‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 34 sur 158 · RÉPONSE DU ROI · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU ROI

nante de bien des pages sombres de notre histoire contemporaine.

Les libéraux tombèrent dans le piège que, sous un faux prétexte de dignité nationale, leur tendirent les ultra. Grâce à la coalition, l'adresse fut votée par cent soixante-seize voix contre quatre-vingt-dix-huit. Quatre députés du centre gauclie seulement figuraient parmi la minorité.

Le Roi, profondément blessé, laissa passer trois jours, puis il ht savoir que, contrairement à l'usage, il ne recevrait pas de grande députation et que l'adresse lui serait remise par lo président de la Chambre accompagné de deux secrétaires seulement.

Il répondit : « Dans l'exil et la persécution, j'ai soutenu « mes droits, l'honneur de ma race, et celui du nom fran- « çais. Sur le Trône entouré de mon peuple je m'indigne à la « seule pensée que je pusse jamais sacrifier l'honneur de la « nation et la dignité delà Couronne.

(( J'aime à croire que la plupart de ceux qui ont voté cette « adresse n'en ont pas pesé toutes les expressions : s'ils <( avaient eu le temps de les apprécier, ils n'eussent pas souf- « fert une supposition que comme Roi je ne dois pas caracté- « riser, que comme père je voudrais oublier. » Cette dure leçon était méritée, elle atteignait directement les royalistes qui, pour renverser îe ministre, allaient jusqu'à outrager le Roi.

S'il n'avait eu en face de lui qu'une alliance éphémère, le cabinet aurait pu la mépriser. Les députés ne parlaient qu'au nom de l'intrigue et tout autre était l'attitude de la Chambre des pairs. Mais il sentit une hostilité contre laquelle il ne lui était possible de lutter qu'en compromettant l'héritier de la Couronne. Il aurait fallu dénoncer hautement les intrigues dont M. le comte d'Artois était le chef. C'eût été perdredans l'esprit de la nation le roi de demain. Les membres du cabinet avaient trop de loyauté et de patriotisme pour cherchera conserver le pouvoir à ce prix.

En présence de la conduite du parti uilrà le duc de Riche-

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lien so rendit chez Monsienr pour Ini rappeler la parole qu'il lui avait donnée lors de la formation du ministère. LePrince lui répondit avec sa légèreté haljituelle qu'à ce moment il lui en aurait dit bien d'autres, heureux de pouvoir s'arrêter aux hommes de sa nuance politique. M. de Richelieu, indigné de cette réponse dont la franchise ne rachetait pasla déloyauté, lui tourna le dos sans ajouter un seul mot.

Le cabinet, après une longue conférence oii le premier ministre rendit compte de sa visite à Monsieur, résolut de s(; retirer. S'il était en effet facile de résister à une coalition, il était impossible de gouverner avec l'hostilité de l'héritier de la Couronne, surtout alors que Vk^c et l'état précaire de la santé du Roi pouvaient d'un moment àl'autre amener la vacance du Trône.

Louis XVIII se montra très troublé de la détermination prise par ses ministres, disant à M. de Richelieu: « Que vaisje devenir? Que veulent-ils faire? Que va-t-on m'imposer ?» Le duc conseilla au Roi de voir Monsieur et de s'entendre avec lui.

Quelques heures après le Roi ayant fait appeler le président du Conseil lui dit: « J'ai vu mon frère, j'en suis parfaitece ment content, il est très sage, tout est arrangé, vous pou- « vez vous en aller quand vous voudrez (1). »

La note suivante qui parut dans les journaux du lendemain fit comprendre à tous quelle serait la solution de la crise.

Paris, le 1 3 décembre.

A quatre heures, M. le comte d'Artois est venu chez le Roi. S. A. R. a présenté à S. M. messieurs de Villèle et de Corbière, membres de la Chambre des députés.

Par ordonnance du quatorze décembre 1821,1e cabinet fut ainsi constitué.

Justice. Comte de Peyron net:

Affaires étrangères. V'*^ Mathieu de Montmorency.

(1) Mémoires inédits.

