‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 18 sur 158 · PROTECTION DES PRODUITS DU SOL · texte numérisé non relu

PROTECTION DES PRODUITS DU SOL

« Je crois donc, messieurs, que ni dans l'intérêt de l'Etat, ni

0 dans celui du commerce et des manufactures, la taxe à « l'importation des charbons ne doit être atténuée, et que la « modique rétribution perçue à la frontière est à peine suffi-

1 santé pour empêcher que laconcurrence étrangère ne ruine (i entièrement les exploitations françaises. Comme commer- « çant et comme manufacturier, je ne cesserai de réclamer « pour les manufactures et le commerce l'appui tutélaire de a nos lois, mais je ne perdrai jamais de vue que la première « protection est due aux produits de notre sol. La puissance « d'un pays qui repose sur la richesse agricole est indestruca tible: ses ressources sont au-dessus de tous les calculs. Le a commerce et l'industrie jouent un grand rôle sans doute, « mais ils ne sont que secondaires ; c'est en ayant égard à cette « distinction que nous devons les protéger; et heureusement « notre législation des douanes, graduée avec sagesse, est un « instrument dont nous pouvons nous servir avec avantage a pour arriver au but que nous nous proposons d'atteindre.

0 11 faut le dire, messieurs, cette branche si importante et « si utile de nos impôts indirects reçoit de nouveaux déve- « loppements, et se perfectionne chaque année; et au milieu « de tous les reproches que l'on adresse à l'économie des et rouages de l'établissement des douanes, il est une justice « qu'il faut rendre à qui il appartient, c'est qu'un esprit a éclairé préside à son administration.

« Loin de chercher, messieurs, à rétrécir le domaine des « impôts indirects, faisons tous nos efforts pour l'étendre a dans de justes proportions. Une fois ce système mieux « connu, mieuxapprécié, ses détracteursle verront avec moins « de répugnance prendre de la consistance, la France en « retirera d'immenses avantages, puisqu'il nous donnera le a moyen de diminuer l'impôt foncier, et de soulager ainsi « notre agriculture, le premier et le plus durable élément de « la richesse, et la prospérité d'un pays comme le nôtre. »

Au cours de cette discussion, Casimir Périer produit deux arguments typiques tirés l'un de la conduite des pays

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étrangers, l'autre de celle Je nos villes manufacturières : a (Jue nous sommes loin, messieurs, dit-il, de suivre « l'exemple que nous donnent nos voisins, et surtout les An- « glais, dont on nous vante sans cesse les doctrines en tout « genre ! Les cliarbons étrangers sont entièrement prohibés a en Angleterre ; cependant ce pays, qui ne connaît pas d'au- « tre combustible que la houille, et dont l'industrie repose a en grande partie sur l'emploi des machines à feu, aurait eu « de très bons motifs pour attirer de toutes parts les charbons « étrangers, mais il a voulu avant tout assurer la prospérité « de ses propres exploitations. Le royaume des Pays-Bas (1) « suit à peu près la même marche. . . Il ne paraît pas que 0 jusqu'ici aucune de nos grandes villes manufacturières « ait réclamé la suppression ou la modification des droits « d'entrée sur les cliarbons de terre, comme condition né- « cessaire de l'existence des industries qui s'exercent dans « leur sein. Bien loin de là, toutes sans exception ont im- « posé un droit d'octroi plus ou moins élevé sur les charbons a déterre consommés par leurs habitants. Elles se seraient « bien gardées de faire cette faute, si, par suite d'une « fausse législation de douane, le prix de ce combustible eût « été déjà trop élevé et si l'industrie locale en eût éprouve un « véritable préjudice... » La Chambre adopta la manière de voir de Périer en maintenant le droit surla houille et ordonna l'impression du discours.

Ces discussions économiques et financières occupaient peu l'opinion, qui était bien autrement absorbée par les mesures restrictives des libertés publiques. L'agitation causée par les lois sur la liberté individuelle et sur la liberté de la presse fut assez rapidement calmée. Tout autre devait être l'efiet produit sur la population par les modifications proposées à la loi des élections. Le projet du Gouvernement créait deux collèges distincts et donnait aux membres delà Chambre deux origines différentes ; il organisait une représentation de la

(1) Il comprenait ulorà la Hollande et la Belgique.

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