CONTRE LES RÉDUCTIONS DE CRÉDITS
ces battaient en retraite, la majorité fermait la discussion et toute la gauche se prétendait calomniée, alors que cela n'était vrai que pour un certain nombre de ses membres. Les coupables n'étaient pas ceux qui alors criaient le moins fort. Il eût été plus loyal de rester dans la vérité, surtout si, comme on l'a affirmé, le Gouvernement avait en mains les preuves matérielles de la complicité des députés les plus compromis. Cette tactique coupable et peu honnête a pu servir momentanément les intérêts d'un parti comme sembleront le prouver les électioub; mais elle a été néfaste à la Restauration et à la France. Il est juste d'ajouter que c'est presque toujours la coutume des hommes politiques de placer l'intérêt général dans le triomphe de leurs idées. L'on a vu tour à tour la France solidarisée par les partis à la Monarchie, à l'Empire ou à la République. Triste politique qui nous a conduits à ce résultat qu'après cent ans de révolutions l'anniversaire de ce grand et beau mouvement de 1789 n'a pu être célébré par toutes les provinces qui y avaient participé.
Quelle que soit la rigueur de ces luttes, Périer ne se laissait pas entraîner par une opposition aveugle et absolue; il savait au besoin surtout en matière definances combattre les mesures proposées soit par ses propres amis, soit parla commission du budget. Il voulait avant tout que l'administration ne fût pas entravée par des économies hâtivement votées ou mal entendues. C'est ainsi que dans cette même discussion de la loi de finances de 1823 il s'oppose, dans les séances des 2 et 3 août 1822, à des réductions sur le service des payeurs et sur l'administration des contributions indirectes.
Casimir Périer est partisan delà suppression des payeurs des départements, mais il ne faut pas « embarrasser l'admi- « nistration et détruire l'harmonie d'un service qui, àquelques « exceptions près, est aussi bon » que possible. Il pense que par la suite on pourra réunir les deux fonctions de payeur et de trésorier général.
(( Toutefois, ajoute-t-il, je ne viens pas, par des réductions « précises, demander que les payeurs soient supprimés ; je
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« laisso à la sagesse de l'administration à voir s'il n'y a pas « moyen d'opérer de grandes économies dans ce service. Je « neveux pas surtout, par une réduction trop brusqne,comme (( il en a été fait plusieurs, demander la suppression des « fonctions d'hommes qui , après avoir servi longtemps et « iionorablement, se trouveraient réduits à une pension mo- « dique. Mais si le ministre prenait de sages mesures, il est « certain qu'on pourrait, suivant les extinctions, faire passer « aux places de receveurs d'enregistrement les payeurs dont « les fonctions se trouveraient alors supprimées ; ce qui pro- « duirait des économies et ne ferait souffrir personne. »
Périer estime que Ton pourrait diminuer le nombre des fonctionnaires. « C'est une chose singulière, dit-il, qu'en « matière de finances, où les fonctions sont analogues, on ne <( les voie nulle part cumulées, tandis qu'on peut être à la « fois ministre d'État, conseiller d'État et ambassadeur. Je (( crois qu'au moyen d'un cumul pareil il serait facile d'arec river à de grandes économies dans l'administration des « finances. Je me borne à émettre ces réflexions, que j'invite « le Gouvernement à prendre en considération ; mais je ne « fais aucune proposition précise, et je m'oppose à la réduc- « tion d'un million... parce qu'elle tendrait à désorganiser le « service. »
L'impression de ce discours demandée à droite et à gauche fut votée par la Chambre.
Au mois de novembre 1822, la jeunesse des écoles se livra à des manifestations qui amenèrent des troubles dans la rue. Le cours d'histoire de M. Guizot fut fermé; la faculté de médecine supprimée , puis réorganisée sur des bases nouvelles par une ordonnance de M. de Corbière, ministre de l'Intérieur, au mois de février 1823. Casimir Périer prit prétexte d'une pétition des professeurs de Bordeaux, qui demandaient qu'une loi fixât l'organisation des écoles secondaires de médecine pour blâmer à la tribune les mesures prises par le ministre.
Périer commence par demanderle renvoi de la pétition non
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au ministre de l'Intériour, mais au président du Conseil (1), par cette raison « que le ministère actuel se divise en deux « classes : la partie influente et la partie influencée ou sans a influence. » {App/'oôafion à gauche. Longue rumeur à droite.)
