SITUATION FINANCIÈRE
« côté, vous auriez à satisfaire à toutes les nécessités de « l'état de guerre. Or, messieurs, nous avons vu que le mi- « nistère de la Guerre, dans une simple campagne de neuf (t mois, a consommé à lui seul une somme de 348 millions, « ou la presque totalité de vos revenus disponibles. »
Il faudrait avoir recours à des moyens extraordinaires : « Vous seriez forcés d'accepter des conditions d'autant plus « onéreuses que les dernières opérations financières en ont « préparé les éléments, ou vous seriez abandonnés de ces « banquiers cosmopolites qui ont traité avec vous, et qui « s'empresseraient de déserter le comptoir sur lequel ils ont « pressuré la France et qui est le seul lien qui les attache à a notre pays. »
En terminant, l'orateur examine la situation créée par l'indemnité et la conversion ; il insiste pour que le ministre donne des renseignements sur lamanière dont s'est effectuée cette opération.
La réponse de M. de Villèle ne satisfit pas Périer, car il demanda de nouveau la parole.
« Montant à cette tribune, dit-il, pour répondre aux obser- « valions que j'avais présentées à la Chambre, M. le ministre a des Finances a témoigné quelque embarras à suivre mes « idées, prétextant qu'il y avait peu d'ordre dans la manière V dont je les ai exposées. Messieurs, je vous les ai présen- « tées ainsi qu'elles sont venues naturellement à mon esprit. « Je regrette que mes idées ne se présentent pas toujours « dans cet ordre parfait que vous admirez dans lesdiscours de « M. le ministre des Finances ; je voudrais souvent pouvoir € suivre son exemple en discutant à cette tribune; mais je « me trouverai toujours heureux de le prendre pour modèle f.( lorsque je serai daus le cas d'avoir à déplacer les questions a ou à les éluder. » {On ritàgauche.) Il reproche en effet au président du conseil de ne pas avoir répondu aux critiques qu'il lui a adressées.
« Je n'ai pas, messieurs, ajoute Périer, ainsi qu'on a « voulule dire, semé l'alarme. J'ai examiné, avec sang-froid.
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« la situation dans laquelle nous nous trouvons. J'ai comparé « les dépenses aux recettes, et je vous ai dit, d'après les faits « établis dans les rapports de votre commission, que vos (( dépenses ordinaires, telles qu'elles sont reconnues néces- «saires, ne peuvent être couvertes par les 402 millions qui « restent disponibles; oii en seriez-vous si quelque événe- « ment devait vous surprendre dans cette situation ? Je vous « demande si c'est là semer l'alarme ? N'est ce pas plutôt « faire ce que la prudence conseille? Nous devons, ce me « semble, nous ménager des ressources pour l'avenir ; nous « devons chercher des moyens d'économie afin de pouvoir « faire face à nos besoins dans les époques désastreuses qui (( peuvent survenir. Loin de m'accuser de chercher à semer « l'alarme, M. le ministre des Finances devrait me remercier « d'avoir appelé son attention sur un objet qui a été com- « plètement oublié dans ses prévisions pour le budget. » {On rit.)
Après avoir rappelé les critiques qu'il a formulées et mis en regard les réponses du ministre Périer, ajoute : « J'a- <-.( vais prévu la situation embarrassante dans laquelle nous « nous trouverions si nous avions la guerre, et je m'étais (( appuyé de l'exemple de la guerre d'Espagne; M. le minis- (( tre des Finances vous a dit que c'était précisément dans « cette guerre d'Espagne qu'il trouvait le moyen de combat- (( tre ce que j'avais avancé. Je sais, messieurs, que vous « avez trouvé des appuis. Vous étiez d'accord avec la Saintef( Alliance pour cette agression contre la péninsule. Il n'est « pas étonnant que les banquiers de la Sainte-Alliance vous « aient prêté leur secours. Mais admettez que vous soyez « dans le cas de combattre la Sainte-Alliance, et vous « verrez quel secours vous retirerez de ces banquiers sur « lesquels vous fondez de si grandes espérances et que « vous nous vantez sans cesse ! » {Mouvement en sens divers.)
