‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 60 sur 158 · M. DE VILLÈLE ET CASIMIR PERIER · texte numérisé non relu

M. DE VILLÈLE ET CASIMIR PERIER

lez-vous pas coinmuaiquer votre traité ? demaride-t-il au ministre. Puis, après toutes ces critiques, quelle qu'ait été leur àpreté, Pcrier éprouve encore le besoin de bien préciser le terrain sur lequel il s'est placé, il a compris la leçon donnée à la gauche par les dernières élections, il ne veut pas qu'on puisse se méprendre et que, la malveillance aidant, on donne à ses attaques un sens qu'elles n'ont pas.

« Messieurs, dit-il, dans toute cette discussion, j'ai défendu « autant qu'il était en moi les droits parlementaires ; j'ai « attaqué les opérations de M. le ministre des Finances, « parce qu'elles me semblent mauvaises; mais je n'ai porté « atteinte ni à son caractère ni à sa conduite particulière ; « j'ai dit simplement qu'il s'est trompé, et que nous ne troua vous aucune garantie dans le traité qu'il a fait; mais, je le (' répète, je n'ai jamais eu l'intention d'attaquer son carac- « tère personnel. »

Casimir Périer a une grande estime pour M. de Villèle; c'est un adversaire, mais il est loyal jusque dans les formes. La valeur de ces deux hommes se rehausse l'une par l'autre. Ils sont dignes tous deux dans la lutte; M. de Yillèle impassible, Périer plus fougueux, bien'qu'il soit devenu plus maître de lui que dans les années précédentes.

Le ministre et le député font assaut de talent, pour le plus grand honneur de la tribune française.

Casimir Périer improvise presque tous ses discours, môme ceux qui sont le plus chargés de chiffres. « Ce n'est pas, dit- « il, avec des discours écrits que l'on peut terminer cette dis- « cussion; une discussion parlementaire est nécessaire; car « ce n'est que sur ce terrain qu'on peut croiser le fer plus « vivement et de plus près... » Tout l'homme est là, c'est le combat, le combat continuel pour la loi et la liberté. La Chambre est l'arène oii il lutte sans relâche, à la tète d'une petite phalange de libéraux, ne quittant la tribune que lorsque les cris, les murmures et les interruptions delà majorité triomphent de ses forces, si non de son énergie, et l'obligent à abandonner un moment la lutte.

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Entre lui et M. de Villèle, c'est bien un duel, presque un combat singulier; aucune objection (|ui n'amène immédiatement une riposte. M. de Villèle répond au député, Casimir Périer réplique au ministre, lorsque toutefois la majorité, impatiente de voter suivant les vues du cabinet, lui en laisse la latitude.

La Chambre adopta tous les articles de la loi, repoussant les divers amendements présentés soit par l'opposition de gauche, soit par celle de droite. Aucun ne trouva grâce devant une majorité acquise au ministère et décidée à soutenir ses projets.

Les articles additionnels, assez nombreux, eurent le même sort; la droite avait une telle hâte de terminer qu'elle ne voulut même pas les laisser mettre en discussion. M. de Villèle s'y était du reste opposé au nom de la prérogative royale, les considérant comme des propositions particulières de loi.

Casimir Périer combattit cette doctrine au nom des droits de la Chambre.

« Personne plus que moi, dit-il, ne porte de respect à la a prérogative royale, et ne désire qu'il n'y soit porté aucune « atteinte; mais aussi je suis jaloux des prérogatives de la « Chambre, je suis jaloux de ses droits ; et M. le ministre « des Finances, par un langage insolite, vient de porter l'at- « teinte la plus formelle à ces droits. A quoi tend en effet « sa proposition ? Elle tend, sous le prétexte d'une atteinte à « la prérogative royale, à empêcher toute discussion... Il a est impossible que vous puissiez vous servir de votre ascen- « dant de ministre pour violer tous nos droits et nos privi- « lèges.

« Je conçois que M. le ministre des Finances doit être a pressé de se voir en possession de la loi qui mettra à sa a disposition les finances de la France; mais ce n'est pas par c( de tels moyens qu'on empêchera que notre discussion ait a un libre cours et que nous puissions être convenablement « éclairés avant d'adopter une loi qui, de quelque manière

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« qu'on l'envisage, coûtera beaucoup de larmes à la France. .. [Murmures profondes.)

