EXPULSION MANU MILITARI
« hation à gauche.) Et je serai tranquille sur le sort de notre « collègue. Messieurs, si vous passez outre aux propositions « que nous faisons; si, pour satisfaire toutes vos passions, a vous oui)liez toutes les formes, surtout lorsqu'il s'agit de « condamner, il n'y a plus rien de sacré ; on recule d'effroi H devant de telles violences dont on ne trouve d'exemples (( que dans les temps de terreur ou bien sous ces gouver- « nements absolus, sinistres et ténébreux, qui nous rappel- « lent celui de Venise, où les accusés sont sans protection, et « où les bourreaux sont prêts quand le soupçon commence. »
Périer descendit de la tribune au milieu d'une violente agitation; toute la gauche interpelle le président. M. Ravez refuse de mettre aux voix la proposition de récusation et profite d'un moment de calme relatif pour faire voter sur la demande d'expulsion : elle est adoptée par assis et levé avec l'amendement de M. Ilyde de Neuville, qui en réduisait l'effet à la seule session de 1823.
Le lendemain, Manuel, accompagné de tous ses collègues de l'opposition, pénétra dans la salle des séances malgré les ordres donnés par le président. Il répondit à M. Ravez, qui l'invitait à se retirer, qu'il était député et qu'il siégerait jusqu'à ce qu'on l'eût arraché de son banc. Le président suspendit la séance et se retira suivi des membres de la droite; ceux de gauche restèrent à leurs places. On sait comment le sergent Mercier et la garde nationale ayant refusé, aux applaudissements des tribunes publiques, de prêter la main à l'expulsion de Manuel, M. de Foucault, colonel de la gendarmerie, intervint avec ses hommes. Cet officier s'étant écrié : «Empoignez-moi M. Manuel, fut le premier à porter la main sur le député. Manuel et ses amis résistèrent autant qu'il fut en leur pouvoir, mais forceresta aux gendarmes qui entraînèrent le député de la Vendée. On entendit Casimir Périer crier au milieu de la bagarre : « Prenez-y garde, c'est « un député, un représentant de la nation ! Vous nous en « répondez sur votre tête. »
Le lendemain, les membres de la gauche signèrent, au
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nombre de soixante-deux, une protestalion. Elle fut déposée sur le bureau de la Chambre, mais après une discussi on orageuse la majorité décida que le président n'en donnerait pas lecture. Les députés de la gauche se retirèrent et ne prirent plus part aux travaux de la session. Casimir Périer était au nombre des signataires et des abstentionistes :
La protestation se terminait par ces paragraphes qui indiquent bien quel était alors l'état d'esprit de la minorité.
a Considérant la résolution prise hier 3 mars 1823 contre notre collègue comme le premier pas d'une faction pour se mettre violemment au-dessus de toutes les formes, et pour briser tous les freins que notre pacte fondamental lui avait imposés;
« Convaincus que ce premier pas n'est que le prélude du système qui conduit la France à entreprendre une guerre injuste au dehors, pour consommer au dedans la contre-révolution et pour ouvrir notre territoire à l'occupation étrangère;
« Ne voulant pas nous rendre complices des malheurs que cette faction peut attirer sur notre Patrie,
< Nous protestons contre les mesures illégales et inconstitutionnelles prises..., etc. »
La fin de la session présente peu d'intérêt pournotre sujet. Périer ainsi que ses amis politiques ne reparurent plus à la Chambre. La session fut close au mois de mai. La guerre d'Espagne occupait du reste tous les esprits. M. de Villèle et sa majorité se préparaient à tirer le meiller parti possible, pour leurs projets anti-libéraux, des victoires faciles de l'armée française, conduite avec une remarquable habileté par M. le duc d'Angoulême.
Extrêmement pieux, M. le duc d'Angoulême n'était pas cependant sous la domination de la congrégation, il sut résister aux intrigues des ultra. D'une grande sagesse dans le conseil, il était d'une bravoure froide et calme sur le champ de bataille ; il partageait les fatigues du soldat. Les salons bien pensants ne lui ménageaient ni les critiques ni les atta-
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qiics et son rang- n'était pas toujours une sauvegarde contre les propos impertinents des défenseurs du Trône et de l'autel. Sa sagesse et sa modération ne pouvaient plaire aux entours de son père et de sa belle-sœur. Nous regrettons que notre sujet ne nous permette pas de nous étendre en détail sur la belle conduite de ce iils de France et démontrer combien ses vues différaient de celles de son père et des familiers du pavillon de Marsan. Qu'il nous suffise de rappeler la belle ordonnance d'Andujar, qu'il rendit pour empêcher les ari'estations arbitraires et les exécutions sanglantes prescrites par le parti royaliste espagnol. Elle eut le don d'exaspérer les ultra de Paris et le ministère dut la casser. A dater de ce moment, M. le duc d'Angoulème s'abstint de tout acte politique et se maintint dans l'exercice de son commandement militaire. Nous retrouverons du reste cette question de la guerre d'Espagne au moment de la discussion des comptes.