LA LOI ELECTORALE
cl la nouvelle France. Casimir Perler lui-même n'iiésitait pas à se placer sur ce terrain, non sans avoir réclamé cependant (lu ministère de déclarer si toute tentative do transaction devait être abandonnée.
a Déclarez-vous donc franchement, MM. les ministres, dit-il, « car les plus simples règles de la prudence, les conseils de « l'honneur, je ne dis pas comme parti politique, mais comme a loyaux députés, comme Français, nous obligent à deman- « der, avant tout, quelles sont les concessions que leGouver- « nement veut consentir ; c'est alors seulement, c'est dans « la perspective d'échapper au funeste résultat du projet de a loi, de diminuer l'influence exclusive qu'il assurerait au « parti ennemi de nos institutions, et de conserver dans « cette Chambre un puissant appui aux intérêts nationaux a par les élections d'arrondissement, que nous pourrions « trouver un motif ou une cause pour nous écarter des prin- « cipes et oublier en quelque sorte nos mandats.
« Lorsque l'ennemi est dans nos murs, on comprendra que a nous fassions un traité du 15 novembre ; mais si nous « n'avions pas la certitude de voir le ministère appuyer « l'amendement et en assurer le triomphe; si, comme les « journaux d'un parti le publient, c'est le projet de loi, rien « que le projet de loi qui doit être soutenu et adopté par eux, a alors, messieurs, n'allons pas réclamer nous-mêmes une a capitulation qui serait déshonorante, si elle ne doit pas être a acceptée par le Trône ;ne renonçons pas à la pudeur poli- « tique, lorsqu'en nous refusant cette alliance, qui seule « pourrait couvrir et justifier notre faiblesse, on nous lais- « serait en butte aux reproches de nos amis, comme aux ;( coups de nos ennemis.
« Avant do descendre de cette tribune, je crois devoir « adresser quelques mots aux amis du Roi et de la Charte, « à ces milliers d'électeurs qui nous ont secondés de tous « leurs vœux pour le maintien de la loi des élections, à la « France entière.
a On a comparé cette discussion à un combat. Eh bien !
« nous ferons nolro ilcAoir dans cci,lc bataille des élections, « et comme ces braves, morts au cliamp d'bonneur, nous a dirons à nos commettants : Français, ceux que vous aviez « ciiargés de l'insigne lionneur de défendre vos droits ont € fait tous leurs eflorts ; ils ont combattu jusqu'au dernier « instant. Nous pourrons bien succomber dans cette enceinte « sous le nombre des votes^ au debors, sous les attentats des c factions ; mais nous ne nous rendrons pas tant que les inté- « rôts nationaux mis sous notre sauvegarde ne seront pas à « l'abri de tout danger. »
Nous avons dit plus liant que l'amendement transactionnel fut adopté. La discussion continua au milieu des troubles de la capitale qui ne faisaient qu'empirer, menaçant de prendre une tournure de plus en plus grave. M. Laffitte porta de nouveau la question à la tribune, dans la séance du 10 juin, demandant que la garde nationale soit de préférence employée à la répression. Casimir Périer appuie la proposition de son collègue, il prononce à cette occasion un discours où l'on aime à retrouver les principes de l'bomme de gouvernement et qui diffère sensiblement des paroles que nous avons dû signaler et blâmer précédemment. « A Dieu ne plaise, mes- « sieurs, dit-il^ qu'il ne sorte de ma boucbe aucune parole a propre à exciter les passions ou à affaiblir le respect que « l'on doit à l'observation des lois. Personne n'est plus per- « suadé que moi que force est due au Gouvernement et à « la justice ; mais, d'un autre côté, sûreté, protection, « impartialité sont dues aux citoyens. Je dois dire qu'un cri « général s'élève de toutes parts pour accuser les agents de a négliger les formes ordonnées par les lois, conseillées par « la prudence, indiquées par les localités pour le déploie- « ment et l'usage de la force armée à laquelle une nécessilé « malheureuse oblige quelquefois de recourir. » Quelle différence entre ces paroles et celles prononcées à la même tribune trois jours plus tôt. C'est que ces trois jours ont été remplis par l'émeute coïncidant avec l'exécution de Louvel, l'assassin du duc de Berry ; l'anarchie s'est montrée, les