‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 71 sur 158 · ATTAQUES CONTRE LA CHARTE 2S · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LA CHARTE 2S

bien d'autres intérêts tout aussi, si ce n'est plus, dignes de commisération furent lésés par les excès de la Révolution! Réparer les fautes et les crimes des assemblées révolutionnaires, agissant souvent sous la pression de la pire des populaces, était impossible; tout au plus pouvait-on espérer atténuer quelques-unes des conséquences. Mais comment qualifier ceux qui, reconnaissant parfaitement cette impossibilité matérielle, prenaient plaisir, par purdilettantisme, à alarmer l'opinion de tout un pays et compromettaient, sans aucun but pratique possible, la royauté dont ils se disaient les soutiens et le bonheur de leur patrie par l'exagération étudiée et voulue de leur langage ? De vrais et sincères royalistes avaient une autre conduite à tenir et une besogne plus utile à faire. Mais les partis comprennent-ils jamais leur devoir, et celuilà est encore à former qui, laissant de côté les rivalités d'étiquette et de personnes, consacrera tous ses efforts à la grandeur de la France, à la pratique de la tolérance et de la vraie liberté.

Casimir Périer prend une part active à la discussion des articles. Il y apporte un talent, une science des chiffres, une clarté qui parviennent à triompher de la mauvaise volonté de la droite. Ce qu'il reproche surtout au ministère, c'est d'acheter par l'indemnité le vote de la loi sur la réduction des rentes. Pour plus de sûreté, M. de Villèle a transporté dans la seconde loi les dispositions relatives à l'amortissement des rentes créées par la première. Périer l'en blâme.

« Rien n'était plus simple, dit-il, plus conforme à tous les (( principes, que de créer l'amortissement des 30 millions de « rentes dans la loi de l'indemnité; mais ce n'est pas ce « qu'on voulait; car dans le transport de la question de l'ace mortissement, résident toute la pensée, tout l'artifice, tout « le secret du second projet de loi. Voulez-vous, messieurs, « que je vous en donne une preuve convaincante? Eh bien ! « dans la loi qui nous occupe, créez l'amortissement du mil- « liard de l'indemnité, et, séance tenante, vous verrez sur

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« ses bancs pâlir le ministère. {Mouvements divers prolon- « g es.)

« Le ministre s'est dit : on veut l'indemnité, et moi, je « veux la réduction des rentes. EIi ])ien! divisons les deux <( lois, mais confondons les intérêts; j'accorderai l'indemnité, (( mais j'arracherai la réduction des rentes: et, en effet, on « vous fait voter un milliard et l'on vous renvoie à la se- <( conde loi pour l'amortissement... «

Périer montre ensuite que la nouvelle loi réserve toute la puissance de l'amortissement pour ceux auxquels on donne déjà un milliard.

« Mais, dira-t-on, ajoute-t-il, je laisse la faculté aux cinq « pour cent de se convertir en trois et alors ils participeront « à l'amortissement : cela est vrai; mais s'ils ne le font pas « vous leur enlèverez un droit acquis la dotation des 40 niil- « lions.

« Mais est-il bien vrai que vous leur laissez cette faculté (( en leur disant : changez vos cinq pour cent en trois pour « cent, ou je vous dépouille de votre amortissement; cela (( s'appelle une faculté comme celle que l'on laisse à ceux « que l'on place entre leur existence et leur fortune, w

Le président refuse de mettre aux voix l'amendement présenté par Périer comme contraire à l'ordre de délibération fixé parla Chambre.

— (( Je discute avec la Chambre et avec les ministres, ré- « pond hautainement le député de Paris, mais non pas avec « vous, monsieur le président, qui n'avez pas le droit de disff cuter, »

Si Casimir Périer est un redoutable lutteur, M. de Villèle ne lui cède en rien et le ministre, aussi calme que le député est violent, ne laisse aucune attaque sans réponse. C'est un beau spectacle que de voir le combat que se livrent ces deux adversaires qui n'ont qu'un point de commun : le talent. Les votes donnèrent raison à M. de Villèle, la suite des événements justifia les critiques de Périer.

M. Hyde de Neuville ayant proposé que les rentiers dépos-

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