‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 30 sur 158 · EVENEMENTS EXTERIEURS · texte numérisé non relu

EVENEMENTS EXTERIEURS

gences révolutionnaires, abdiquait en faveur de son frère (13 mars 1821); r,olui-ci fit appel aux Autrichiens.

La nouvelle parvint à Paris par une voie détournée et amena une baisse sur les fonds publics. Le Gouvernement, armé de la censure, détenant le télégraphe, empêchait la publication des renseignements contenus dans les correspondances privées et contribuait ainsi à répandre l'incertitude sur des événements d'oii pouvait sortir la guerre. Casimir Périer profita d'une discussion incidente sur une pétition pour porter ces faits à la tribune : « Depuis le quatorze, dit-il dans la (< séance du 17 mars, le Gouvernement est instruit officielle- (< ment d'événements de la plus haute importance et aux- « quels se rattachent naturellement des idées d'ordre et de (( crédit public; et cependant le plus grand silence a régné à <( cet égard et nos fonds ont éprouvé une influence funeste. « Or de deux choses l'une : les événements qui circulent rt dans le public sont vrais ou faux; s'ils sont vrais, le Goûte vernement est coupable de ne pas en avoir instruit non <( seulement la capitale, mais encore la France tout entière. « S'ils sont faux, pourquoi, dans l'intérêt de tous, le Gouver- (( nement ne dissipe-t-il pas les craintes et les méfiances que (( cherchent à semer les spéculateurs qui peuvent en être «instruits?... Dans un Gouvernement représentatif, tout « citoyen a le droit d'être instruit de ce qui peut l'intéresser « dans sa fortune. Or, le Gouvernement conserve dans cette « circonstance un silence coupable... Nous ne pouvons con- « cevoir dans quel intérêt, soit financier, soit politique, le « Gouvernement a pu garder le silence dans une circonstance (( si importante... » Il revient sur cette question italienne dans la séance du 21 mars. De violents débats s'étaient élevés dans la Chambre à l'occasion de la loi portant règlement des comptes de 1819; la question de politique générale avait été mise en jeu. L'existence du ministère devenait de plus en plus précaire entre une opposition de gauche encore importante et une majorité d'une homogénéité douteuse. Une fraction de la droite en effet ne soutenait le cabinet qu'avec

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J'arrière-pensée de le renverser lorsque le moment de prendre le pouvoir serait venu. L'administration du duc de Kichelicu était tolérée par les amis de Monsieur parce qu'elle lui paraissait la plus apte à obtenir le vote de certaines lois, et seulement comme un instrument que l'on briserait dès qu'il ne serait plus nécessaire.

M. de Villèle, posant sa candidature à une succession que cliacun sentait devoir être bientôt ouverte, prenait une position à part dans le cabinet. Il se posait en modéré parmi ses amis auxquels il prêchait la conciliation.

Les événements d'Italie et d'Espagne, d'Italie surtout pour le moment, préoccupaient tous les esprits en France par la nature même des problèmes qu'ils posaient. Alors que d'aucuns y voyaient l'écrasement de l'esprit révolutionnaire, d'autres se demandaient avec inquiétude oii s'arrêterait le droit d'intervention que s'arrogeaient les gouvernements autoritaires de l'Europe et chacun approuvait ou blâmait suivant les tendances politiques de son parti. Tous oubliaient que, quoi que l'on fasse et quoique l'on dise, c'est toujoursl'intérêt particulier et matériel des États qui finit par dicter les décisions des diplomates; les sentiments et les principes mis en avant ne sont là que pour voiler les véritables mobiles. L'Autriche intervenait dans le royaume de Naples et au Piémont pour affermir son influence et sa prédominance en Italie bien plus que pour étouffer la liberté. L'Angleterre essayait de contrecarrer cette intervention par des motifs de convenance politique et personnelle et non par amour de cette même liberté dont elle se moque lorsque les intérêts des négociants de Londres ou des armateurs de Liverpool ne sont pas en jeu. Mais si l'on se reporte à cette époque, si l'on se rappelle les principes posés par la Sainte- Alliance, si l'on n'oublie pas que la France avait subi deux invasions de la part de ces mômes puissances qui imposaient brutalement le pouvoir absolu en Italie, on reconnaîtra que les libéraux devaient être inquiets et comme amis de la liberté constitutionnelle et comme patriotes. Les royalistes eux-mêmes, si l'on en excepte une infime coterie

