DISCOURS SUR LE BUDGET
« dans les précédentes, pour vous donner le change sur la « prospérité du pays et la situation de nos finances, et pour « obtenir des votes de dépenses basées sur des déceptions qui « cachaient un véritable déficit ; et sans les travaux qui ont « occupé toute la session, si, ce qui pouvait arriver, le « budget eût été voté à la fin de mars sur la proposition miic nistérielle, 23 millions eussent été à ajouter de plus au «. déficit considérable qui affectera 1828, surchargé naturel- « lenient de tout le déficit de 1827.
« Dans un premier rapport, votre commission avait partagé « presque toutes les illusions du ministère, en accordant les '< deux tiers de sa demande : un second rapport est venu « demander le retranchement subit de toutes les allocations « proposées, sauf celles qui avaient été autorisées par des « lois antérieures. Mais dans aucun de ses rapports votre a commission n'a jeté un coup d'œil approfondi sur notre « véritable situation financière; elle s'est refusée même, non « seulement à vous présenter le déficit tel qu'il est, mais elle « n'a pas craint de vous dire qu'il serait inutile de rechercher « les causes du passage subit de l'état prospère qu'elle nous « vantait trois semaines auparavant à ce signal de détresse « qu'elle est venue arborer il y a huit jours.
« Tout en rendant justice à ses intentions, car elle montre « quelquefois la velléité de faire des économies quoiqu'elle « augmente les dépenses, je lui dirai que son travail n'était « pas ce qu'un pays doit attendre d'une commission revêtue « de si hautes fonctions, et que, loin d'avoir montré sous « toutes leurs faces les parties de l'édifice ministériel qui me- « nacent ruine, son travail n'a été, en quelque sorte, qu'un « badigeon législatif, destiné à couvrir et à masquer les fau- « tes du ministère... (Murmwes.)
« Le moment est arrivé de demander compte à celui qui « gouverne le Trésor de l'État, du passé, du présent et de « notre avenir financier, et de placer les illusions, les décep- « tiens, les combinaisons erronées en présence des chiffres, « des faits et de la vérité.
« Je ne m'effraie pas plus qu'un autre d'un déficit qui peut « exister dans nos finances; mais ce qui m'effraie, c'est la « marche que suit le Gouvernement, en nous déguisant la « vérité; ce qui m'effraie, c'est que^ lorsque cette vérité est « apparente pour tout le monde, on ne veuille pas en con- « venir, et que, lorsqu'on s'avance sans mesure, on recule « sans précaution. Il faut espérer cette fois que M. le minis- « tre des Finances, sur son propre terrain, ne refusera pas le a combat; qu'il n'éludera pas les objections, et qu'il sera « forcé d'y répondre en les isolant, et non pas en les confon- « dant dans ses réponses, comme il le fait ordinairement. Je « suis loin de nier que M. le ministre des Finances ne soit un « adversaire redoutable et difficile à combattre ; mais ce qu'il « y a de plus difficile, c'est de pouvoir le joindre. {Mouve- « ment.)
a Nous devons espérer qu'il démontrera clairement aux « yeux de tous qu'il n'y aura pas de déficit, déficit dans les « caisses et déficit dans les services, et qu'en adoptant les « bases du nouveau budget nous sortons du système que « nous suivons depuis cinq ans, d'où il est résulté que tou- « jours ce budget de nos dépenses a été mis en regard de « recettes qui auraient présenté un déficit, si ce déficit n'avait « pas été masqué par des emprunts sur la dette flottante ou « par des recettes sur lesquelles la sagesse n'avait pas le droit « de compter... »
L'orateur passe en revue les trois derniers budgets, puis il ajoute :
a Ainsi vos dépenses ont excédé vos prévisions en recettes « de 130 millions, savoir : en 1824, 57 millions ; en 1823, « 40 millions; en 1826, 27 millions. Total: 130 millions. De a quelque manière que vos dépenses aient été faites, vous « avez consommé 130 millions on sus de ce que les recettes « vous permettaient d'espérer pendant ces trois années ; de « sorte que si l'événement qui vient vous frapper en 1827 « vous fût arrivé successivement en 1824, 1823 et 1826, vous « auriez eu un déficitde 130 millions que vous auriez été dans