« D'ailleurs, ajoute-t-il, il est d'autres considérations plus « importantes qui nous font pressentir que le renvoi à M. le (( ministre de l'Intérieur serait inutile. Les pétitionnaires de- « mandent une organisation définitive pour les écoles secon- « daires de médecine, une loi qui garantisse leur existence « et la mette à l'abri de la versatilité de l'administration. « Comment dès lors renvoyer précisément leur demande à « un ministre qui, dans une occasion récente, a renversé « une organisation basée sur des lois, a bouleversé des exis- « tences qu'elles garantissaient, a opéré enfin une désorga- « nisation qui fera époque dans l'histoire des sciences...
« Sans doute en appuyant la demande d'une loi pour l'or- « ganisation des écoles de médecine, les amis des principes « et de l'ordre voudront qu'elle contienne des dispositions « répressives contre ceux qui se permettraient des actes d'in- « subordination ; mais ils voudront aussi qu'il n'y ait de pas- « sibles de cette sévérité que ceux qui auront excité des trouce blés ou des désordres dans les écoles. 11 n'y a que les pays « non civilisés, dans lesquels il n'existe ni justice ni tribu- « naux, oij l'on puisse rendre responsable la masse des a citoyens de la faute de quelques individus, et les professeurs « solidaires des écarts de la jeunesse; aussi, après avoir « demandé la garantie tutélaire de l'autorité, nous demanot dons également protection pour les individus contre les a abus de cette autorité elle-même ; vous garantirez l'ina- « movibilité des professeurs (y«o/en^5 murmures à droite. — « A gauche: oui, oui, c'est la loi), en faisant revivre les lois et « les décrets précédents, qui avaient ordonné qu'un profcs- « seur ne pouvait être suspendu ni réformé qu'en vertu d'un
(1) M. de Villèle avait été nommé président du Conseil des ministres par ordonnance du 4 septembre 1822.
« jiij^eineiiL, et aprrs enquête préalable sur les faits, disposi- « tions qui ont été violées par le bon plaisir deM. le ministre « de l'Intérieur ; en destituant les professeurs de l'école de (( médecine, il a tout à la fois méconnu leurs droits et oublié « sa propre dignité. {Murmures prolongés à droite.)
(( Messieurs, la nécessité de l'inamovibilité, reconnue pour « le caractère de ceux qui sont chargés de juger les autres, (( ne l'est pas moins pour ceux qui se livrent aux hautes par- « ties de l'enseignement de nos écoles spéciales ; c'est def( vant ces supériorités que viennent se briser toutes les « théories de la faveur et du privilège; le despotisme de « l'arbitraire, les partis et le pouvoir peuvent bien décorer c( des titres les plus pompeux, des fonctions les plus impor- (( tantes, ceux qui se dévouent à leur service; l'autorité peut « bien improviser des ministres ou des ministères ; mais des (f hommes tels que les Vauquelin, les Jussieu, les Pinel, les (( Dubois, les Desgenettes, les Chaussier, les Pelletan, etc., (( sont hors du domaine de la faveur ou de l'ordonnance « {bravos prolongés à gauche) ; leur existence et leur ina- « movibilité doivent donc être garanties par une loi.
« En renvoyant, messieurs, la pétition des professeurs de « Bordeaux à M, le président du Conseil des ministres, vous « ferez sentir au pouvoir qu'il est temps, pour sa conserva- « tion comme pour celle de la société, dans l'intérêt et des « sciences et de nos écoles, de se prémunir entin contre la « tortueuse et invisible puissance de ces novateurs à rebours (( qui obstruent toutes les issues de l'instruction et vicient « tous les actes du Gouvernement. Ce n'est pas, comme le f( disait naguère un ministre à cette tribune, la démocratie (( qui est à craindre dans ce moment, ce n'est pas elle qui « menace de tout envahir ; ce qui nous menace, c'est le jé- « suitisme qui coule à pleins bords. {Murmures à droite.)
Voix à droite. — a A l'ordre {ri?^es à gauche).
M. Casimir Périer. • — a Oui, messieurs, c'est là le comité « directeur qu'il faut détruire; c'est au carbonarisme del'igno- (( rance et de la superstition, qui s'organise de toutes parts,