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qui eût volontiers accepté une croisade de la Sainte-Alliance contre la Charte, no voyaient pas sans quelque crainte l'application des principes de police européenne cliers à 31. do Metternich. Ces considérations expliquent les nobles et patriotiques paroles prononcées par Périer : « Après l'agitation « qui a régné dans cette assemblée et après les importants « débats qui ont eu lieu dans nos précédentes séances, sur « les matières les plus délicates et les plus graves, il est « difficile de pouvoir fixer votre attention sur de simples « questions de chiffres, lorsque, d'après les paroles des mi- « nistres eux-mêmes, notre existence sociale paraît être mise « en question.

« Le discours du ministre (1) qui a ouvert hier la discusa sion ne nous a entretenus que de divisions des royalistes a exclusifs, que de la nécessité d'oublier le passé et du besoin « de se rallier entre eux contre le danger de l'ennemi cornet mun; l'appel de ce ministre à cette classe de royalistes « était un véritable signal de détresse {murmures à droite). « Messieurs, je ne sais si le Gouvernement et le ministère de « ce parti sont menacés; mais ce que je sais, c'est que la a monarchie constitutionnelle et la dynastie actuelle ne cour- 4 ront jamais aucun danger quand on appellera pour les « défendre des royalistes constitutionnels... »

Cette belle déclaration souleva les bravos approbatifs de la gauche. Un membre de droite ayant dit : « Fort bien, mais le 20 mars, » Casimir Périer se retournant vivement vers la droites'écriad'une voix retentissante : a Le 20 mars ! . .. et oii « étiez-vous le 20 mars ? » La gauche appuya par des acclamations enthousiastes cette apostrophe véhémente maisjuste, à laquelle ceux qu'elle frappait se gardèrent bien de répondre.

L'orateur recherche ensuite d'où vient la nouvelle attitude des ministres : « Je le demande, qu'y a-t-il de changé ? «. Pour(juoi un mouvement opéré dans un pays lointain « jette-t-il le désordre danslecanip de nosadversaires ?( \io-

(1) M. do Villclc, uiinistru .sans portefeuille.

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a lenls 7/1 u?'/n lires à droite.) Pourquoi le simple bruit des « événements du Piémont semble-t-il procuire sur le minis- « tère et sur son administration le même effet que firent jadis « les trompettes d'israid sur les murs de Jéricho ? {Moiwement dans rasseînblée.)

« Non, messieurs, il n'y a malheureusement rien de changé « dans notre situation, et c'est précisément ce qui est la a cause des craintes du ministère et des dangers de la France. « Tout le mal est de ce que l'on persiste dans ce système de « violation de tous les principes, de toutes les libertés publi- « ques et que chaque jour voitdisparaître pièce à pièce toutes « nos garanties. Malgré la tardive perspicacité des ministres, « ils ne peuvent s'empêcher de voir la fausseté de leur posi- « tion et de la nôtre; le moindre mouvement de cette opi- « nion publique qu'ils compriment les fait trembler parce « que cette opinion poursuit leur administration comme le a remords poursuit les mauvaises consciences. » {Vive sensation.)

Périer se lance ensuite dans une improvisation très étendue. Quoique l'impression eût été votée par la Chambre, le Moniteur n'en publie qu'ime analyse. Nous en extrayons les déclarations suivantes :

« Nous serons toujours empressés de prêter notre appui au « Gouvernement, lorsqu'au lieu de faire des appels à un parti « divisé on cherchera à rallier la France entière... Que la « France se rassure, nous ne voulons ni révolutions, ni bou- 0 leversements ; nous ne voulons que ce qui existe, la Charte « actuelle, non pas pour la mettre dans un tabernacle, mais « pour la faire exécuter. . . Oui, messieurs, nos opinions seront « invariables dans l'opposition comme dans la majorité, on « ne nous verra jamais soumettre nos principes, ni la marche « du Gouvernement français à l'influence des cabinets étran- « gers, et tous les congrès du monde ne pourraient faire « varier nos sentiments. J'ai cru devoir exprimer nos pensées « les plus secrètes dans un moment où l'on veut encore « chercher à les incriminer, afin que personne n'ait plus de

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