‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 143 sur 158 · AMENDEMENT PERIER · texte numérisé non relu

AMENDEMENT PERIER

Périer cite les paroles de M. de Martignac et ajoute :

« Ainsi M. le ministre reconnaît que, s'il y a subside, Tarie rangement doit être porté aux Chambres, et soumis à la ra- « tification de leur vote...

« On voit dans le traité bien plus que l'obligation de de- « mander un subside ; on y voit l'abrogation de toutes les lois c( de finances qui vous ont accordé des crédits pour faire des « avances à l'Espagne...

« Le traité viole donc ou abroge les lois qui nous ré- « gissent. ..

« Messieurs, en faisant pressentir les conséquences qui ré- K sulteraient des doctrines et des principes émis par le mi- 'i nistère, sur le droit de signer des traités et des conventions. « loin de moi l'idée de ne pas lui rendre pleine et entière « justice, et de vouloir l'accuser de chercher à profiter de ces « mêmes principes pour s'en servir contre nos institutions. « Nous n'avons rien à craindre ni de la volonté, ni des in- « tentions des ministres; mais il était de mon devoir d'in- « diquer où pourraient nous conduire, à leur insu sans doute, « les principes politiques que Ton a cherché à faire prévaloir, « et combien nous devons être jaloux de nos droits, lorsque <« Ton pourrait leur porter atteinte en s'appuyant sur des « traités faits avec l'étranger, qui seraient hors de notre in- « vestigation.

« Si la puissance qu'on a voulu prêter aux traités diplo- « raatiques pouvait exister, combien doit être malheureux « Tancien ministère? Que d'amers regrets ne doit-il pas sentir « de ne l'avoir pas soupçonnée, de ne pas l'avoir découverte « pendant qu'il était au pouvoir ? Depuis longtemps c'en sed rait fait de la monarchie constitutionnelle et de nos insti- <!■ tutions. »

Après une très vive discussion, la Chambre adopta Tamendement.

Ce fut le dernier discours prononcé par Casimir Périer sous le Gouvernement de la Restauration.

Le ministère Martignac avait été mortellement atteint par

l'échec de la loi sur l'organisalion départementale; il no fut conservé au pouvoir que pour faire voter le budget. La session à peine close il dut céder la place à M. de Polignac et à ses amis, c'est-à-dire à la contre-révolution.

L'impuissance de la combinaison Martignac est l'une des pages les plus tristes de l'histoire parlementaire. Ce fut une dure leçon pour le parti libéral.

« Le ministère ]VIartignac,dit M.Guizot dans ses Mémoires, combattu par la droite qui venait d'avoir le pouvoir pendant six ans, n'était pas soutenu par le Roi et mal par la gauche, que six années d'opposition avaient habituée à suivre lesviolents et les étourdis bien plus qu'à les diriger (1)... » Et, chose triste à constater, l'avortement du ministère libéral futdû bien plus à des questions d'ambitions particulières non assouvies qu'à des divergences de principes. Le talent si soupledu ministre auquel fut adressée l'apostrophe tant de fois citée: « Tais-toi, Sirène » que d'aucuns attribuent à Royer-CoUard, d'autres à Dupont de rEure, fut impuissant à triompher des compétitions personnelles. En vain, quelques jours après la formation du cabinet, des sommes importantes furent distribuées à la presse libérale {les Débats reçurent pour leurpart cinq cent mille francs, dont trois cent mille pour Bertin de Vaux le jeune et deux cent mille pour Ghateaubriant) (2) ; dès que la gauche vit que les ministres n'avaient pas assez d'influence sur l'esprit du Roi pour en obtenir les changements de personnes qu'elle désirait, elle résolut de refuser son concours à l'administration la plus libérale que pût supporter Charles X.

Le ministère sentait qu'il avait besoin de l'appui du centre gauche pour se maintenir contre l'hostilité ouverte de la droite et la mauvaise volonté de la Cour. Au commencement de 1829, des pourparlers eurent lieu à ce sujet. Il fut question de donner des portefeuilles à Casimir Périer et au général Sébastiani, une direction générale à Benjamin Cons-

(1) Guizot, Mémoires, t. I, p. 330.

(2j Guernon-Ranville, Journal d'un Ministre.

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