‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 66 sur 158 · RETRAITE DE M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

RETRAITE DE M. DE CHATEAUBRIAND

« A'oter d'une manière parlementaire les dépenses que ces « guerres ont nécessitées, ne les votons qu'après une inves- (( tigation rigoureuse; rien ne nous doit empêcher de déployer « toute la sévérité qui appartient à nos nobles fonctions. » {A gauche : Très bien , très bien I)

La majorité ferma la discussion, après la réponse de xM. de Villèle aux critiques formulées par Casimir Périer, et vota l'article tel qu'il était proposé.

M. de Villèle avait toujours conservé rancune à M. de Chateaubriand de son attitude dans le conseil, lors de la guerre d'Espagne. Ils'accommodait mal en outre d'un collègue qui, par sa valeur personnelle, tenait une place trop importante dans le cabinet. Peut-être aussi désirait-on faire passer la direction des affaires étrangères dans les mains d'un homme dévoué à la congrégation, surtout au moment oii un changement de règne n'était plus qu'une affaire de jours. Quel que soit le motif qui ait fait agir M. de Villèle, il prit prétexte du rejet de la loi de conversion des rentes par la Chambre des pairs pour accuser M. de Chateaubriand de suivre une politique personnelle différente de celle du ministère; il prétendit même que le ministre des Affaires étrangères avait voté contre la loi. Celui-ci s'en est toujours défendu, bien qu'il n'ait jamais caché le peu d'enthousiasme que lui inspirait le projet favori du président du conseil. Il est certain qu'en toute occasion il avait exprimé hautement sa manière de voir à ce sujet.

Aucun dissentiment n'existait cependant entre les membres du cabinet, lorsque M. de Chateaubriand fut brutalement congédié et avec un manque de formes et d'égards qui rendit la blessure d'autant plus cruelle. On a souvent raconté la façon dont il quitta le ministère, opérant son déménagement en moins d'une heure en empilant ses affaires personnelles dans une douzaine de fiacres. L'opposition lit ainsi une recrue d'autant plus importante que Chateaubriand amenait avec lui le journal des Débats. Il commença dès lors une guerre acharnée contre le ministère et 31. de Villèle, dépassant soude

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vent la mesure, mais écrasant le président du conseil de tout le poids de son grand talent d'écrivain. M. de Yillèle commit une grosse faute en rejetant un polémiste d'une telle valeur dans les rangs de l'opposition. Les attaques continuelles et répétées de Chateaubriand sontcertainementl'une des causes principales de l'impopularité qui amènera la chute du ministre.

Le Gouvernement essaya de parer les coups que lui portait son redoutable adversaire en rétablissant par ordonnance la censure des journaux; il ne réussit qu'à fournir une nouvelle arme contre lui-même. Les feuilles de l'opposition imaginèrent de remplacer par des blancs d'abord, puis, après interdiction des blancs, par des lignes de points, les passages supprimés, laissant à l'imagination des lecteurs le soin de rétablir les phrases coupées. Étant donné le ton de la polémique habituelle de Chateaubriand, les abonnés des Débats supposèrent souvent que ces points suspensifs remplaçaient des accusations et des attaques que jamais l'auteur n'aurait en réalité osé écrire. La mesure se retourna contre le ministre qu'elle était destinée à protéger.

Au départ de M. de Chateaubriand, M. de Yillèle prit l'intérim des Affaires étrangères. Le cabinet fut définitivement reconstitué au moment de la clôture de la session de 182 4. Le baron de Damas passa du ministère de la Guerre à celui des Affaires étrangères. M. de Clermont-Tonnerre, de la Marine à la Guerre. Le comte de Chabrol eut le portefeuille de la Marine et le duc de Doudeauville celui de la Maison du Roi.

Une ordonnance du 26 août créa le ministère des Afiaires ecclésiastiques et de l'instruction publique et lui donna pour titulaire le comte de Frayssinous, évêque d'Hermopolis, pair de France. M. de Martignac fut nommé à la direction de l'enregistrement et des domaines.

Un événement beaucoup plus grave se préparait. La santé du vieux Roi devenait de plus en plus mauvaise. Il reçut encore au mois d'août pour la Saint-Louis, mais les per-

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