LOI SIR LA PRLSSK, AMENDEMENT
« principes, servi et défendu le même Gouvernement. Mais, (( Messieurs, ce n'est pas pour leurs propres comptes que (( MM. les ministres ont réclamé une aveugle confiance et le « privilège de l'infaillibilité, ce serait leur faire injure que de « leur supposer une pareille pensée ; l'arbitraire de leur court fiance en eux-mêmes ne va pas jusque-là; ce n'est que pour « les comptes moraux qu'ils auront à nous rendre, qu'ils de- « mandent à être dispensés de tout contrôle. Vous pourrez « bien ne pas savoir pourquoi vos concitoyens auront été (( plongés dans les cachots; mais à Dieu ne plaise que MM. les « ministres veuillent vous priver de la faculté de vérifier ce rt qu'auront coûté les aliments des prisonniers qu'ils auront « faits, et d'en allouer la dépense.
(( C'est parce que je suis bien convaincu que l'intention « de MM. les ministres est que la loi sur la liberté de la presse « ne puisse point être interprétée d'une manière défavorable « contre ceux qui voudront examiner leur administration rt financière, que j'ai proposé un amendement clair et précis « sur cet objet. En le proposant, je n'ai fait que prévenir « l'impulsion deleur propre délicatesse.
« Aussi m'estimerai-je heureux de pouvoir faire disparaître rt une lacune qui avait échappé à la rédaction plutôt qu'à la « sagacité de MM. les ministres et de détruire par là tout « prétexte à leurs ennemis de les accuser d'avoir voulu sourt mettre à lacensure préalable de leurs propres agents, ceux « qui voudront examiner les comptes que, d'après la loi, ils rt sont tenus de nous rendre.
« Je ne sais si mon amendement éprouvera le même sort « que ceux de mes honorables collègues; cependant il me « semble de sa nature devoir échapper aux critiques de nos « adversaires. Il ne s'agit ici ni de sauvegarde pour les doc- « trines, ni de pitié pour les malheureux. Je parle seulement « en faveur du langage des chiffres, langage toujours vrai, « mais seulement lorsqu'il peut être contrôlé.
« Dans tous les cas, j'ose compter sur la noble intercession « de MM. les ministres en faveur de mon amendement, au-
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(( près de ceUc immense et impitoyable majoriti'' do, liuiL voix « tjui jusqu'ici n'a fait grâce à aucun de ceux qui ont étépré- « sentes; et si, pour la première fois dans le cours de cette « discussion, les votes de sentiment et de confiance devaient 1 être rebelles à l'appel de MM. les ministres, ne devons- (( nous pas espérer du moins que leurs quatre suffrages ne a viendront pas grossir le vote de nos adversaires? >
L'orateur descendit de la tribune au milieu du rire général, sans cependant que les adversaires de la liberté fussent désarmés.
Nous avons tenu à citer presque en entier ce discours de Casimir Périer parce que c'est là une manière rare chez lui; il procède généralement par la violence et s'il manie l'ironie c'est au milieu de la colère. Cette fois, il est sorti de ses habitudes; sentant qu'il n'aurait pas la victoire et qu'il ne modiGerait en rien la manière de voter d'une majorité dont le siège était fait d'avance, au moins a-t-il voulu frapper ses adversaires de quelques-uns de ces traits qui, quoi que Ton fasse, laissent le fer dans la plaie.
Tout autre est le discours qu'il prononça dans la séance du 14 avrill82Û à propos de la discussion du projet de loi portant règlement des comptes des exercices antérieurs à 1819 ; c'est un modèle de discussion calme et modérée. Casimir Périer revient sur la question des emprunts déjà soulevée, mais non réglée l'année précédente. Attendu avec impatience, ce discours fit une grande sensation et la Chambre en ordonna l'impression.
