‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 86 sur 158 · CRÉDIT POUR L'OCCUPATION ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

CRÉDIT POUR L'OCCUPATION ESPAGNOLE

(( notre actif à volonté, en changeant en quelque sorte le verre « d'optique à travers lequel on nous les fait apercevoir. Il « faut une marche plus franche dans les gouvernements « représentatifs ; sans cela, on en a tous les inconvénients (( sans jouir de leurs avantages. C'est précisément parce que « cette forme de gouvernement, protectrice du crédit, donne (( des moyens plus faciles et plus prompts de pourvoir aux « dépenses, que ceux qui sont chargés d'y pourvoir doivent (( scrupuleusement se renfermer dans les limites que la loi (( leur impose... »

Entrant ensuite dans le détail des crédits demandés, Périer constate que parmi les sommes que réclame le cahinct figurent dix millions pour l'occupation espag'nole. Quatre cents millions ont déjà été absorbés par cette campagne et l'on n'assigne aucun terme aux sacrifices que l'on impose à la nation.

(( A la question de finance, ajoute-t-il, se joint ici une ques- « tion politique : je le reconnais, et j'accorde qu'il est des « considérations d'une haute importance devant lesquelles (( doivent se taire les intérêts pécuniaires, et certes ils se (( taisent depuis longtemps, et avec eux les intérêts de notre « pays ; mais après d'aussi énormes sacrifices, ces intérêts « doivent-ils se taire encore ? Doivent-ils se taire toujours ?

« On nous demande cependant aujourd'hui, je le répète, (( dix millions encore pour la même cause, et en même temps (( on laisse démantelées nos places, auxquelles un seul mil- « lion se trouve consacré dans le budget de 1826! Les bou- '( levards de notre frontière du Nord tombent en ruines en (( présence d'une triple ligue de forteresses qui s'élèvent en (( Belgique sous la direction des généraux de l'Angleterre et (< qui semble destinée à lui servir de têtede pont. Dosi graves «f intérêts, messieurs, doivent- ils disparaître devant la poli- -( tique qui nous porte en Espagne? Je suis prêt alors à voter (( les fonds demandés, mais qu'on nous démontre au moins (( qu'il doit en être ainsi.

« Vous avez entendu hier le rapport de votre commission « du budget, vous savez combien les besoins de tous les ser-

306 CASIMIR PERŒIl

ce vices sont pressants; je suis prêt toutefois à les sacrifier, « si l'intérêt bien entendu du pays l'exige; mais au moins que « cette nécessité soit une fois bien avérée. Nous manquons « des moyens de soulager la vieillesse et les infirmités d'une « foule de prêtres courbés sous le poids des années et de leurs « saints travaux; une quantité considérable de nos vieux sol- (( dais gémissent dans la misère; nous ne pouvons venir au « secours de populations entières, victimes du plus cruel « incendie; quelques cent mille francs ont été accordés à des « milliers d'individus qui mendient et pleurent sur les ruines « de leurs habitations : faut-il les abandonner! Oui, sans « doute, si le salut de notre pays l'exige; et les habitants de « Salins, j'en suis sûr, qui ont le cœur français, seront les « premiers à nous en conjurer. Mais qu'on nous démon- « tre que le salut de la France est attaché au séjour de nos « troupes en Espagne! Sans cela, comment pourrions-nous « nous décider à voter de telles dépenses en faveur de l'é- « tranger en présence des malheurs affreux qui pèsent sur « nos propres concitoyens?

« Mais au lieu de s'expliquer sur un point aussi grave, que « font les ministres? Ils gardent le silence. Nous diront-ils, « comme dans la loi des comptes, qu'il faut payer, mais qu'ils « ne sauront, que nous ne saurons jamais nous-mêmes les « combinaisons de la politique qui nous entraîne.

« Encore un mot sur ce point, messieurs : vous connaissez « l'état malheureux de l'Espagne ; vous savez que nos trouce pes y sont en garnison dans la capitale. De deux choses « l'une : ou nous exerçons de l'influence sur ce pays ou elle « y est nulle. Si nous en exerçons, vous avez lieu de conce- « voir une triste idée de l'habileté qui la dirige; et il faut y rt porter remède. Dans le cas contraire, il faut nous en retirer, « car il est superdu de dépenser autant d'argent pour rendre « nos troupes spectatrices inutiles et obligées de maux qu'elles « ne peuvent arrêter (i).

(1) A la suite de riiitervenLiou française, l'Espagne était en proie à une réaction sanglante.

Page 1