Au mois de novembre 1825, le parti libéral fit une grande perte. Le général Foy, son orateur le plus renommé, s'étei-
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gnit dans la force de l'âge, épuisé par ses nombreuses campagnes et ses luttes de tribune.
La mort du général Foy coïncida avec le réveil de l'opinion libérale. La majorité du pays légal, qui avait abandonné la politique de l'opposition de gauche à la suite des conspirations et des actes révolutionnaires, revint se placer sous la bannière des députés libéraux à la suite des mesures réactionnaires consenties par M. de Villèle. Les exagérations de droite eurent les mêmes conséquences que celles de gauche, elles effrayèrent les modérés. Le pays légal ne voulait pas plus de la politique des Jésuites et de la Congrégation que de celle des Ventes et des sociétés secrètes.
L'enterrement du général Foy fut l'occasion qui mit en évidence le mouvement qui s'était opéré lentement dans la nation pendant le ministère de Villèle. On vit alors que les sympathies générales entouraient ces libéraux dynastiques, sincères et loyaux dans leur opposition, qui ne demandaient que l'exécution franche et sans arrière-pensée de la Charte. Rien que la Cbarte, mais toute la Charte. Le général Foy et Casimir Périer étaient les chefs de ce petit groupe qui allait bientôt prendre dans la Chambre l'importance numérique qu'il avait dès maintenant dans le pays. Le premier mort, la tâche du second augmentait. Nous verrons son talent grandir avec elle. Amiintime dugénéral, ilfutletuteur de ses enfants.
Nous ne raconterons pas les obsèques du général Foy, d'autres ont montré, mieux que nous ne saurions le faire, la population de Paris tout entière portant à sa dernière demeure le brillant orateur, le blessé de Waterloo. Il n'entre pas davantage dans le cadre de cette étude de juger le talent oratoire du député. Disons seulement, et pour mettre en relief la différence qu'ils présentent avec ceux de Périer, que la plupart des discours du général supportent difficilement la lecture aujourd'hui. Les images ampoulées, les réminiscences de l'antiquité nous laissent difficilement comprendre l'engouement dont ils furent l'objet, et s'éloignent tout à fait de la netteté et de la précision de Périer.
Cependant, dans les paroles qu'il prononça sur la tombe de son ami, Casimir Périer crut devoir sacrifier au goût de l'époque. Sont-ce le lieu et les circonstances qui l'ont engagea s'éloigner de sa manière habituelle? Toujours est-il que cette oraison funèbre est bien inférieure à beaucoup de ses discours. Nous croyons néanmoins devoir la reproduire iîi extenso afin de permettre au lecteur de comparer, d'autant qu'elle ne figure pas dans le recueil publié par les soins delà famille Périer en 1838.
« Messieurs,
« D'éternels regrets s'attaclieront à cette journée de deuil. « Le Roi et l'armée ont perdu un habile capitaine, la Cham- (( bre des députés l'un de ses membres les plus illustres, la « Nation un grand citoyen, la liberté du monde un éloquent « interprète.
« Le général Foy n'est plus! Noble France, tu attendais H le moment de voir reparaître à la tribune cet athlète infa- « tigable et tant de fois couronné! Pleure maintenant, voilà « sa tombe ouverte ! Enlevé par un coup de foudre, ton in- « trépide défenseur, ton mandataire fidèle interrompt tout à « coup deux carrières de gloire. Quelle vie pleine et courte !
« Né en février 1773, lieutenant d'artillerie à 16 ans, office cier supérieur à 20 ans, général depuis la première cam- « pagne de Portugal, il a servi, commandé, vaincu presque « dans toute l'Europe; cependant il comptait, à peine dix « lustres accomplis. Ses exploits militaires commencent à « Jemmapes et ne finissent qu'à notre dernière bataille oià il « fut blessé pour la quinzième fois.
« Ici commence pour le général Foy une suite inattendue « de nouveaux triomphes; mais il ne les a remportés que « parce qu'il s'y était préparé sans le prévoir, comme la vertu « se tient toujours prête pour n'être jamais surprise.
