‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 29 sur 158 · LES CONSPIRATIONS · texte numérisé non relu

LES CONSPIRATIONS

gés de défendre la société. Notre histoine contemporaine n'en fournit que de trop nombreux exemples.

Une conduite opposée serait plus juste et autrement ofiicace. Il est probable que si dès le début M. de Serre avait eu l'énergie de porter la répression là oij elle devait atteindre, une première leçon eût suffi. L'on n'aurait pas vu, pendant de longues années, ce défilé de complots conduisant de pa«vres égarés jusqu'à l'échafaud. Les sociétés secrètes eussent été étouffées dans l'œuf. Le mécontentement, peut-être légitime, d'anciens militaires n'eût pas été exploité jusqu'au crime par des politiciens sans scrupule, recrutant des dévouements, au nom de la liberté et de l'Empire, pour assurer leur propre domination; ayant toujours soin de se mettre personnellement à l'abri pendant que leurs dupes payaient quelquefois de leur tête une foi trop ardente, ou une crédulité trop naïve.

La justice fut souvent sévère, il le fallait, surtout pour l'armée; où en serions-nous si le soldat, oubliant que son seul rôle est la défense de la loi et de la Patrie, intervenait dans les discordes politiques en jetant son sabre dans l'arène en guise de bulletin de vote? C'est une des gloires de la Restauration de s'être opposée à ce que l'armée sorte de son rôle en réprimant avec sévérité les tentatives faites pour l'entraîner à l'oubli de ses devoirs. Le sang versé doit retomber non sur les défenseurs de la loi, mais sur ceux qui ne reculaient pas devant le crime pour assouvir leurs ambitions personnelles. Le seul tort du Gouvernement a été de ne pas frapper là où il devait. C'est le reproche que Casimir Périer faisait à M. de Serre : il était mérité.

La séparation se creusait de plus en plus profonde entre

les constitutionnels libéraux et le cabinet; celui-ci préparait

les voies à une administration de droite pure et Périer disait

le 21 février 1821 du haut de la tribune : « Notre situation

« vis-à-vis du ministère n'est pas équivoque; on sait bien

« que nous n'approuvons pas la marche de son administra-

o tion. » t

U'i CASIMH\ PKRIEK

La discussion de la loi sur les circouscripLions des arrondissements électoraux souleva de nombreuses protestations de la part de la gauclic, dont les membres voyaient leurs intérêts et leur situation compromis par des découpages savamment préparés. Les orateurs de la majorité s'appuyaient sur les décisions des conseils généraux lorsqu'elles étaient favorables au projet du Gouvernement; ils les passaient sous silence ou n'en tenaient aucun compte quand elles lui étaient contraires. Périer fit ressortir la contradiction de cette conduite à propos du département de llsère, Puis^ sortant du cas particulier qui l'avait amené à la tribune, il s'en prit à la loi tout entière, dont il montre en ces termes le véritable but : « Si l'on veut dire que la loi tend à. diviser les électeurs, (( à diminuer les opinions qui auraient une communauté de <( votes et qu'enfin son but est d'établir dans les collèges c( électoraux une majorité factice afin d'amener ensuite dans (( cette enceinte une majorité tout aussi factice, je convien- « drai qu'elle a parfaitement rempli son objet... Est-ce, de- « mande-t-il en descendant de la tribune, avec un système (( qui détruit l'unité des votes et qui forme des majorités fac- « tices que vous réussirez à établir le Gouvernement repré- « sentatif? Oui sans doute un Gouvernement représentatif (( tel que l'entendent M3L les ministres, c'est-à-dire un minis- (( tère qui parle, une majorité qui vote et une minorité (( qu'on force à se taire . »

Mais les esprits étaient surtout préoccupés des événements extérieurs. Les Autrichiens exécutaient le mandat qu'ils avaient reçu du congrès de Laybach, ou mieux que l'habileté du prince de Metternich, profitant des conférences de Troppau pour faire sa paix avec le Tzar, était parvenu à arracher aux puissances continentales, malgré l'opposition de l'Angleterre qui comprenait que, sous prétexte de contrerévolution, l'habile diplomate n'avait en vue que la consolidation de l'influence autrichienne en Italie. Le Piémont pendant ce temps suivait l'exemple de l'Espagne et des Deux- Siciles. Le roi Victor-Emmanuel, pour ne pas céder aux exi-

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