‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 25 sur 158 · MINORITE SUSPECTE · texte numérisé non relu

MINORITE SUSPECTE

droite, lise plaluL qu'un veuille, pour mieux les combattre, placer ses amis et lui sur un terrain qui n'est pas le leur. Certes ils attaquent la loi des élections et la manière dont elle est exécutée, mais ce n'est pas là, comme on le dit, demander le renversement du Gouvernement et insulter à la majorité de la Chambre. « En faisant entendre nos plaintes, « messieurs, nous agissons suivant nos droits et notre con- « science. » Rappelant ensuite les critiques violentes dont la loi du 5 février 1817 a été l'objet de la part des membres de la majorité actuelle, il ajoute : « N'ont-ils pas lait tout ce « qu'ils ont pu pour qu'elle fût rapportée, en dirigeant leurs « attaques contre ses résultats ? Et cependant ils n'avaient « pas l'intention d'insulter les membres qui avaient été « nommés sous le régime de cette loi'; du moins il n'est venu « dans la pensée d'aucun de nous de la leur supposer. Il doit « nous être permis à notre tour de nous plaindre de la loi « actuelle des élections, de démontrer ce qui la rend impar- « faite, et de redoubler d'efforts pour qu'elle soit modifiée. 8 En agissant ainsi nous ne blessons personne ; nous ne « cherchons point surtout à détruire le Gouvernement, nous «i agissons comme des royalistes constitutionnels, c'est-à- « dire comme des hommes pleins de respect et d'amour pour « la personne du monarque et pour celles de sa famille ; « mais aussi comme des députés fidèles à leur mandat et a fermement décidés à combattre pied à pied, jusqu'au der- « nier moment, pour toutes les libertés consacrées et ga- « ranties par la Charte. »

L'attitude de Casimir Périer lorsqu'il faisait des déclarations pareilles, la dignité qui se dégageait de toute sa personne, le ton qu'il savait donner à sa voix ajoutaient encore à la gravité de ses paroles et soulevaient les applaudissements de l'assemblée, bien que cette forme de manifestation fût contraire aux usages et au règlement. C'était à la fois un blâme adressé à ceux des députés de la gauche qui croyaient devoir prêter leur appui aux conspirations tramées par les sociétés secrètes, dans lesquelles se mêlaient les élé-

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iiiciils bonaparlislcs cl i(''|)uhlicaiii.s . ol iiiie proLeslaliori iiiclij^iiéc coiilrc les iiisiiiLialiitiis malveillanles deladroilc qui aiïocLait de solidariser ropj)()sili(Hi louL entière avec la coiiduilc inconsLilutiounclledeqiicl(|Lies-uns de ses membres, dont les manœuvres criminelles et maladroites nuisaient à la cause do la liberté saris profit pour personne.

Si, vis-à-vis du Gouvernement, Périer se conduit toujours en fidèle et loyal député, par contre, les droits de la Cliambro n'ont pas de plus ardent défenseur; il lulle. seul souvent, contre le président et la majorité, rien ne peut l'arrêter loj'squ'il s'agit de défendre la liberté de la tribune. 11 ne consent à succomber sous le nombre que lorsque lui et ses amis auront épuisé tous lesmoyens de défendre Icuropinion. «On « a demandéla clôture de la discussion, disait-il le 10 février « 1821, ditTércnls membres étaient à la tribune pour s'y « opposer lorsque M. de Yillèle, non pas en sa qualité do « déjtuté, mais comme ministre (l)probablement, a obtenu la a parole; je n'aurais fait aucune observation si M. de Yillèle « eût attendu son tour pour parler; mais M. le président l'a « sans doute considéré comme ministre du Roi puisqu'il lui « a accordé la parole do préférence. Il faut commencer par « établir une question. Devons-nous reconnaître qu'un minis- « Ire qui n'a aucune fonction, qu'on ne sait pas comment « qualifier, puisqu'il n'a point de portefeuille, puisse ainsi « prendre la parole et intervertir l'ordre de la discussion ? « Et pourquoi ? j)Our demander la clôture. En vertu de quel « litre aurait-il ce droit ? Est-il ministre, mais comment « s'appelle son ministère ? J'avoue, messieurs, que je ne « sais comment le désigner ; cai- il ne voudra pas sans doute « qu'on l'appelle ministre do clôture... » Cette boutade soulo\ a les j'ires do l'assemblée, mais la majorité ne fut pas désarmée, elle vota la clôture de la discussion. 11 s'agissait,

(1) Par ordonnance du 21 septembre 1820, WM. Laiuù, Corbière et de Villùle avaient clé nouiniés « ministres secrélairos d'Elal ul membres du couseil des ministres ». Le cabinet espérait par cette concession obtenir l'appui loyal de la droite.

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il est vrai, de la révoliiliuii de xNaples sur laquelle le nuiii.s- Ire des Affaires étrangères avait refusé de s'expliquer,

Casimir Périer réserve surtout ses critiques pour les questions financières, il y déploie un talent remarquable, discutant, dans tous leurs détails, les propositions de M. Roy, il prélude à la lutte qu'il soutiendra pendant plusieurs années contre M. de Villèle. Tous ses efforts tendent à maintenir les ministres dans les voies constitutionnelles, à ne pas leur permettre de s'écarter des règles imposées par la forme même du gouvernement représentatif. Tantôt il reproche au ministre des Finances de ne pas dire la vérité à la tribune: (( J'aurais pensé, messieurs, s'écrie-t-il, que, vivant sous un a régime constitutionnel, et conservant encore le droit de « discuter au moins à la tribune les propositions du Gouver- « nement, nous ne les verrions plus énoncées, surtout en « matière de finances, dans un autre langage que celui de la ({ vérité et qu'elles seraient enfin débarrassées de toutes ces « formules officielles de déceptions qui décèlent la faiblesse (( de ceux qui les emploient en même temps qu'elles sont « une sorte d'offense à la capacité et aux droits de ceux qui (( sont ici par le vœu de la Charte pour délibérer au nom de « la nation les impôts qui doivent peser sur elle... »

Tantôt poussant la critique plus loin, devenantplus acerbe, il attaque violemment les affirmations de M. Roy: « Ce « n'est pas, dit-il, le Gouvernement que je veux chercher à a détromper: il sait mieux que nous à quoi s'en tenir sur « le fond des choses; mais il est bon, dans le sérieux de nos « discussions, de ne pas prendre les apparences pour la réa- « lité et de faire connaître nettement la valeur de quelques (( mots du vocabulaire ministériel, oii dégrèvement ne veut « pas dire diminution, mais déplacement de l'impôt; oiiéco- « nomie signifie dépense ; paiement, emprunt; libération des « contribuables, continuation de leurs charges: extinction « de la dette, prolongation de la dette (1). »

(1) Discours du 12 février 1821.

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