L'OPPOSITION DE PERIER
L'opposition de Casimir Périer et ses véhémentes critiques avaient le privilège d'exaspérer tout particulièrement la majorité à laquelle il ne ménageait pas les dures vérités, et qu'il blessait cruellement dans ses terribles colères, d'autant plus que la dignité et la rectitude de sa conduite politique, la haute situation qu'il occupait, l'honorabilité de sa vie publique et privée le mettaient à l'abri des représailles. On devait renoncer avec lui à ces potins de couloirs, à ces insinuations malveillantes qui sont, dans les assemblées, la vengeance des médiocrités. Il fallait ou l'attaquer publiquement ou se taire, et personne n'osait prendre le premier parti. La majorité le craignait et le respectait. Mais « il arrivait souvent que sa « seule présence à la tribune, a dit un biographe, suffisait « pour soulever un brouhaha assourdissant de cris : A la « clôture! Encore du scandale! Al'ordre le factieux! » Et cependant nul n'avait plus de respect pour la légalité et le règlement; ses plus violentes colères ont toujours pourpoint de départies violations de l'une ou de l'autre. En réalité son opposition est modérée et la violence est bien plus dans la forme que dans le fond, c'est chez lui affaire de tempérament.
Si respectueux qu'il soit des prérogatives accordées par la Charte au pouvoir exécutif, Casimir Périer n'hésite pas à protester publiquement contre les abus que font de l'autorité qui s'attache à leurs actes et à leurs paroles des ministres imbus des traditions gouvernementales du régime impérial.
C'est ainsi que le 22 juillet il monte à la tribune pour réfuter les accusations fausses portées par le garde des Sceaux, à la séance précédente, contre un avoué de province, destitué pour raisons politiques. Questionné au sujet de cette destitution, M. de Peyronnet avait dit : « L'individu a été sous le « poids d'une accusation de faux pour avoir participé à un « acte tendant à dépouiller des créanciers légitimes. »
M. Casimir Périer. — « Je demande la parole sur la « rédaction du procès- verbal {vive agitation).
Voix à droite. — « Allons ! du scandale sur M. Lecomte !
M. C.\siMiR Périer. — « Je ne viens point accuser le procès-