BILAN DU CONSTITUTIONNEL
« frais constatés delà manière la plus régulière se sont éle- « vés à 394.000 fr. D'où il résulte que le bénéfice de chacun « des quinze actionnaires, sans en défalquer l'intérêt de leur « capital, est de 25.000 fr. paran.
« Ce capital n'est pas, comme l'a dit M. le ministre des Fi- « nances.. de 20 ou 30.000 francs; et je ne comprends pas « qu'un ministre aussi éclairé que lui dans ces sortes d'af- « faires ait pu hasarder une pareille assertion.
« On sent bien que quand on crée un établissement il ne « faut d'abord que fort peu de chose ; mais qu'ensuite sa va- « leur dépend de la capacité et des talents de ceux qui le (( dirigent. Il est possible que l'établissement d'un journal « coûte fort peu de chose. Mais combien de personnes se (( sont ruinées en en créant ! Si vous faisiez l'addition de « toutes les sommes qui ont été dépensées en pure perte pour « créer des journaux, vous verriez quel capital cela vous « ferait. Quoi qu'il en soit, les actions du journal dont nous « parlons valent de 120 à loO mille francs sur la place, « parce qu'on profite de l'industrie de ceux qui ont fait fruc « tifier l'établissement.
« Voulez-vous des analogues qui vous prouvent que ce (( capital existe réellement ? Est-ce qu'un agent de change à « qui le ministre aura donné une place qui ne lui aura rien (( coûté ne vendra pas au bout de quelque temps cette place « 7, 8 et jusqu'à 950 mille francs ? Cependant, il n'y avait « pas de capital primitif. Le capital existe dès que l'action a « une valeur vénale ; et ce qui pourrait être vrai pour le « fondateur d'un journal est tout à fait faux pour ceux qui « ont acheté des actions et se sont ainsi associés aux opère rations de ce journal. Ainsi, dans l'état des choses, il fau- « drait retrancher 120 à 130 mille francs pour les intérêts du « capital.
« Voyons maintenant l'effet de ces lois qui, d'après M. le « ministre des Finances, ne veulent pas tuer les journaux, a mais associer le Gouvernement à leurs bénéfices ; exami- « nons les résultats de cette association. D'abord, le bénéfice
« de 375 mille francs disparaît par l'application de la nouvelle « loi sur la poste et de la loi future sur le timbre, lois que « toutes deux nous devons à labienveillance du ministère pour « les journaux. Le nouveau timbre qu'on propose d'imposer (( sur un journal qui a 20 mille abonnés indépendamment de (( celui qu'on paie déjà se monterait à 328 mille francs. Quant « aux frais de poste, je ne les ferai pas porter sur la totalité « des exemplaires, puisque sept mille exemplaires sont dis- « tribués à Paris, mais en ne comptant même que 13 mille « exemplaires expédiés journellement par la poste, les frais, « d'après le nouveau tarif, seraient encore de 142 mille francs. a Ainsi la réunion des frais de timbre et de poste formerait « une somme de 470 mille francs, et les bénéfices de Tannée (( ne sont que de 375 mille francs. Il résulterait donc de Tasce sociation méditée par M. le ministre, en supposant que le « prix de Tabonnement ne fût pas augmenté, une perte réelle « non seulement de 95 mille francs mais encore de la tota- « lité des intérêts pour ceux qui ont payé leurs actions 120 ou « 130 mille francs. La perte qui résulterait de celte associa- « tion que je pourrais appeler iéonhie serait par conséquent (( de 132 mille francs par an.
(( Je certifie exacts tous les faits que je viens d'avancer, et « je demande à M. le ministre des Finances comment il a pu « dire que ces deux lois ne tueraient pas les journaux. M. le (c ministre des Finances pourtant, afin devons engager à voter <( sa loi, a fait porter ses calculs sur le journal qui fait le plus << de bénéfices; il n'a rien dit des journaux qui ne gagnent « rien ou presque rien. Eh bien! si l'effet de votre loi est tel (( sur le journal qui fait le plus de bénéfices, je demande quel « effet elle produira sur les journaux qui n'en font que de très (( petits, et sur ceux qui font à peine leurs frais. Il est im- (( possible de ne pas convenir que vos lois tuent entièrement rt les journaux... »
Le nouveau tarif de cinq centimes pour les écrits périodiques n'en fut pas moins voté par la Chambre.
Dans cette môme discussion de la loi sur le tarif des pos-