Ô6 CASIMIR PERIER
En 1828,riieuredeCasimirPérier n'avait pas encore sonné; il se recueille, c'est le moment de la transformation. Malheureusement pour la France et la royauté, l'heure ne viendra qu'après une révolution, et son génie, qui aurait pu tant de choses en d'autres circonstances, sera tout juste assez puissant pour arrêter l'anarchie ; il périra à la tâche. Cette œuvre, même toute restreinte qu'elle est, assurera à sa mémoire une gloire immortelle (1).
La session de 1828 s'ouvrit le cinq février. La vérification des pouvoirs donna lieu à d'importants débats pendant lesquels toutes les manœuvres employées parles agents de M. de Villèle furent dénoncées à la tribune. En présence des révélations faites, plusieurs députés de la droite crurent devoir se retirer sans attendre la décision de l'Assemblée. L'administration n'avait reculé devant aucun moyen pour obtenir le succès, toutes ses tentatives échouèrent en présence de la volonté bien arrêtée des électeurs. Ce que les oppositions ont appelé la pression gouvernementale a une influence très relative sur l'opinion de la masse électorale qui se prononce en définitive suivant le courant du moment, quel que soit le mode employé pour la consulter. Il faut, bien entendu, faire exception pour le cas où les préfets se livrent à des actes de
(1)Le passage suivant des Mémoires inédits du comte Monnier de La Sizeranne montre bien quelles étaient alors les dispositions d'esprit de Casimir Périer :
«Un jour, c'était en 1827, me trouvant, à dîner, son voisin de table, je lui racontais quelques détails d'une conversation dont j'avais été, la veille, témoin chez la marquise de Sassenay, entre MM. Laine et de Martignac, et lui disais que ces messieurs considéraient son nom comme devant figurer dans la combinaison ministérielle qui s'élaborait en ce moment. Jamais, non jamais, je n'oublierai la soudaine illumination de ses traits à ce simple renseignement sur l'opinion émise ù l'endroit de son importance dans un salon qui touchait de si prés à la cour, car c'était celui du secrétaire des commandements de M"'° la duchesse de Berry.et il y affluait autant d'hommes d'Etat que de célébrités littéraires et artistiques.
— Eh bien! oui, me répondit-il, ils ont raison de croire utile mon concours et d'avoir confiance dans ma loyauté ; je suis, sans aucun doute, l'adversaire de la périlleuse politique pratiquée depuis quelque temps, mais nullement l'ennemi du Trùnc et des principes conservateurs sur lesquels repose toute société dui'able. Les Bourbons occupent ce Trône; il faut qu'ils y restent, et ils y resteront, s'ils ne livrent pas leur destinée à des hommes allant à rencontre des légitimes aspirations de la France moderne. »
(Extrait d'un jjassage publié par le Fiyaro du 13 juillet 1894.)