‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 56 sur 158 · ELECTIONS. ÉCHEC DES LIBÉRAUX · texte numérisé non relu

ELECTIONS. ÉCHEC DES LIBÉRAUX

soudre la Chambre. Une onlonnaiice du 24 septembre 1823 convoqua les électeurs des collèges d'arrondissement pour le 2o février 1824 et ceux des collèges de département pour le G mars.

On sait quelle défaite essuya l'opinion libérale : dix-sept de ses membres seulement furent élus. On a dit et répété que les élections n'avaient pas été loyales, que le ministère, employant tous les moyens de pression qui étaient en son pouvoir, en avait faussé le résultat. Il est certain que M. de Villèle mit tout en œuvre pour amener l'échec des candidats de l'opposition et pour obtenir une majorité dévouée; il n'en est pas moins vrai qu'effrayés par la conduite d'une grande partie des membres de l'opposition les collèges électoraux choisirent des représentants qu'ils savaient bien décidés à défendre la Monarchie. Le pays n'avait pas compris la conduite |de la gauche et les modérés, qui ne crurent pas devoir séparer leur opposition légale de celle des A^iolents, furent victimes do la solidarité qu'ils avaient acceptée. C'est pour arriver à ce résultat que M. de Yillèleet ses amis avaient toujours eu soin d'englober la gauche tout entière dans leurs attaques. Le succès dépassa leurs prévisions les plus optimistes, mais M. de Villèle retrouvera, plus calme quoiqu'aussi décidée, dans la Chambre des pairs, l'opposition qu'il était parvenu à éloigner de la Chambre des députés et cela malgré l'ordonnance du 23 septembre 1823, qui avait fait une fournée de vingt-sept pairs. C'est devant la Chambre héréditaire que viendront échouer toutes les lois anti-libérales inspirées par la congrégation.

Casimir Périer avait été réélu par le troisième collège électoral de Paris, mais seulement par 679 voix, ne l'emportant que de 04 suifrages sur son concurrent, M. Outrequin, qu'il avait battu de presque 400 voix en 1822. Le général Foy, élu par le premier collège de Paris, fut nommé aussi deux fois en province; ce furent, avec Ficnjamin Constant, les seuls candidats que la gauche put faire élire à Paris. MM. Laffitte et Benjamin Delesscrt, mis en éciiec dans leur

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collèj^o d'arroiidissLMiieiit, curent le iiièinc sort dans celui de département, qui ciioisit quatre représentants ministériels. Manuel, porté sur la liste du département delaSeine, ne fut pas élu. L'opinion publique infligea un blâme certain et indiscutable aux menées de l'opposition. Les manœuvres d'un ministre ne peuvent jamais changer la nature du verdict de tout le corps électoral. Les élections qui auront lieu en 1827 en seront la preuve. Consultée par le même ministre, sous l'empire de la même loi électorale et soumise à une pression au moins aussi énergique, si ce n'est plus, la France répondra tout autrement.

« Pour nous, découragés, écrit un libéral qui jouera par la suite un rôle important dans notre histoire, M. Odilon Barrot, nous en étions à nous demander si le pays même légal comprenait nos institutions et s'il ne vaudrait pas mieux faire crier dans la rue : Vive le pain à deux sous ! que : Vive la Cliarte(l)! » M. Odilon Barrot se trompe, le pays comprenait fort bien la liberté, il aimait la Charte et ne voulait pas qu'il y fût porté atteinte; c'est pourquoi il éloignait ses suffrages des députés qui s'étaient associés matériellement ou moralement aux manœuvres inconstitutionnelles dirigées contre le Gouvernement. Entre ceux qui n'attaquaient la Charte que par des propos de salons et ceux qui essayaient de renverser la Monarchie en ayant recours aux complots et aux émeutes, il choisissait les premiers. Ce n'était pas la faute du « pays légal )) si les modérés n'avaient pas voulu ou su distinguer leur cause de celle des criminels et avaient laissé compromettre la liberté dans les alliances les plus louches. Le corps électoral aime les attitudes franches et nettes: lorsqu'il veut défendre la Monarchie il choisit des royalistes;si on lui donne la République il charge des républicains de l'administrer et de la conserver. Il va droit devant lui et repousse les subterfuges des habiles ou soi-disant tels. En 182i, la France était sincèrement royaliste. Les complots et les conspirations menaçaient la royauté. Les électeurs refusèrent leurs votes à

(I) Mémoires, l, p. 8iS.

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