‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 59 sur 158 · DEFENSE DU BARON LOUIS · texte numérisé non relu

DEFENSE DU BARON LOUIS

« les honneurs de vos mesures; mais aussi qu'ils en portent « seuls la responsabilité. »

Cet important discours, accueilli par les applaudissements de la gauche, souleva une vive agitation sur tous les bancs de la Chambre. L'impression demandée par les amis de l'orateur fut rejetée par la majorité.

La discussion des articles occupa plusieurs séances. Casimir Périer y prit une part active. Il en profite pour renouveler en détail les critiques qu'il a présentées en bloc dans le discours que nous venons de citer. Il insiste de nouveau sur le traité secret passé par le ministre, demandant si, en cas de remboursement, les banquiers ont pris l'engagement de fournir les 2 milliards 800 millions qui seront nécessaires. La majorité empêcha le ministre de répondre à cette ironique question.

Dans une brillante improvisation dont la Chambre ordonna l'impression, Périer démontre qu'avec l'amortissement il vaut mieux donner un intérêt plus fort et ne pas créer un capital trop élevé :

a Lorsqu'en 1817 vous avez emprunté à 50 fr., et je sup- « pose que l'opération a été faite sur 30 millions de rentes, « le Trésor a donc reçu 500 millions, et il s'est grevé d'une « dette d'un milliard qu'il faut maintenant rembourser. Si « l'on eût créé à cette époque des rentes à 10 pour cent, on « eût obtenu 500 millions contre un intérêt annuel de « 50 millions ; vous n'auriez pas eu 500 millions de plus à « rembourser aujourd'hui ; vous auriez payé comme vous « l'avez fait 10 pour cent d'intérêts, mais la différence, en « définitive, c'est que vous êtes grevés d'une somme de « 500 millions... »

Les conceptions financières du baron Louis avaient été attaquées à la tribune. Périer prend la défense de l'ancien ministre :

« C'est à M. le baron Louis, dit-il, que nous devons le « système de crédit qui a été établi en France. Il n'était pas « difficile, vous a-t-on dit, de trouver ce système. Mais dans

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a quel temps l'a-t-il établi? La France était alors grevée « d'une dette énorme, nous étions sous le poids d'une occu- « pation étrangère. Dans cette enceinte même, on ne savait « quel parti prendre : on allait jusqu'à dire qu'il n'y avait a aucun moyen de payer les créanciers de l'État ; qu'il fal- « lait faire des liquidations telles qu'on en faisait sous des « régimes justement abhorrés. M. le baron Louis soutint « un régime contraire; il vous dit : Vous êtes pauvres, payez; « demain vous serez riches.

« Dans ce peu de paroles était toute la science du crédit. « Vous avez payé les dettes de l'Empire et delà Révolution; a vous avez payé même ces dettes des Cent-Jours^ dont on « nous parle si souvent. Vous avez bien fait. Vous avez fait « un acte de justice qui a consolidé votre crédit. »

S'il attaque M. de Villèle, Casimir Périer sait aussi lui rendre justice et reconnaître ses talents de financier.

a Au surplus, ajoute-t-il, je dois rendre justice à 31. le a ministre des Finances actuel. C'est, je me plais à le dire, a après M. le baron Louis, celui qui a le mieux soutenu « notre crédit, et mis le plus d'ordre dans les budgets; et, « sauf cette dernière opération, dans laquelle je suis obligé « d'avouer que je ne le reconnais pas, il a constamment « suivi les véritables principes de l'administration des « finances. » {Approbation générale.)

Périer saisit toutes les occasions pour bien définir la nature de son opposition qui ne devient jamais systématique; il est « bien aise que la Chambre sache que ce n'est point pour « attaquer le ministre» qu'il combat le projet de conversion, mais pour s'opposer à une mesure qu'il croit mauvaise, à « une injustice envers les rentiers ».

Ce qu'il attaque par-dessus lout c'est le traité conclu sans concurrence ni publicité :

« Vous osez, s'écrie-t-il un autre jour au milieu des mur- « mures de la droite, vous osez nous apporter un projet de « financesque le Roi le plus despote n'aurait jamais présenté. »

Pourquoi avez-vous traité secrètement, pourquoi ne vou-

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