ELECTION DE M..CREUZE (VIENNE
fraude matérielle dans les chifFres fournis par les scrutins. La loi du double vote, qui avait assuré le triomphe de M. de Yillèle lorsque l'opposition était discréditée par les conspiralions, amena la chute de ce ministre quand ses tentatives réitérées contre les libertés garanties par la Charte eurent montré au pays légal jusqu'où lui et ceux dont il servait, peut-être à regret, les idées rétrogrades pouvaient entraîner la France.
Périer prit plusieurs fois la parole dans cette discussion. Le 9 février, à propos de l'élection de M. Creuzé (Vienne), rapportée par le 9" bureau dont il est secrétaire, il demande le renvoi au ministre de l'Intérieur des pétitions signalant les fraudes électorales.
« La Chambre, dit-il, frappée, comme elle l'est, des méfaits (( électoraux de l'administration déchue, ne peut laisser ces « pétitions sans prendre de détermination. Lorsque des petite tionnaires adressent une demande à la Chambre, vous « statuez surcettedemande, oupar un ordre du jour, ou par ft un renvoi aux ministres. De même, quand cinquante élec- « teurs dénoncent des fraudes électorales, vous devez, « par égard pour le droit de pétition et à cause de la gravité «des faits signalés, renvoyer leurs pétitions aux ministres « ou à une commission... N'oublions pas, messieurs, que de « toutes parts des réclamations se sont élevées. Les élections « de la Charente vous ont offert l'occasion de manifester (( votre opinion. Vous avez approuvé unanimement le blâme « qui a été déversé sur la conduite du préfet... »
L'orateur termimepar cette phrase, qui résume d'une manière heureuse l'opinion de la France à cette époque et peutêtre à bien d'autres : «Messieurs, la France a soif d'ordre « légal et de justice administrative, surtout en matière d'é- « lection. »
L'ordre légal et la justice administrative ! Depuis un siècle notre pays les cherche sans savoir encore qui les lui donnera.
Il fut décidé que les pétitions seraient l'objet de rapports ultérieurs.
458 CASIMIR PKRIER
Le 19 février, le même sujet amène de nouveau Casimir Périer à la tribune :
«Il yavait ici doux questions, une question légale, celle de « savoir si vous deviez valider l'élection, et notre bureau a (( pensé que l'élection était légale. Mais la conduite du préfet « et de l'administration a été fortement attaquée. Ici se pré- « sente une question morale; le silence de M. le ministre de « l'Intérieur me prouve que la question morale de l'adminis- « tration est perdue. {Mouvement en sens divers.)
« J'éprouve, en montant à cette tribune, le besoin de ré- « pondre à ce qui vous a été dit par M. de la Bourdonnaye. « Je défendrais les libertés publiques, vous a dit M. de la « Bourdonnaye, si elles étaient attaquées ; mais ici, ce ne '<■ sont pas les libertés publiques qui sont attaquées, c'est la « royauté! Messieurs, comme vous le voyez, l'accusation est « bien grave, je me plais à croire que ces paroles lui sont « ocliappées dans la chaleur de l'improvisation ; car personne « ici n'a attaqué et ne veut attaquer la royauté. Il faut que « l'orateur renonce désormais à des arguments de parti, qui « ne peuvent tromper personne, qui sont indignes de son « caractère et de son talent, et qui ne conviennent pas à la (( position de cette Chambre ni aux sentiments qui l'animent. « {Mouvement d'adhésion.) Ce ne sont pas, vous a-t-on dit, « les libertés publiques qui ont couru des dangers : Eh bien! « laissons de côté les détails relatifs à l'élection qui nous « occupe ; mais quand vous groupez tout ce qui a été dit sur « l'administration, quand vous accumulez les actes, les vio- « lences,les fraudes, les circulaires qu'on vous a signalées ; (c quand vous lisez, dans le Moniteur, l'ordonnance de dis- (( solution de la Chambre, quand vous lisez l'ordonnance « des soixante-seize pairs, quand vous lisez les dix jours cf laissés à toute la France pour choisir les députés qui « devaient juger cette ancienne administration : quand on « songe que ce complot a été ourdi dans l'ombre et le « silence de la censure imposée à toute la France ; je vous « le demande, qui a couru les dangers! Est-ce la Monar-