DISSOLUTION DE LA GARDE NATIONALE
En rentrant aux Tuileries, le Prince manifesta sa satisfaction de l'accueil qu'il avait reçu et chargea le maréchal Ouclinot de faire rédiger un ordre du jour où, tout en blâmant quelques cris isolés, on constaterait la bonne tenueet l'excellente attitude de l'imraenco majorité de la garde nationale. Le Roi répéta deux fois: « Dites que je suis très content. » Le duc d'Angoulême manifesta les mêmes sentiments et la nouvelle s'en répandit dans les salons par l'intermédiaire des officiers de l'état-major.
En revenant do la revue, la calèche où se trouvaient les Princesses, M"'^ la duchesse d'Angoulême et M""" la duchesse de Berry, avait été suivie par une bande de populace. Tous les partis se sont renvoyé réciproquement la responsabilité de cette grossièremanifestation. M^'^la duchessedeBerry s'en plaignit le soir au Roi. La duchesse d'Angoulême se contenta d'ajouter que cela avait été assez mal, mais qu'elle craignait pire.
Unedeslégions, enrevenantdu Champ-de-Mars^ s'arrêta devant l'hôtel du ministre des Finances, fit entendrelescrisde : à bas Villèle ! et brisa quelques vitres. Le ministre en fut d'autant plus fâché qu'il apprit en même temps que le Roi était satisfait de l'accueil qu'il avait reçu. Il ne lui convenait pas de voir sa fortune ainsi séparée de celle du Trône. Il réunit à la hâte tous les rapports sur les propos tenus, sur les cris isolés et demanda une audience au Roi. Celui-ci le reçut en sortant de chez M'"= la duchesse de Berry. Il était assez mal disposé par les plaintes des Princesses, et le président du conseil n'eut pas de peine à obtenir la signature de l'ordonnance de dissolution, mesure fatale entre toutes et qui fut aggravée encore par le peu de ménagements apportés dans l'exécution.
La garde royale s'empara dans la nuit même de tous les postes de la garde nationale en expulsant tous les bourgeois qui s'y trouvaient, poussant la grossièreté jusqu'à jeter dehors les armes et les fourniments des gardes nationaux absents pour le moment (1).
(1) Mémoires inédits .