« Messieurs, tout est dit sur les emprunts, ont répété les « ministres qui sont montés à la tribune dans cette discus- « sion; les intentions, les considérations politiques, les cir- « constances ont répondu, selon eux, à toutes les objections; « aussi s'étonnent-ils de les voir se reproduire aujourd'hui. « Ils font plus, ils s'en irritent. Eh ! dans le fait, messieurs, « la confiance que vous avez montrée dans MM. les ministres « justifie leur impatience et condamne la témérité de nos « investigations. L'année dernière nous vivions sous les lois
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« de la Charte ; on pouvait demander des pièces justificatives ; (( on pouvaitcontrôler les opérations financières et politiques « du Gouvernement, et des ministres constitutionnels se « croyaient obligés d'entendre ce langage et d'y répondre. « Aujourd'hui tout est changé : nous vivons sous un régime « d'exceptions. La Charte a cédé ses droits à l'empire des « circonstances; et, du moment que les ministres pronon- « cent à cette tribune le mot magique de circonstances, « il ne nous reste plus qu'à nous humilier en silence devant « leurhaute sagesse. Toute parole est une clameurimportune; (( toute question un manque de respect au pouvoir. Mais « heureusement ce nouveau système n'a pas reçu son com- « plémentdans toutes sesparties ; la nouvelle loi des élections « n'est pas encore rendue... » Vivement interrompu adroite et au centre, Périer répète trois fois sa phrase,'sa voix grave, son attitude pleine de dignité et de g-randeur, bien plus que l'intervention molle et tardive du président , finissent par avoir raison de la malveillance de la droite et du centre. Le silence rétabli, il continue : « Nous ne sommes pas dégagés « d'anciens devoirs qui pèsent toujours sur nous. Nous sauce rons les remplir; et, à notre grand regret, dussions-nous, (( par quelques nouvelles questions, importuner MM. les « ministres, nous les prions devouloir bien nous écouter avec (( indulgence, en songeant que nous sommes encore des « députés constitutionnels... »
L'orateur entre ensuite dans l'examen de la question qu'il pose nettement en ces termes : « Nous commencerons d'ace bord par rétablir la question, que les ministres ont déplacée c< et compliquée. C'est le seul moyen de discuter avec clarté « et méthode. De quoi nous occupons-nous aujourd'hui, (( messieurs?Des comptes de 1818, auxquels se rattachent les c( emprunts de seize millions et de vingt-quatre millions, et « non de la question des emprunts en général, à laquelle « seulement on affecte de répondre. Cette matière nous est « maintenant étrangère. Nous avons à contrôler uniquement (( les emprunts effectués d'après les crédits de seize et vingt-
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« (jualre millions ouverts dans la session de 1818. C'est de « cet examen, ainsi dégagé des opérationsantécédentcs, que « nous avons à nous entretenir... »
A propos de ces opérations antérieures qui ont été réglées par un vole de la Chambre, CasimirPérier fait seulement les réflexions suivantes : « Avant que l'expérience eût fait con- « naître l'utilité de nouvelles conditions, on a pu être et on a « été indulgent pour les emprunts contractés en 181 G et 1817. « Dans la discussion des opérations de ces deux années, les a Cliambres ont fait une large part pour les circonstances, « pour l'embarras du Gouvernement, pour l'inexpérience, la a timidité de ces capitalistes français qui ont refusé de ré- « pondre à un appel qui n'a jamais été fait ; car je porte « ici ledéfi aux ministres de nousproduirela moindre preuve « qu'ils aient .fait, avant 1818 , un appel public aux capita- « listes de Paris et des départements ; j'en atteste en ce « moment la sincérité de M. Roy, lui qui a souscrit comme c( nous pour l'emprunt de seize millions. Si un appel antérieur « eût eu lieu, sans doute il n'eût pas imité la lâcheté de ces « capitalistes qu'il accuse aujourd'hui d'avoir fui le dan- « ger... »
Mais ces questions sont vidées, la Chambre s'est prononcée par un vote, et a accordé o des bills d'indemnité ».
