REPONSE A M. PASQUIER
f( npur d'offrir au Gouvernement, au nom de cotte réunion, (( d'entrer en concurrence, pour Je paiement de 280 millions, (( avec toutes les compagnies étrangères qui pourraient se « présenter à cet effet.
« Quel que soit le résultat de cette tentative, nous nous « persuadons que le concours de plusieurs compagnies sera « salutaire aux intérêts de la France, et que Votre Excellence « voudrabien apprécier les sentiments qui ont déterminé notre « démarche... »
« Cette lettre est le résultat de la conférence que le duc de « Richelieu avait accordée. On lui avait demandé dans cette « conférence s'il avait pris des engagements pour l'emprunt; « il avait dit qu'il n'avait contracté aucune obligation, et voici « ce qu'il a répondu le 31 mai.
« Paris, le 3i mai i8i8.
rt Messieurs , j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait « l'honneur de m'écrire pour offrir de vous charger de l'ac- « quittement envers les puissances étrangères de ce qui leur « est dû par la France pour la contribution de guerre; j'ap- « précie, comme je le dois, les motifs honorables qui vous « ont portés à cette démarche. Les sentiments que vous pro- « fessez augmenteraient, s'il se pouvait, la confiance que la « compagnie que vous proposez de former serait faite pour (( inspirer au Gouvernement; mais dans une transaction de « cette nature, lorsqu'un pays a contracté une semblable (( dette envers d'autres pays, lorsque les plus grands intérêts « de la politique sont liés aux arrangements pécuniaires qu'il « est obligé de prendre, c'est moins ses convenances propres « qu'il doit consulter que celles de ses créanciers. Il faut « d'ailleurs que le crédit des maisons que la France veut <( substituer à sa place soit complètement indépendant du (( sien, pour que sa libération ne soit pas, en quelque sorte, « toujours incomplète, et pour qu'aucune chance ne puisse « rendre incertaine ou môme retarder l'issue des négociations « desquelles dépend tout son avenir.
(( Guidés par ces considérations et après une mûre délihé- (( ration, les ministres du Roi viennent, avec l'assentiment (( de S. M., de se décider à prendre des arrangements éven- « tuels pour l'exécution de celte dette, avec les maisons <( qu'indiquait le vœu des puissances étrangères. En offrant « d'entrer en concurrence, vous n'en avez pas moins, mes- « sieurs, servi utilement les intérêts de la France et acquis de « nouveaux droits à l'estime du Gouvernement, c'est avec « beaucoup d'empressement que je saisis l'occasion de vous a prier d'en agréer l'assurance...
« Signé : Richelieu. »
« Que devons-nous induire maintenant, messieurs, des « termes dans lesquels est conçue la réponse de M. le duc de « Richelieu à la lettre dans laquelle on lui rappelait textuelle- « ment les assurances qu'il avait données qu'aucun engage- « ment direct ou indirect n'avait été contracté, si ce n'est « qu'il a pleinement confirmé, par son silence sur ces asser- « tions, la vérité des détails qu'elles renfermaient? Ne devons- « nous pas y donner autant de créance qu'à l'orateur qui « prétend que M. le duc de Richelieu était engagé par un « traité, quand ce ministre disait et signait le contraire?
(( Le croiriez-vous, messieurs, ce sont ces hommes qui « n'ont eu d'autre tort que d'offrir au premier ministre, « dans les termes les plus modérés et les plus circonspects, « d'entrer en concurrence avec les étrangers pour l'emprunt « de la libération de la France, que l'on accuse, et dont hier « on a représenté la démarche comme la véritable cause de « tous les malheurs qui ont suivi ce fatal traité! Et vous « aussi, monsieur, dont les plaintes étaient si amères hier, « vous venez de nous placer sous une accusation morale, de « nous traduire au tribunal de l'opinion. Nous sommes loin a de nous en plaindre et de le récuser, comme vous avez fait « pour vos amis; nous l'acceptons avec sécurité et nous nous « contenterons pour toute défense de lire ce dont vous nous « accusez.
REPONSE A -M. PASOUIER 55
« Je termine ici, messieurs, mes réponses aux critiques
« que j'ai essuyées de la part des défenseurs d'un ancien mi-
« nistre. Ces critiques, ne détruisant aucun des faits que j'ai
« avancés, prouvent seulement combien l'amitié est féconde
a en illusion ; et mon dernier contradicteur les a poussées si
a loin qu'en se félicitant de ne pas subir des éloges, qu'il
a craindrait de voir se rattaclier à ce qu'il appelle le siècle
a des Cent jours, il a oublié que le nom de son ami pouvait
« s'y rencontrer. Etranges contradictions de l'esprit de parti,
« qui absout ou condamne, selon les hommes, et jamais selon
tt les faits ! Sans doute l'amitié a ses droits, mais l'amour de
« son pays a aussi les siens. En les exerçant, j'ai rempli mon
« devoir de fidèle et loyal député. Si j'y ai mis de la franchise,
« j'y ai mis aussi des égards, et certes ce n'est pas aux amis
a de M. Corvetto à s'en plaindre. »