait à son pays des institutions (( qui, comme l'indiquait le discours de la Couronne, devaient « assurer son repos et dissiper nos inquiétudes ; autrement, « vous auriez compromis cruellement nos trésors et notre « repos.

«Vous avez renversé la constitution des Cortès, vous avez

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« drtruit ce que vous nommiez l'anarcliie populaire. Et qu'a- « vez-vous mis à la place? l'anarchie monarchique: il y a eu « toujours désordre.

« Ainsi, sous tous les rapports, vous êtes en ce moment « moins avancés qu'avant l'occupation; car alors vous étiez « d'accord avec Ferdinand et aujourd'hui il est en hostilité « contre vous. Vous savez aussi bien que moi pourtant que (( de l'anarchie populaire peut naître enfin un ordre légal ; « mais que l'anarchie monarchique conduit nécessairement « à la perte de la dynastie et aux troubles populaires.

« On ne fait pas ce que l'on veut en Espagne, a dit M. le « président du conseil en réponse à l'un des orateurs qui « ont parlé dans cette discussion; on sait ce qu'il en a coûté <( à la France de Louis XIV pour y établir son petit-fils, et (( les événements récents, sous Napoléon, ont dû apprendre « à ceux qui nous accusent combien il était difficile de pou- (( voir opérer en Espagne les modifications de nature à assu- (( rer sa tranquillité et la nôtre. » Ici je répondrai à M. le « ministre des Finances qu'il aurait dû faire ces réflextions (( avant d'entreprendre la guerre d'Espagne; car alors il de- « vait savoir ce qu'il voulait et surtout ce qu'il pouvait, et « j'ajouterai qu'il est impossible de prononcer d'une manière <( plus formelle la condamnation de cette guerre que ne le « font ses propres paroles.

« Il ressort évidemment, messieurs, des considérations et « des faits que je viens d'avoir l'honneur de vous présenter « que la question capitale, dans les événements présents de (( la péninsule, réside dans ce qu'offre de périlleux pour le « repos de la France et de l'Europe l'occupation de l'Espagne <( [VàT nos troupes et celle du Portugal par l'Angleterre : elle (( réside dans l'état d'anarchie où se trouve l'Espagne et l'aba sencede garanties que peut seul y offrir un ordre légal. C'est (( donc au ministère, à sa faiblesse envers le Gouvernement <( espagnol, à son obéissance aux volontés d'un parti qu'il « faut attribuer tout le mal qui résulte de notre fausse situa- (( tion et qui pourrait allumer en Europe une guerre gêné-

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