« 11 n'en est pas de même, messieurs, des opérations pos- « térieures : nous avons à en réclamer constitutionnellement « le compte sévère. L'année dernière vous avez refusé aux a ministres la décharge qu'ils demandaient de ces opérations, « demande qui vous fut faite par M. Pasquier, actuellement a ministre des Affaires étrangères. Aujourd'hui, avant d'ac- « corder cette décharge, nous avons le droit d'exiger qu'on « nous démontre qu'on a eu raison de violer la loi que vous « avez faite, d'oublier les traités, et de franchir les limites « qu'on avait soi-même posées ; et c'est aussi nous traiter « avec trop de légèreté que d'oser nous dire que tout a été « dit dans la session précédente ; et lors même que, dans notre (( opinion, la chose serait vraie, cen'est pas devant la Cham-
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« bre de 1818 que les ministres devaient se justifier, mais « bien devant la Chambre de 1819, qui n'est pas composée « des mêmes élt'mcnts, et dont le dernier cinquième n'a enrt tendu ni Tattaque ni la défense. Le seul tribunal compétent « c'est la Chambre actuelle, c'est elle qui doit décider si les « ministres doivent être accusés de concussion. Les ministres « pourront bien, en ne répondant pas, échapper àlaresponsa- « bilité matérielle ; mais rien ne pourra les soustraire à l'accu- « sation morale qui les poursuivra tant qu'ils n'auront pas « franchement, et sans restriction, éclairci tous les doutes, « dissipé tous les nuages... On a traité de l'emprunt de 24 mil- « lions dans le cabinetdu ministre, etexclusivement avecune (f compagnie étrangère et favorisée. Quelles excuses peuvent « colorer cettetransgression?Nous ne voulons pas condamner « sans entendre, que l'on s'explique, quel' on sorte du vague « des considérations diplomatiques, et qu'avant denousparler a des consolations que l'on trouve dans ses intentions et dans « sa conscience, on s'attache à déduire les motifs qui doivent « consoler la France des pertes énormes qu'on lui a fait su- « bir. Alors nous verrons s'il nous est permis de donner notre « assentimentà des dispositions quejusqu'icinous nepouvons (( qu'improuver. On s'obstine, s'écrie-t-on, à nepas apprécier « les circonstances. Mais quelles étaient donc ces circons- K tances? On n'entend pas sans doute nous parler des embarras « du Trésor, puisqu'il regorgeait d'argent à cette époque, « et que, contrairement aux lois, on employait son excédent « à jouer sur la place... Les circonstances sous le rapport « politique étaient-elles plus difficiles? Cela peut être, mais (( du moins la situation financière ne venaitpas les aggraver. '( Lespuissancesalliéesont-ellesimposéàl'évacuationd'autres c( conditions que celles qui avaient été fixées parles traités ? (( A-t-on demandé d'autres garanties que celles de la loyauté (( française? Si cela est, il faut qu'on nous prouve qu'on a « été contraint, et qu'en cédant à la force on a du moins opc< posé la résistance diplomatique, seule ressource qui nous « restait alors. Nous sommes prêts à cet égard à nous con-
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<( tenter d'une déclaration précise. Mais il faut, pour nous (( convaincre, plus que le silence du Gouvernement et que les « interprétations bienveillantes de M. le rapporteur. Mais « non, vous ne la recevrez point cette déclaration, elle serait » contredite par tous les cabinets de l'Europe, qui larepous- « seraient avec indignation, comme à l'époque des emprunts H leurs ambassadeurs repoussèrent les insinuations de haute (( police que l'on répandait pour calmer l'opinion publique. Il (( ne reste qu'un moyen à MM. les ministres : c'est de nous « faire croire qu'ils ont été dupes d'une grande intrigue politi- « que, par laquelle, à la faveur de prétendus pouvoirs, on « est parvenu à surprendre leur confiance, comme naguère, « avec l'aide du hasard et de la fortune, un étranger, combat- « tant nos guerriers, parvint à surprendre la victoire.
« Admettons que les puissances aient exigé du Gouverne- (( ment des garanties étrangères. Elles ne lui interdisaient (( pas la faculté de soumettre à la concurrence les capitalistes « étrangers... » Casimir Périer entre dans la discussion des avantages faits aux banquiers étrangers, et montre en regard les conditions imposées aux souscripteurs français lors de l'avant-dernier emprunt: il apporte de nouveaux détails qui ne font qu'aggraver la responsabilité du ministre.
