ÉLECTION GRÉGOIRE S
réparer lors de la vérification des pouvoirs, en cassant l'élection. Il était trop tard.
Cette conduite est d'autant moins excusable qu'en somme aucune atteinte n'avait été portée aux libertés garanties par la Charte; le cabinet orientait sa politique sur l'appui du centre gauche et de la droite modérée. Les hommes qui, en réalité, avaient vu maintenir par la Restauration tous les avantages sociaux et politiques qu'ils avaient conquis par la Révolution pouvaient bien tolérer un peu de mauvaise humeur chez ceux qui, ayant tout perdu en 89^ n'avaient rien repris, d'autant que cette mauvaise humeur se traduisait en paroles imprudentes beaucoup plus qu'en actes nuisibles; il faut y ajouter quelques vexations pénibles peut-être pour l'amour-propre de la haute bourgeoisie ou de la nouvelle noblesse, mais sans effet sur la masse de la nation et indifférentes à la cause de la liberté.
Les ultra, en votant pour l'abbé Grégoire, étaient dans leur rôle : ils voulaient effrayer la Monarchie et croyaient faire sortir le bien de l'excès du mal. Théorie malsaine qui n'a qu'un défaut : celui de sacrifier la Patrie aux rancunes des partis, mais qui malheureusement ne semble pas devoir disparaître de sitôt de nos mœurs politiques. La gauche commettait à la fois une faute et une mauvaise action : une faute parce qu'elle donnait une arme à ses adversaires sans aucun profit pour la liberté, une mauvaise action parce que ce vote atteignait directement la famille royale dans ses affections les plus chères, dans ses souvenirs les plus douloureux, et évoquait une des pages les plus sinistres de notre histoire en présence des plus proches parents des victimes, ravivant la douleur et la colère lorsque l'intérêt de la France et de tous eut été le pardon, le silence et l'oubli.
L'élection de Grenoble eut un autre résultat qui, pour avoir passé plus inaperçu, exerça une grande influence sur la suite des événements. M. le duc d'Angoulême, qui jusque-là avait manifesté autant que le lui permettait son respect pour l'autorité paternelle sa désapprobation des menées du pavillon
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(\c Marsan cessa, on prrsonccMlc ce qu'il considérait comme un oulrage personnel à sa femme, de comhallreles tendances du parti des émigrés. Ce fut un grand malheur pour la Franco, la liberté et la Monarchie.
Le cabinet, partagé en deux tendances, n'avait plus l'homogénéité nécessaire pour triompherdes obstacles qu'il rencontrait. MM. Dessoles, Gouvion-Saint-Cyr et Louis, pensant qu'il était encore possible de rallier la gauche modérée sur le terrain de la Charte et que vouloir porter atteinte à la liberté serait rejeter le parti libéral tout entier dans l'opposition se refusaient à tout changement dans l'orientation politique du Gouvernement. MM. Decazes, de Serre et Portai, effrayés des résultats des dernières élections et croyant la Monarchie menacée, se tournèrent vers la droite. Us proposèrent au sein du cabinet la réforme de la loi électorale. La Chambre se renouvellera intégralement tous les sept ans ou au moins tous les cinq ans. Les ministres ne purent arriver à une entente. MM. Dessoles, Gouvion-Saint-Cyr et Louis se retirèrent; ils furent remplacés par le baron Pasquieraux Affaires étrangères, M. Roy aux Finances et M. de Latçur-Maubourg au ministère de la Guerre. M. Decazes prit le titre de président du conseil. Cette modification mécontenta les modérés de la gauche, sans satisfaire l'extrême droite, d'autant que, par un svstème de bascule qui n'a jamais réussi auxGouvcrnements, le ministère, pour atténuer vis-à-vis deslibérauxla signification du changement qui venait d'avoir lieu, fit rentrer à la Chambre haute huit pairs exclus à la suite des Cent jours et rappela les exilés de l'ordonnance du 24 juilletl81o. Ces mesures do clémence et de justice, qui eussent été applaudies en tout autre moment, ne pouvaient compenser les paroles placées dans la bouche du Roi. Le discours du Trône prononcé à l'ouverture de la session déclarait qu'il était nécessaire de modifier la Charte et de changer la loi électorale pour donner plus de stabilité à la Chambre.
L'émotion fut d'autant plus vive dans le pays qu'on ne savaitpas au juste quelles modifications il était question d'ap-