LES REGIMENTS SUISSES
modèle de modération, de tenue et de réserve. Périer y traite un sujet qui tient de très près aux prérogatives royales, il sait tout dire en restant sur le terrain constitutionnel et la façon dont ses critiques sont accueillies parla majorité montre qu'il y avait au fond une question de révolution et de contre-révolution, pour nous servir du langage de l'époque.
« L'entretien des troupes étrangères, dit-il, est encore « l'objet d'un surcroît de dépenses qu'il est impossible de « ranger parmi celles qui sont d'une indispensable nécessité. 0 Quatre millions figurent spécialement au budget pour les « régiments suisses. Les capitulations faites à ce sujet ne a nous sont point officiellement connues. Cette circonstance « rend nécessaire une observation. Sans aucun doute, le « Roi s'est réservé le droit de conclure des traités ; mais et quand ces traités supposent un emploi de fonds, comme « ces fonds ne peuvent être votés que par l'autorité législa- « tive, l'examen qui en résulte entraîne bien évidemment « celui de la mesure à laquelle ces fonds sont applicables. « Je me permettrai donc sur cet objet quelques réflexions. « L'usage des troupes étrangères avec ses inconvénients est « nécessaire cliez une nation qui veut maintenir un état « militaire au-dessus des moyens que lui fournit sa populace tion, ou dans un état despotique dont le chef peut, à raison « de circonstances quelconques, suspecter l'obéissance et la « fidélité de ses sujets.
a Je n'entreprendrai point, messieurs, de vous démontrer a qu'aucun de ces motifs n'est applicable à la France. Si l'on « peut soutenir que l'entretien des troupes étrangères n'a « rien de contraire à la Charte, il est facile de prouver qu'il a est en opposition avec l'esprit du Gouvernement représen- 9 tatif, avec notre caractère national et avec les lumières du « siècle. Plusieurs motifs dignes d'attention ont pu militer en « faveur d'une opinion contraire à celle que je soutiens, et « faire illusion à ceux qui ont renouvelé les capitulations. « Il suffit de les examiner pour voir que ces motifs ne sau- « raient entrer en balance avec les arguments tirés de l'es-
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« prit (le nos institutions et de l'opinion générale très pro- « noncéc sur ce point. (Plusieurs voix : dites la vôtre.)
« L'histoire consacrera le dévouement mémorable des « troupes suisses, lorsqu'à une époque désastreuse elles ont « combattu et péri dans les rangs de l'armée française et de « la garde nationale parisienne, pour sauver les jours de la (( famille royale et défendre la monarchie constitutionnelle de « 1791. Il est dans l'ordre des plus nobles affections que (( notre auguste monarque ait trouvé une grande satisfaction « à leur témoigner sa gratitude. La France, identifiée avec « son Roi, partage ce sentiment ; mais, dans son état de dort tresse, ne pouvait-on pas obéir à un généreux souvenir, « en ménageant davantage ses intérêts et son amour -pro- «pre?... Les capitulations assurent, peut-on dire, la neu- « tralité du territoire suisse, et nous dispensent de garder ((. une partie assez considérable de nos frontières. Toute na- « tion a un intérêt puissant à maintenir, si elle le peut, la « neutralité de son territoire ; mais quand elle s'aveugle sur « un intérêt de ce genre, ou quand ses moyens ne sont pas en « proportion avec l'entreprise qui attente à ses droits, elle a « lieu de regretter les sacrifices qu'elle a faits pour une part reille ressource. Les faits à l'appui de cette opinion sont rt assez récents pour qu'il soit inutile de les rappeler. Enfin, « messieurs, quelques personnes murmurent tout bas, et rt d'autres ne craignent pas de dire tout haut, que les trou- « pes étrangères qui, dans un état despotique, peuvent comrt primer l'esprit général de révolte, peuvent aussi bien dans rt tout autre état, et dans le nôtre surtout, arrêter les efforts « partiels et passagers des partis. Cette opinion, démentie « par l'expérience, est la plus grande injure que l'on puisse « faire à notre nation et à l'auguste monarque qui en est le « chef. Comment oser dire à trente millions d'hommesqu'une « poignée de troupes étrangères soit le garant indispensable « de leur fidélité ? Comment oser dire à trente mille hom- « mes delà garde royale, à l'armée tout entière, qu'elle ne « peut résister sans auxiliaires à quelqutis factieux désarmés?