« Il était, ce me semble, difficile de lier, de garrotter da- « vantage les souscripteurs français. La conduite du Gouver- « nement à notre égard était un modèle de précaution ; je « suis loin de l'en blâmer. Voyons si on Ta suivi, et si, lors- (( que tout a été pour nous méfiance et sévérité, tout n'a pas ft été pour les étrangers confiance et abandon absolu. Les « étrangers ont signé contradictoirement, comme vous le « savez, leurs conditions le même jour qu'on nous a dicté « les nôtres. Nous étions obligés de payer vingt pour cent « comptant : on ne leur en demande que douze. On nous (( força de payer en sept termes dans une moyenne de trois <( mois, on leur accorda neuf termes de paiements, et dix- « Imit mois de délai, à dater de la signature du traité. On ne
(( nous remit, en gardant la rente, contre notre premier « paiement de vingt pour cent, qu'un simple certificat d'em- « prunt, qui n'avait d'autre valeur que celle des sommes (( payées ; le jour où les étrangers devaient effectuer leur rt premier paiement, on leur livra vingt-quatre millions de « rentes en inscriptions sur le grand-livre, dont ils eurent (( de suite la libre disposition; et par là on leur donna le a moyen de se procurer un capital dix fois plus fort que « celui qu'ils venaient de payer. Si nous avions le malheur (( do retarder de vingt-quatre heures nos paiements, on ven- (( dait impitoyablement nos rentes à nos risques et périls ; « si au contraire les étrangers manquaient à leurs engage- « ments, les ministres ne s'étaient réservé d'autre garantie (( que la faculté de se faire inscrire dans le bilan de ces mes- (( sieurs. Me suis-je, trop avancé, messieurs, en vous disant « qu'on avait livré le crédit public ? Et quant aux fortunes « particulières, leur position n'était-elle pas la même? « N'étaient-ils pas, ces capitalistes français, porteurs de ren- « tes, livrés sans défense aux combinaisons des étrangers ? « N'étaient-ils pas exposés à se voir ruinés à chaque instant « par les mouvements de hausse et de baisse que les étran- « gers pouvaient imprimer à nos fonds, suivant leur intérêt? « Y avait-il une force qui pût résistera celle qu'ils pouvaient « mettre en action, au moyen du levier puissant qu'on avait « mis dans leurs mains?... »
Le Gouvernement par sa manière d*agir s'était en outre exposé à se voir obligé de payer deux fois. « En cas d'événe- « ment malheureux dont personne n'est à l'abri dans les « crises financières comme dans les crises politiques, nous « n'avions qu'un recours illusoire à exercer contre deux ban- « (juiers étrangers. Au contraire, les puissances alliées en « as^aient deux contre nous, très réels : le recours légal que « nous leur avions transmis par notre endossement, et le « recours non moins puissant de la force... Que MM. les « ministres ne croient pas qu'il leur suffise, pour excuser « une pareille imprudence, de nous assurer que les paie-
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'( mcnts ont (Hé faits avec exactitude et aux époques pres- (( crites; des liommes d'Etat ne devraient pas nous mettre « dans le cas de leur répondre que les événements ne jus- « tifient jamais leur imprévoyance... »
Si des Français ont été admis, ils le doivent aux banquiers étrangers qui ont fait des cessions partielles, et non au ministre; ils en sont redevables surtout « à leur considération « personnelle et à leur crédit, qui n'ont pas été dédaignés (( par les étrangers comme ils l'ont été par les hommes qui « gouvernaient alors nos finances... ».
Par une tactique souvent renouvelée, les membres du cabinet avaient, au lieu de se défendre des accusations portées contre eux, pris l'offensive et attaqué leurs adversaires. Casimir Périer dénonce la manœuvre : « Que messieurs les « ministres veuillent donc commencer, ainsi que c'est leur (( devoir, à se justifier des reproches qu'on leur a adressés, rt avant de prendre un ton perpétuellement accusateur contre f( ces Français, ces capitalistes, cette Bourse de Paris, si « souvent calomniés ; qu'ils se mettent du moins d'accord c( sur les inculpations qu'ils dirigent contre eux. L'année (( dernière, le ministre actuel des Affaires étrangères, lorsque (( les capitalistes de Paris avaient offert une concurrence « efficace, accusait leur bonne foi, traitait leurs offres