« Élevé, jeune encore, à un grade supérieur, le général Foy « profita de l'espèce de solitude volontaire que son rang lui
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« permettait pour transforinor sa tente ou son bivouac en « un cabinet d'études. Au sortir du cbamp de bataille, il couce rait à ses livres. Chez le général Foy, la conception était « vive, le coup d'œil prompt et sûr et cependant l'esprit « observateur. Le caractère des soldats qu'il commandait, a la nature du pays, les mœurs des habitants, les ennemis a qu'il devait combattre, leur système guerrier, l'art de gou- (( verner les peuples qui est le plus grand moyen de les « soumettre : rien n'échappe à ses regards. Voilà le secret « de cette instruction prodigieuse et variée dont il répandait « les trésors du haut de la tribune sans les épuiser jamais : « tel est aussi le secret de son éloquence; chez lui la richesse « des choses enfantait à la fois la richesse et l'économie des « paroles.
« Mais ne craignez pas, messieurs, que je sois assez im- « prudent pour essayer de retracer devant vous les prodiges « de la haute éloquence du général Foy. Vous l'avez enten- « du, vous savez comme il était puissant à la tribune. Rien « ne lui résistait, soit qu'il entreprît de défendre ou la liberté « individuelle, ou l'inviolabilité des élections, ou la liberté « de la presse, ce palladium de la Charte constitutionnelle. « Avec quel courage il attaquait les abus de l'administra- « tion ; avec quelle sagesse il réclamait pour elle l'appui lé- « gitime que lui doivent les Chambres ! Dans l'ardeur de son « zèle contre le mal, il était l'opposition vivante et armée; « dans la prévoyance éclairée de son amour pour le bien on « sentait qu'il avait délibéré en ministre sur les questions i' qu'il devait traiter comme interprète de notre Chambre des « communes; chez lui l'homme d'État gouvernait l'orateur. « Ah! qu'il fut touchant lorsqu'il réclamait pour ses compa- « gnons d'armes ces faibles dotations que l'on voulait arra- « cher à quelques pauvres soldats échappés à tant de chan- « ces de mort! Qui de nous put retenir ses larmes lorsque, (( s'exprimant en père et en défenseur des guerriers mutilés « qu'il avait conduits jadis à la victoire, il voulait arracher « les vainqueurs de l'Europe à la honte et au malheur de
'( demander l'aumône comme Bélisaire; et tout à coup « quelles inspirations sublimes il puisait dans les hauteurs de « son âme! Vous souvient-il, messieurs, du jour oii d'un (( seul mot il replaça la majesté royale presque compromise « par un imprudent organe du pouvoir dans un sanctuaire « inaccessible aux passions humaines! On l'eût prit pour un « interprète de la Charte qui rappelait pour elle un ministre a du Prince au plus religieux de ses devoirs. Mais je me « laisse entraîner par mon cœur, excusez ma témérité, mes- <( sieurs, parler devant vous du général Foy comme orateur, (( c'est toucher aux armes d'Acliille. Je m'arrête, je confie à « vos souvenirs ce prince de la tribune.
« Pleurons la perte immense que la Patrie a faite, pleu- « rons l'élève de nos grands capitaines et le successeur que « toute la France leur a choisi dans un nouveau péril; pleu- « rons un citoyen intègre, l'émule de Fox et de Mirabeau, et « le meilleur des hommes. L'amitié seule a pu le connaître « sans aucun voile.
« Le Général avait conservé la simplicité de mœurs et le « désintéressement de l'école guerrière enfantée par l'élan « sublime du peuple français; il servait la Patrie et ne lui « demandait rien, il ne rapporta des triomphes de la guerre u que des couronnes de lauriers, des triomphes de la tribune « que la couronne civique.
« Avec des talents d'un ordre si élevé, son commerce était « doux et facile, il ne cherchait jamais à vous imposer le « joug de sa supériorité; on eût dit qu'il respectait l'égalité « jusque dansses relations sociales ; sa conversation avait un (( charme singulier, parce que les traits de son esprit avaient « passé par son cœur. Que ne l'avez-vous connu, messieurs, (( comme nous au milieu de sa famille! Époux sensible et « tendre, père éclairé et plein de bonté, il cherchait dans ses « filles les images fidèles de leur mère ; il se réjouissait « d'avoir des fils pour les présenter un jour tout en armes à « l'autel de la Patrie, comme il s'était présenté lui-même au (c sortir de l'adolescence.