« Je demande que la discussion ait son libre cours. Je « suis monté à la tribune pour l'bonneur des principes et pour « défendre nos droits. Si l'on veut emporter une loi de fman- « ces malgré tout, empècbons du moins de toutes nos forces 1 qu'on ne nous enlève nos dernières garanties. Je le déclare, a le langage que vient de tenir M. le ministre n'est pas celui « d'un ministre des Finances ; c'est celui d'un maître. »

L'agitation qui régnait déjà dans la Chambre au moment oij Casimir Périer prit la parole ne fit qu'augmenter pendant son discours; la discussion de principes soulevée par cet incident continua assez longtemps. M. do Peyronnet, garde des Sceaux, essaya de réfuter les arguments présentés par Périer. La majorité, après avoir prononcé la clôture, décida qu'elle ne passerait pas à la discussion des articles additionnels.

Le président, désireux de terminer rapidement, voulut mettre aux voix la question préalable sur tous les articles. Casimir Périer monte de nouveau à la tribune pour combattre cette manière de procéder qu'il trouve par trop radicale. D'après lui la question préalable ne peut être proposée que sur l'article en discussion, c'est sur celui-là seulement que le ministre a pu parler et non sur les autres. « Si nous éta- « blissons un pareil précédent il n'y aura plus moyen de « discuter dans cette Chambre... il dépendrait d'un ministre « ou d'un député de nous empêcher de discuter des amendece meiits en venant demander la question préalable sur tous <r les amendements en masse... »

M. de Villèle ne fit dans sa réponse que reproduire les arguments qu'il avait déjà donnés, abritant son désir de voir clore la discussion derrière la défense de la prérogative royale. Le président, se faisant le complice du ministre et delà majorité, imagina alors de donner lecture des articles et de mettre immédiatement aux voix la question préalable sur chacun d'eux, sans laisser s'ouvrir aucune discussion ;' les

auteurs mémos ne purcnl ol)tenir la parole pour exposer les motifs à l'appui de leur proposition.

Celte façon brutale d'étrangler la minorité souleva une indignation justifiée sur les bancs de la gauclie et c'est au milieu des interruptions, des cris, des protestations que buit articles additionnels furent successivement repoussés.

Casimir Perler se distingue parmi les plus ardents protestataires contre cet abus de la force du nombre. Tantôt il s'écrie: « M. le président, vous violez le'règlement,» ou bien : « C'est indigne, il n'y a plus de discussion, » à un autre moment: « Vous avez exigé le sacrifice de notre fortune, actuelle- « ment vous sacrifiez nos droits politiques. » Rien n'y put faire, la majorité, docile et décidée, votait toujours la question préalable, si bien que Périer, écœuré, s'écrie avec ironie : « Je « demande que notre délibération soit renvoyée à la Cbambre « des pairs qui discute la septennalité. » Le calme ne se rétablit que lorsque tous les articles eurent été rejetés. L'ensemble de la loi fut adopté au scrutin secret par une majorité de 238 voix. Mais une minorité de 14.5 suffrages montre que la contre-opposition de droite 'existe déjà assez nombreuse pour forcer le ministère à compter avec elle.

La loi avait été votée dans la séance du o mai. Avant même l'adoption par la Cbambre du procès-verbal certifiant la rectitude du vote, le bureau porta la loi au Roi et le ministère la transmit à la Cbambre des pairs. Casimir Périer crut devoir, à la séance suivante (8 mai), protester contre cette précipitation contraire à toutes les règles.

« L'observation des formes, dit- il, est la garantie des as- « semblées délibérantes. La régularité des procès-verbaux « et leur adoption par les Cbambres certifient que leurs délice bérations ont été parfaitement exprimées. Cependant nous (( aurions ici à demander comment il est possible qu'on ait (( pu présenter au Roi la loi sur la réduction des rentes, « avant que le procès-verbal de la séance dans laquelle elle « a été adoptée ait été lu et approuvé dans cette enceinte. « Il me semble qu'il ne peut y avoir de délibération valable

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