CHAPITRE IV
Elections de 1821 . — Modification du cabinet. — Session de 1821. — Scrutin pour la désignation à la présidence. — Intrig-ues à la cour contre les ministres. — Alliance entre M. de Villèle et M'ik' duCayla. — Discussion de l'adresse. — Fausse manœuvre de l'opposition. — Réception de l'adresse, réponse du Roi. — Intrigues de Monsieur, entrevue avec le duc de Richelieu. — Le ministère se retire. — Le Roi et Monsieur. — Nouveau ministère. — Réponse de Périer à M, de Villèle à propos des changements faits dans le personnel administratif. — Nouvelle loi sur la presse. — Amendement de Périer. — Déclaration sur les biens nationaux. — Intervention de Périer à propos d'un catéchisme qui enseig'nait le paiement de la dîme. — Réponse à Mathieu de Montmorency. — Discours sur le mot « classes ». — Protestation de Périer contre la loi sur la presse. — Projet sur les journaux. — Amendement de Casimir Périer. — Délits de tendance. — Vol du sous-caissier Mathéo. — Sur les opérations de bourse faites par M. Corvetto. — Sur les indemnités à accorder aux employés réformés. — Demande la publicité des primes accordées par le Gouvernement. — Sur la réduction du traitement des préfets. — Casimir Périer parle sur le règlement.
La situation du ministère du duc de Richelieu ne fut pas améliorée par les élections de 1821. Sur quatre-vingt-seize sièges, la droite en obtint les deux tiers, la gauche et le centre gauche eurent l'autre tiers. Déjà quelques jours avant la clôture de la session de 1820 (27 juillet 1821), par une manœuvre habile, MM. de Villèle et de Corbière s'étaient retirés du cabinet, ils étaient partis l'un pour Toulouse et l'autre pour Rennes, afin de bien montrer qu'ils restaient en dehors des négociations qui allaient se nouer avec le parti libéral.
La session de 1821 fut ouverte le 5 novembre par une séance royale au Louvre. Beaucoup de bruits circulaient à ce moment, on parla de concessions à faire au centre gauche pour former une majorité sans le concours de la droite, dont les exigences devenaient par trop compromettantes. S'il y sut des pourparlers ils n'aboutirent pas et le scrutin pour la
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désignation des candidats à la présidence de la Chambre indique bien la situation des partis.
Sur deux cent seize votants, M. Ravez obtient au premier tour cent trente-trois voix; puis dans les scrutins suivants MM. de Yillèle, de Corbière et de Bonnald sont choisis avec un nombre de voix variant de cent trente-trois à cent quatorze. Enfin au ballottage pour la désignation du cinquième candidat, M. de Vaublanc l'emporte par cent six voix contre quatre-vingt-huit données à M. Royer-Collard.
Si la droite continuait, comme elle l'avait fait pendant la session précédente, à soutenir le cabinet, ces élections étaient un succès pour les ministres. Mais ceux-ci consentiraient-ils à subir les conditions de leurs protecteurs?
Les pourparlers qui avaient précédé la retraite de MM. de Villèle et de Corbière, les bruits répandus dans le monde parlementaire dès l'ouverture de la session faisaient bien prévoir qu'une entente ne pourrait s'établir, et dès lors la retraite du cabinet n'était plus qu'une question de forme et de moment.
Le ministère, composé d'hommes vivant en dehors de la cour et delà familiarité des Princes, ignorait ce qui se passait et se disait au château.
Le duc de Richelieu, auquel sa charge de premier gentilliomme ouvrait l'accès des appartements royaux, aurail pu avoir connaissance des intrigues nouées autour du Roi. Les connut-il ? En tous cas, il eut le tort de les mépriser.
Aucun des ministres n'avait su ou voulu prendre auprès de Louis XVIII la place laissée vacante par le départ de M. Decazes, aucun du reste n'était propre à ce rôle, mais ils auraient pu maintenir dans un rang subalterne M"'^ du Cayla, dont l'ambition ne s'étendait pas au delà d'une question d'argent, du moins dans les premiers temps. Cette intrigante prit rapidement une influence considérable sur l'esprit du vieux Roi et lorsque les ministres se rendirent compte du danger qui les menaçait, il était trop tard : l'alliance entre M. de Yillèle et la favorite, conclue par l'intermédiaire de
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Sostliène de La Rochefoucauld, (Hait approuvée par le comte d'Artois et la chute du cabinet résolue.
La Chambre nomma la commission chargée de rédiger l'adresse en réponse au discours du Trône, aucun membre de la gauche n'en fit partie. Après trois séances, la commission apporta le projet qui fut discuté en comité secret le vingt-six novembre. Il contenait la fameuse phrase : « Nous nous fé- (( licitons, Sire, de vos relations constamment amicales avec « les puissances étrangères, dans la juste confiance qu'une « paix si précieuse n'est point achetée par des sacrifices in- « compatibles avec l'honneur de la nation et avec la dignité a de la Couronne. »
C'était une attaque d'autant moins justifiée qu'elle s'adressait à un homme dont le patriotisme ne pouvait être suspecté. Les services rendus à la France parle duc de Richelieu après les événements de 1815 auraient dû éloigner de lui plus que de tout autre encore l'injure d'un pareil langage. L'esprit de parti a fait commettre bien d'autres injustices.
Combattu par le ministère comme portant atteinte à la dignité du Trône, ce paragraphe fut défendu par des orateurs de droite et de gauche, parmi lesquels on regrette de rencontrer le général Foy. On aimerait à penser que Casimir Périer s'est en cette occasion séparé de son illustre ami, mais rien ne vient l'indiquer et il y a tout lieu de croire qu'il s'est associé à la conduite maladroite et peu honnête de ses collègues du centre gauche.
La discussion fut du reste assez courte, le siège de chacun était fait. Grâce aux manœuvres de M. de Villèle,les doctrinaires, sous l'influence de leur chef, M. Royer-Collard, firent l'appoint de la majorité qui renversa M. de Richelieu. Ils étaient persuadés qu'un ministère ultra ne durerait pas trois mois et que par la force des choses ils seraient appelés à recueillir sa succession. La suite des événements s'est chargée de montrer combien ce calcul était faux et quel danger présente la doctrine malsaine qui consiste à pousser au mal avec l'espoir d'en faire sortir le bien; elle a été la cause détermi-