‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 145 sur 158 · M, DE BOURMONT · texte numérisé non relu

M, DE BOURMONT

Un nom surtout étaitprofondément impopulaire ol froissait tous les sentiments de la nation et de l'armée, c'était celui de M. de Bourmont. Après s'être battu bravement en Vendée, il fit sa paix avec l'Empereur : on l'accusait d'avoir livré ses camarades. M. de Bourmont prit du service dans l'armée impériale, il n'y était pas estimé. En 1814, il salua l'un des premiers le drapeau blanc. En 1815, ayant accompagné le maréchal Ney à Dijon, il obtint de l'Empereur le commandement d'une brigade. La veille de la bataille de Waterloo, il déserta, portant à l'ennemi tous les plans de campagne et les états de l'armée. Lors du procès de la Gourdes Pairs, il témoigna contre le maréchal Ney et celui-ci affirma que de Bourmont avait aidé à la rédaction de la proclamation qu'il dénonçait aujourd'hui. Toutes ces circonstances, vraies ou fausses, mais généralement admises, firent qu'à son nom on accola l'épithète de traître. Il était très attaqué par la presse d'opposition et peu défendu, sauf par le roi Charles X : « Un jour de cette année 1829, le Roi dit au conseil assem- « blé : « Ah cela ! messieurs, il est temps de faire finir toutes (( ces clabauderies contre Bourmont, personne ne saitmieux (( que moi combien elles sont injustes et je vous autorise à « publier que dans tout ce qu'on lui reproche il n'a jamais « agi que sous mes ordres secrets et mon exprès comman- « dément. » M. de Bourmont frissonna de la tête aux pieds, « tous les assistants baissèrent les yeux à cette singulière « réhabilitation. Quant au Roi, il croyait très consciencieu- « sèment qu'aucune action ne pouvait sembler déshonorante « lorsqu'ill'avait commandée (1)... »

On ne pouvait faire un choix plus malheureux. Tout le monde à la Cour, du reste, n'approuvait pas la formation du ministère du 8 août et M'"' la duchesse d'Angoulême s'y montra fort opposée ; mais rien ne put triompher de l'idée fixe du Roi qui voulait ramener le pays dans le droit chemin dont, croyait-il, la Révolution l'avait fait dévier, idéeentrete-

(1) Mémoires inédits.

CASIMIll PKRIHK

luio avec soin par la coterie à la tête de laquelle se trouvait M. (le Polignac (|ui, suivant le inotd'un Anglais, avait « lafa- « taie obstination des martyrs, genre de courage le plus danu gereux de tous (1) ».

« Je sais bien, disait Cbarles X, que les Français d'au- « jourd'liui ne veulent pas faire tomber ma tète comme celle « de mon frère Louis XYI. Non, personne n'a cette inten- « tion. Mais ce qu'on veut c'est de dépouiller si bien et de si a bien dégrader la Royauté que le Roi ne soit plus qu'une (( espèce de Président héréditaire jusqu'au jour où on met- « tra à sa place un Président tout simplement. Je ne me prê- « ferai pas à ces déchéances. Je ne sais s'il y a des princes (( à qui elles pourraient convenir. Pour moi j'aimerais mieux a être scieur de long (2). »

Le parti libéral passa rapidement des paroles aux actes. Le 11 septembre fut publiée la première association pour le refus de l'impôt (association de Bretagne); elle fut bientôt suivie de beaucoup d'autres et le mouvement une fois lancé s'étendit rapidement au pays tout entier. C'étaient là des mesures fâcheuses. « On prévoyait des coups d'Etat, on igno- " rait de quelle nature ils seraient et on se préparait à la ré- '/ sistance : Soyons justes et convenons que par là on les « provoquait; car je ne prétends pas défendre ces démonstra- « tions: elles étaient coupables, il n'est pas permis de présu- « mer que le pouvoir doit lui-même sortir de la ligne légale « pour s'autoriser par avance à se soustraire aux lois ; mais <■< si jamais cela a été excusable, c'est dans cette circons- « tance... (3)» Il n'y arien à ajouter à cejugement porté quelques années plus tard sur les associations pour le refus de l'impôt, par une personne d'un esprit élevé et impartial appartenant au parti libéral. Mais au moment de la lutte on ne pouvait juger avec cette sérénité et cette hauteur de vues et les esprits les plus pondérés se laissèrent entraîner dans une

(1) Salvandy, 20 mois..., p. 197.

(2)E. Daadiit, Procès des ministres, p. 20.

(3) Mémoires inédits.

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