NOUVEAU MINISTEi\I-: VM

//i/èrici/?'. Comte de Corbière.

Guerre. Maréclial duc de Bellune.

Marine. Marquis deClermont-Tonnerre.

Finances. Comte de Villèle.

Sosthène de la Rociiefoucauld, qui, pour prix de ses services, avait déjà obtenu le portefeuille des affaires étrangères pour son beau-père, fit donner la direction des postes à son père, le duc de Doudeauville. Un vieil émigré auquel on annonçait cette nomination s'écria : « Et qui est-ce qui sera duc de Doudeauville (1) ? » Les voies souterraines qui avaient conduit M. de Yillèle au pouvoir lui valurent dans les salons le surnom de la taupe (2). Ce cbangement do ministère marque la fin du règne de Louis XVIIL « Il n'a « plus été qu'un instrument entre les mains des agents do a Monsieur qui lui-même obéissait à la congrégation; lors- « que M. de Villèle a cherché à s'en affranchir, il est tombé « comme les autres (3). »

Les libéraux, qui, comme le général Foy, Casimir Péricr, Royer-Collard, etc., avaient, avec des arrière-pensées et des buts différents, servi de marche-pied au ministère de Villèle, ne tardèrent pas à reconnaître leur erreur et la fausseté de leurs calculs. Mais il était trop tard :les ennemis de la liberté détenaient le pouvoir pour de longues années. 11 ne restait plus à l'opposition qu'à porter le poids de ses fautes et à essayer de conserver le plus possible des libertés accordées par la Charte. C'est à quoi Périer consacrera son talent et son énergie, restant toujours dans les limites d'une opposition loyale et constitutionnelle; il se tiendra absolument en dehors des sociétés secrètes et des conspirations auxquelles beaucoup do ses amis politiques vont se mêler.

Le changement de cabinet avait été suivi de nombreuses mutations dans les diverses branches de l'administration, de vieux serviteurs furent remerciés et leurs places données aux amis du nouveau ministère. M. do Villèle répondit au général

(1 ù 3) Mémoires inùdils.

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Foy qui s'était chargé do porter à la trijjuiie les plaintes des victimes qu'a il n'appartenait ni à la Chambre, ni à qui que (( ce soit, de faire la moindre observation sur les actes de « l'autorité souveraine ». Cette réponse hautaine amena l'intervention de Casimir Périer : « Il s'agit ici, dit-il, d'une (( grave question . Le ministère a besoin débattre monnaie et « monnaie de places (tmirmures à droite) et il prétend que « nous n'avons aucune observation à faire sur la question « de savoir si, en définitive, ce ne sera pas la nation qui « paiera les frais de cette nouvelle monnaie (murmures). Il « n'est vrai, ni en fait ni en droit, qu'il ne nous appartienne « pas d'examiner cette question. M. le ministre des Finances « vient de nous dire que le ministère avait le droit de créer « des places. Oui sans doute, vous en avez le droit, mais à « notre tour nous avons celui d'examiner comment vous « faites usage de ce droit (Ij... »

Après avoir montré quelle action funeste ces nombreux changements auront sur les fonds des retraites, Périer ajoute: « Une foule d'employés sans s'être jamais mêlés de politique « sont renvoyés de leurs places de la manière la plus injuste... « Je réclame des mesures à cet égard; car il est impossible « que la France souffre que des hommes qui l'ont servie pen- « dant vingt-huit ans soient renvoyés de leur place et privés (( de leur existence. Il est impossible surtout, sous un Gou- K nement représentatif, de consentir à ne confier les places « qu'à des hommes qui, pour devenir administrateurs ou « pour continuer à l'être, seraient obligés de cesser d'être « citoyens. » {Bravos répétés à gauche.)

Une partie de la session de 1821 fut occupée par la discussion d'une nouvelle loi sur les délits de la presse. C'était l'éternel recommencement : maintenir les journaux puisqu'on ne croyait pas pouvoir faire autrement, mais les empêcher de rien dire de désagréable au Gouvernement; respecter au moins le texte si non l'esprit de la Charte et restreindre au-

(1) Séance du 11 janvier 1822.

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