d'in- « considérées, d'intempestives, de factieuses même. Dans les « dernières séances, M. le ministre des Finances les taxait « de timidité, de pusillanimité, de ne pas s'être présentés (( pour souscrire dans les emprunts et d'avoir reculé devant « le péril. Quelle confiance pouvons-nous ajouter à des ac- « cusations qui se détruisent l'une par l'autre d'une manière « si palpable? Que MM. les ministres rxinoncent, comme je « l'ai déjà dit. à nous parler de leurs intentions; nous ne les « accusons point; nous ne sommes pas ici pour scruter leur « conscience, mais bien pour examiner des faits et des actes. « Qu'ils cessent aussi de chercher, comme ils l'ont fait l'anc née dernière pour se disculper, à jeter de la défaveur sur « ceux qui les ont improuvés, en leur supposant des senti-
« monts (lo haine et d'intérêt personnel. J'ose espérer des '( membres de cette Chambre, do quelque côte qu'ils siègent, « qu'ils nous rendront assez de justice pour être persuadés « que nous ne sommes mus par d'autre sentiment que celui de « notre devoir, par d'autre intérêt que celui de notre pays... » L'orateur répond aussi à l'accusation, portée contre ceux qui ont attaqué l'intervention des banquiers étrangers, d'avoir voulu exclure les capitaux qui n'étaient pas français : « On « n'a jamais prétendu que les capitaux étrangers ne devaient « jouer aucun rôle dans nos emprunts: on n'a jamais repro- « ché au Gouvernement d'avoir appelé ces capitaux et d'avoir « cherché à agrandir le marché oii nos rentes devaient être « vendues; mais on s'est plaint, et on a dû se plaindre, de « voir les étrangers être les seuls intermédiaires de ces « grandes transactions, et acquérir ainsi exclusivement le « secret de notre Bourse et de notre force financière. On « s'est plaint avec raison de ce que les étrangers étaient à « la fois les agents et les conseils des ministres et du Gou- « vernement. Il fallait se servir de leurs écus comme moyen « et jamais d'eux comme direction. Dans les milliers de com- « bats que nous avons livrés, j'en atteste nos braves, on s'est « souvent servi des armes enlevées à l'étranger pour battre « l'ennemi, mais il n'est venu dans l'idée de personne d'ap- « peler ses généraux pour commander nos cohortes... » Périer affectionne ces allusions aux gloires denotre passé, il semble que son patriotisme trouve un plaisir à rappeler à la France conime à l'Europe les victoires des armées françaises: ces souvenirs lo consolent des tristesses du présent. C'est toujours et sous toutes ses formes l'influence étrangère qu'il condamne : « En politique comme en finances, l'inter- « vention directe des étrangers dans nos affaires intérieures « est souvent criminelle et toujours dangereuse!... » Belles paroles inspirées par l'amour de la Patrie et qui, sous le couvert d'une discussion financière, répondaient à des propos irréfléchis, imprudents et surtout funestes à la monarchie des Bourbons.
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Bien qu'il se renferme le plus possible dans la discussion financière, Pcrier ne peut empêcher de laisser percer les préoccupations et les craintes que cause à lui et à ses amis la marclie du nouveau ministère ; parle-t-il de la rupture d'une partie du traité signé avec les étrangers et dont le Gouvernement a dû accepter la résiliation sous la menace de l'effondrement complet de la place de Paris, déjà trop éprouvée, rupture qui a soulagé le marché et sauvé la situation, il s'écrie : « Un jour viendra aussi, que les ministres seront obli- « gés de détruire le pacte odieux qu'ils veulent aujourd'hui « cimenter avec l'arbitraire. Ils se rappelleront tous les maux cf qu'on leur a prédits à cette tribune; maispourront-ilsalors, « en le déchirant, être encore à temps de les réparer...?» Sombre prophétie que ne devait que trop justifier l'histoire de la Restauration. Casimir Périer usera sa vie à essayer de réparer les maux déchaînés par d'autres ministres voulant « ci- « monter un pacte odieux avec l'arbitraire », un Trône s'écroulera, trois générations de Rois prendront le chemin de l'exil; l'énergie du grand ministre mort à la tâche triomphera momentanément de l'anarchie et procurera à la France quelques années de repos, mais pourra-t-on dire que le mal causé par l'égarement et le fanatisme aura été réparé ?
