ASSASSINAT DU DUC DE BERRY
porter à la loi constitutionnelle et que les organes d'extrême droite ne se faisaient pas faute de parler des biens nationaux et des revendications à élever contre leurs délenteurs.
Un vaste pétitionnement fut organisé pour réclamer le maintien de la Charte et celui de la loi de 1817.
En présence des tendances du nouveau cabinet, un changement se fit dans le groupement des partis à la Chambre. Les constitutionnels, se solidarisant avecMM.Decazes et de Serre et considérant les dernières élections comme un danger pour la royauté, se rapprochent de la droite. Par contre, la gauciie modérée, pensant avoir à défendre les conquêtes garanties par la Charte, fait cause commune avec la gauche et même l'extrême gauche. Casimir Périer suit le mouvement et son opposition devient beaucoup plus violente, sans cependant aller jusqu'à sortir des voies constitutionnelles. Cette modification se dessine lors du scrutin pour la désignation au choix du Roi des candidats à la présidence. M. Ravez, porté par la droite qui n'avait eu que 97 voix en décembre 1818, en obtient 130 en décembre 1819.
La situation se tendait et s'assombrissait de plus en plus, les débats à la Chambre devenaient plus vifs, les bruits alarmants auxquels le discours du Trône avait donné une base sérieuse augmentaient ; la droite multipliait ses attaques contre M. Decazes, il n'y avait pas de vilenies auxquelles il ne fût en butte dans les salons royalistes ; attaqué par tout le monde, il n'était défendu par personne, seule la faveur royale le maintenait. Telle était la situation lorsque tout à coup éclata la nouvelle de l'assassinat de Monsieur le duc de Berry.
Un immense cri de douleur s'éleva dans toute la France, les passions politiques l'exploitèrent si bien qu'au bout de quelques jours il fut transformé en cri de haine contre M. Decazes. Le jour même de la mort du Prince, le premier ministre « ayant été dans la salle oii était gardé Louvel et lui ayant, « à la prière des médecins, demandé si l'arme était empoi- (( sonnée on eut l'infamie de dire autour de lui qu'il avait été
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« s'entendre avec l'assassin... L'exaltation fut poussée au « point que M. Decazes n'était plus en sûreté, un frémis- « sèment menaçant se faisait entendre autour de lui quand « il traversait les salles des gardes du corps et sa vie était « en danger dans tous les carrefours... (1). »
Soutenu par l'amitié royale, le premier ministre essaya d'apaiser les clameurs en entrant ouvertement dans les vues des ultra; il présenta une nouvelle loi électorale remettant la puissance politique presque tout entière aux mains de la grande propriété; des projets de lois suspendant la liberté individuelle et la liberté de la presse furent déposés aux Chambres. Rien n'y fit : le Roi, auprès duquel on alla jusqu'à faire intervenir la duchesse de Berry, dont l'état de grossesse exigeait des ménagements, dut se résoudre à se séparer de son ministre favori.
Depuis la rentrée de M. Pasquier au ministère, le duc de Richelieu s'était rapproché du cabinet, il avait accepté la mission d'aller, au nom de Louis XYIII, complimenter le nouveau roi d'Angleterre Georges IV, qui venait de monter sur le Trône du pays qu'il administrait depuis si longtemps comme régent. L'assassinat du duc de Berry retarda son départ. Appelé par le Roi il refusa d'abord de prendre la succession de M. Decazes. Mais, vaincu par les instances du comte d'Artois qui le supplia de sauver ce qui restait de sa famille du couteau des assassins, il accepta, sur la promesse formelle que son administration serait soutenue par les amis de Monsieur. Le duc de Richelieu prit la présidence du conseil et M. Siméon le portefeuille de l'intérieur.
Le io février M. le baron Pasquier, ministre des x\fTaires étrangères, avait déposé sur le bureau de la Chambre un projet de loi sur la liberté individuelle. La discussion fut ouverte le 3 mars et la loi votée le 15 par cent trente-quatre voix contre cent quinze, malgré la vive opposition de la gauche qui lutta pied à pied contre les mesures demandées par le ministère;
(1) Mémoires inédits.