EMPRUNT DE 13 MILLIONS
Aux membres de la droite, qui appuyaient l'approbation donnée au projet ministériel sur leur désir de fermer une fois pour toutes le livre de la dette, Périer répond :
« Vous nous dites que vous voulez fermer le grand-livre; « mais que pourrions-nous en croire, quand nous avons en- (( tendu des membres de votre commission renouveler la (( proposition de M. Macdonald pour créer des rentes en (( faveur des émigrés ! {Munnures à droite. — Voix à gau- « che : oui, on l'a demandé.) Il est donc certain que notre « tranquillité doit être troublée, et que nous ne sommes pas (( si loin de voir s'établir de nouvelles charges; car n'est-ce « pas de votre côté que sont venues de pareilles propositions ? « Ainsi, la tranquillité que vous voudriez nous inspirer ne « peut pas nous tromper... »
La Chambre repoussa les amendements de Casimir Périer et adopta l'article du projet gouvernemental.
Un membre de la majorité ayant proposé de déclarer par une disposition additionnelle que l'arriéré était absolument fixé par les dispositions de la présente loi, Casimir Périer demanda la parole.
« Messieurs, dit-il, il est assez singulier que ce soient des <( membres de notre côté qui viennent combattre un amen- « dément qu'on prétend destiné à donner aux contribuables « des garanties. {Rires à droite.)
Plusieurs membres. — « Pourquoi les combattez-vous?
Casimir Périer. — « Mais le préopinant , en défendant sa (( disposition, nous a dit que la loi do 1818 avait fixérarriéré, « que cette loi a été violée par lamajorité. Eh bien ! messieurs, « puisque vous connaissiez cette loi de 1818, pourquoi n'a- « vez-vous pas rejeté les propositions du ministre comme lui f( étant contraires ?
«. Ces propositions illégales, vous les avez soutenues, vous (( les avez adoptées, et maintenant, pour vous donner un air « de popularité (rîVe^ à droite)...
Plusieurs voix à droite. — « Ali ! Ah ! de la jalousie I « Nous en avons plus que vous !
172 CASIMIR PKRIER
Casimir Périer. — Messieurs, en fait de popularité, vous « serez toujours à l'arriéré. {Murmures à droite.)
Voix à gauche. — « Bravo ! Bravo î
Casimir Périer. — (( Vous avez violé la loi, n'ayez donc pas (( l'air maintenant de venir défendre les intérêts des contri- « buables auxquels vous avez imposé des charges énormes. « Messieurs, ce n'est pas un article de loi que vous pourrez « violer encore, qui sera une garantie de plus pour la France : « c'est une majoritédiflérente de celle qui existe aujourd'hui, (( et il faut espérer pour le bonheur de la France que la ma- « jorité actuelle cessera bientôt d'être la majorité...
Un grand nombre de voix à droite. — « Vous nous insul- « tez ! A l'ordre ! A l'ordre î
Voix à gauche. — « C'est la vérité! Bravo ! bravo !
M. LE Président. — « Monsieur Casimir Périer, vous vous « êtes écarté de l'ordre. {Murmures à gauche.)
Voix à gauche. — « C'est le comble de l'injustice!
M. Tesseire. — « C'est vous qui mériteriez d'être rappelés « à l'ordre !
M. Casimir Périer. — «Je demande à m'expliquer(« droite: « oui, oui, à l'ordre !) Est-ce que je n'aurais pas le droit do (( m'expliquer ! J'espère que vous ne voulez pas me condam- « nersans m'entendre (/e silence 6-' e/a/6/«V). Messieurs, j'ai dit « que la véritable garantie des contribuables était dans l'ob- « servation de la loi. Le préopinant avait dit qu'un article « de la loi de 1818...
Voix à droite. — « Il ne s'agit maintenant que du rappel à l'ordre !
M. le Président. — « L'orateur a le droit d'être entendu « dans son explication I
M. Casimir Périer. — « Il avait dit que l'article de la loi de « 1818 était impératif, et que cependant on l'a violé. Eh bien ! « j'ai dit, moi, que l'article qu'il propose ne donnera pas plus (( de garantie que celui de 1818; qu'il aurait fallu défendre « cette loi, et que, quand la majorité vient de la violer, ce « n'est pas par de vaines dispositions que nous ferons res-