Sans voir si loin, Périer, en 1820,bien qu'il fût dans l'opposition et dans la période la plus violente de sa lutte contre le pouvoir, prévoyait, par suite de l'instinct de gouvernement qui était en lui, les malheurs que déchaîneraient les tendances anti-libérales de la Restauration; aussi ne ménage-t-il pas les avertissements; écoutons la péroraison de ce beau discours : « L'honneur et la conscience des ministres ne sont- « ils pas attachés à l'éclaircissement des soupçons qui les ence vironnent ? Si ces soupçons n'ont pas de réalité, que leur (( coùte-t-il d'expliquer les faits sur lesquels on les appuie ? « Qu'ils ne s'y trompent pas, ce n'est ni au soin de leur di- « gnité, ni à celui de la prérogative royale, qu'on imputera « leur silence; on ne l'attribuera qu'à leur impuissance de « produire leur justification. Il semblerait que parce qu'un
a résultat cherché est obtenu ils ne sont pas comptables des « moyens employés pour y parvenir. Telle est en effet la « maxime qui les gouverne en finances comme en politique : « ils créent en finances des embarras, ils s'en tirent en ac- « câblant le peuple d'impôts; ils créent en politique des dan- « gers, ils suppriment toutes nos libertés pour les faire ces- 0 ser. Se glorifieront-ils de leur ouvrage, s'ils font régner « parmi nous la paix des tombeaux ? Non, sans doute, ils « n'y réussiront pas; mais tous les désordres qui vont naître « des infractions commises envers la Charte, à qui les impu- « terons-nous, si ce n'est à eux? En serions-nous les au- « teurs parce que nous les aurions pressentis ? Serions-nous « accusés d'être les ennemis du Trône parce que nous l'au- « rions averti des périls que ses ministres lui font courir ? « Cesserions-nous d'être des députés fidèles parce que nous « avons le courage de dire la vérité à ceux qui punissent les « hommes qui la préfèrent à leurs places ?
« Messieurs, les seuls députés fidèles sont ceux qui ne se « montrent ni serviles ni hostiles, qui veulent avant tout con- « server les éléments de ce qui existe, la Charte, le Trône, « la dynastie ; qui ne veulent perfectionner nos institutions « que par des voies conformes à leurs principes, et ne pas « appeler les tempêtes pour balayer quelques abus. »
Quelles que soient la grandeur de caractère et la hauteur de vues de Casimir Périer, il n'est pas exempt des petites faiblesses inhérentes à la nature humaine et dans ce discours même, où souvent sa pensée s'élève dansles régions les plus liantes, il en donne une preuve remarquable. Alors que son esprit semble absorbé par la discussion des intérêts les plus graves, à propos de la rupture du traité des financiers étrangers, le banquier laisse percer le bout de l'oreille et l'on aurait pu lui répondre : « Vous êtes orfèvre, M.Josse, » lorsqu'il disait: a Mes honorables amis ont attaqué cette rupture « sous les rapports constitutionnels ; je ne l'envisagerai en « ce moment que sous les rapports financiers. Quelle que « soit la défaveur avec laquelle on puisse la considérer, elle
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« a cependant quelques aspects heureux, puisqu'elle a servi « à confondre l'orf^ucil étranger, en prouvant Tinipuissante 0 ostentation de ces hercules financiers, et qu'elle a dé- « montré jusqu'à l'évidence qu'en contractant des engage- « ments aussi énormes, loin de nous apporter aucun secours « réel, ils ont seulement exploité nos propres moyens, dont 0 l'habileté des ministres n'avait pas su tirer parti. » Certes dans ces paroles c'est le député patriote qui parie, mais estce que le banquier millionnaire, le haut et puissant financier, ne triomphe pas aussi un peu de l'échec des rivaux qui lui ont été préférés? Petite faiblesse facilement excusable, mais que riiistorien devait signaler.
Quelque violente qu'elle soit, lopposition de Périer n'est pas systématique; il sait soutenir et défendre le Gouvernement lorsque ses propositions sont justes et ne craint pas au besoin de se séparer de ceux de ses amis politiques qu'il ne peut entraîner avec lui. On le vit souvent appuyer des mesures financières émanant duministère lorsqu'elles conduisaient à une amélioration dans la gestion des fonds de l'Etat ou la comptabilité publique. Il n'obéit pas aux conseils d'un esprit de parti étroit et mesquin, mais a pour guide un patriotisme éclairé. S'agit-il de modifier le tarif des douanes, il ne se laisse influencer par aucune théorie abstraite, il voit les choses avec calme et sang-froid, en homme pratique et surtout en Français. Il sait faire passer ses intérêts particuliers et ceux de la classe à laquelle il appartient par sa naissance et sa situation après ceux du pays tout entier. Il pose les bases des principes économiques qui conviennent à la France, bases qu'un engouement malsain pour des théories d'importation et d'intérêt étranger nous a fait écarter pendant de longues années au grand détriment de la prospérité nationale. C'est ainsi qu'à propos du droit sur les houilles étrangères, après avoir développé des considérations particulières, tenant à la production insuffisante du pays et à la difficulté des moyens de transport, il demande le maintien de la taxe et donne à l'appui les arguments généraux suivants :