LE CHEDIT DE L'ETAT
« Comment oserdire au monarque qui nous adonné la Charte « que ce gage de notre bonheur, ce monument de sa gloire, « ne peut être protégé que par un rempart de baïonnettes « qui ne soient pas françaises ? » Ce sont là des paroles généreuses et patriotiques portant à la tribune et jusqu'au pied du Trône la protestation de la France contre une mesure inhabile, surtout après les événements de 1814 et de 1815, qui froissait la nation et l'armée. Que n'ont-elles été entendues, elles auraient fait disparaître l'une des causes de la désaffection du pays pour le gouvernement de la Restauration. Mais là comme dans bien d'autres cas ou n'a pas compris qu'un abîme séparait la France de 1815 de celle de
« Nous ne pouvons, ajoutait Périer, nous dispenser de « voter, pour cette année, la somme demandée ; mais nous (( osons espérer qu'avant la session prochaine il sera pris « des mesures pour faire disparaître une dépense qui n'est « pas en harmonie avec l'état de nos finances, l'opinion na- « tionale {interruptions dans une partie de V assemblée) et « la loi du recrutement que vous venez de rendre. Il nous a est doux de penser qu'en émettant un vœu que nous croyons « être celui de la France, nous y verrons s'associer les hom- « mes les plus éclairés de la Suisse, tous ceux qui ont le sen- « timent des intérêts et de la dignité de cette terre classique « de la liberté. »
En terminant ce long et remarquable discours, Casimir Périer examine la question du crédit de l'État; il blâme la façon dont les emprunts ont été faits, il réclame la concurrence et la publicité, son patriotisme souffre de l'intervention étrangère. « Une réflexion amère, dit-il, n'échappe pas ...à notre « orgueil national, c'est qu'il a fallu la garantie de deux mai- « sons étrangères pour tranquilliser l'Europe sur notre sol- « vabilité. » Il aurait voulu que l'on fasse appel aux capitalistes français, à la France tout entière. C'est le moyen qu'il propose pour acquitter nos charges et faire cesser l'occupation, rt Quel est, demande-t-il, le propriétaire français, le ca-
« pitalisle, lo négociant qui refuserait de se porter caution de « son pays pour notre dette étrangère en souscrivant des « effets commerciaux aux iutermédiaires des puissances? Et a quand l'Etat se présenterait dans la négociation actuelle « avec l'appui de cette immense solidarité de tous les liabi- « tants aisés de la France depuis ceux de la capitale jusqu'à « ceux des départements les plus reculés, ne ferait-il pas « disparaître les seules objections qu'on peut opposer à no- « tre libération, en même temps qu'il rattacherait, par de v nouveaux motifs, toute la population française àl'inviolaa bilité des engagements publics et à la stabilité du Gouver- « nement constitutionnel qui en est la condition nécessaire?
« Il ne s'agit pas ici. messieurs, de dons patriotiques mais <( seulement d'une caution nationale sous la forme d'emprunt « dont le remboursement serait réglé par des dispositions a législatives.
a C'est là, messieurs, que tous les partis, en cessant de 4 compter des absents parmi eux, devraient se rallier ; c'est « là que toutes les opinions doivent se confondre; c'est là « que nous nous trouverons tous sur le terrain de la Charte, a c'est le salut de la Patrie... » On sent vibrer dans ces paroles un vrai cœur de patriote, elles ne pouvaient que trouver de l'écho auprès du Gouvernement du Roi. Le duc de Richelieu négociait alors la réunion du congrès d'Aix-la- Chapelle qui, par le traité du 9 octobre, assurera l'évacuation de la France après trois années d'occupation étrangère, aux applaudissements de tous les Français que n'égaraient pas les passions politiques poussées à un point où il n'est plus permis de les excuser. Ce sont ces mêmes passions qui conduiront les ultra à disputer au duc de Richelieu, sorti pauvre du pouvoir, la récompense nationale qu'il avait si bien méritée, à tel point qu'écœuré il l'abandonnera à la ville de Bordeaux pour la fondation d'un hospice.
Casimir Périer prit plusieurs fois la parole dans le cours de la discussion du budget pour soutenir les amendements présentés par lui et par ses amis sur les pensions, sur le