RETRAIT DE LA LOI SUR LA PRESSE
a siastiqucs,en ne résolvant pas la question dans sa n^ponse, « ce qui peut-être n'était pas de sa compétence, n'ait pas du « moins laissé entrevoir son opinion. »
Ce discours nous a paru intéressant à citer parce qu'il montre quel respect Périer témoignait aux choses delà religion et qu'il répond aux critiques qui lui ont été adressées par quelques historiens au sujet de son prétendu manque de sentiments religieux, critiques que nous aurons à réfuter plus tard. En outre, cette pétition jette un jour curieux sur l'état des esprits à l'époque dont nous nous occupons. C'est à ce douhle tilre que nous en avons parlé.
Le cabinet présenta à la Chambre des pairs la loi sur la presse votée par les députés ; mais, en présence de l'accueil qui lui fut fait par la majorité delà commission, il n'attendit pas le dépôt du rapport et retira le projet. C'était là un grave échec pour la politique du président du conseil. Casimir Périer ne pouvait manquer de le signaler.
Il profita de la discussion d'une pétition pour s'exprimer en ces termes à ce sujet :
«... C'est pour nous un heureux présage que le retrait de « la funeste loi de la presse. {Mouce/nent .)
« C'est à la sagesse du Roi que nous le devons; je m'as- « socie au sentiment qu'un de mes honorables collègues a « déjà exprimé à cesujet. Mais commemembrede la Chambre « des députés, je ne m'en plaindrai pas moins de la conduite « du ministère à notre égard. Lors de la discussion, j'ai « combattu celle loi avec toute la force de ma conviction. « Toutefois, je ne dois pas moins m'étonnerque le ministère « ait tout à coup retiré ce projet de loi, après avoir fait tous « ses efforts pour obtenir ici son adoption, qu'il a représen- (( tée comme un besoin, comme une nécessité de l'ordre sort cial, après avoir provoqué une discussion si alarmante « pour tous les intérêts, après avoir enfin associé la Cliam- « bre à une pesante responsabilité. Ue deux choses l'une : « dans l'opinion du ministère, ou la loi était bonne, ou elle « était mauvaise. Si Ala était mauvaise, il ne fallait pas
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« compromettre le pays et la Chambre ; si elle était bonne « (ce qui est bien loin do ma pensée), il ne devait pas reculer « devant une discussion; que dis-je! devant la simple me- « nace d'un rapport.
« Tout en relevant cette inconvenance du ministère en- « vers la Chambre des députés, je ne m'en associe pas moins « de toute mon âme à l'allégresse publique, à cette joie si « légitime qui se manifeste en ce moment dans toute la ca- « pitale, et qui éclatera bientôt dans la France entière. »
La joie fut-elle un peu trop bruyante, le ministère eut-il la main un peu lourde? Toujours est- il que quelques tentatives d'émeutes rapidement réprimées eurent lieu à Paris. Mais l'agitation n'eut aucune suite et l'ordre ne fut pas un seul moment sérieusement troublé; peut-être est-il permis d'admettre que le cabinet, qui se sentait sérieusement ébranlé par les deux oppositions de droite et de gauche, n'était pas fâché de trouver un prétexte de faire montre d'énergie aux yeux du Roi. Les ministres aiment toujours à se dire indispensables ; peut-être le croient-ils ?
Le retrait de la loi sur la presse fut la cause d'un événement beaucoup plus grave et sur lequel nous dirons quelques mots à cause des conséquences funestes qu'il eut pour la Monarchie.
Le 29 avril, le Roi passa la garde nationale en revue au Champ-de-Mars.LeGouvernement avait longtemps hésité avant de se décider à réunir la garde nationale. M. de Villèle ne s'illusionnait pas sur les mauvaises dispositions de la bourgeoisie parisienne à son égard. Cependant, le Roi reçut un excellent accueil. Un seul incident se produisit : au moment oi'i le Roi passait devant le front d'un bataillon, un garde national cria! «A bas les ministres ! «Charles X arrêta son cheval et répondit avec le plus grand calme et beaucoup de dignité : « Je ne viens pas ici pour recevoir des conseils, mais des hom- « mages ; faites sortir cet homme des rangs. » Cet acte d'énergie réussit et fut accueilli par les cris de : Vive le Roi (1).
(1) Mémoires inédits.