CREDIT POUR LE SACRE DU ROI
« Je me réserve de voter les dépenses supplémentaires « relatives à TEspagne pour le cas où les ministres nous « donneraient les renseignements que nous sommes en droit « d'exiger. .. »
A propos d'une dépense de six cent soixante mille francs pour l'achat de l'hôtel du ministre des Affaires ecclésiastiques, l'orateur blâme et la dépense faite sans l'autorisation préalable du Parlement et la manière dont l'acquisition a été faite :
«... Ces abus présentent un caractère de gravité plus « fâcheux, lorsqu'ils émanent du ministre des Affaires ecclé- « siastiques; de celui qui est à la tête de l'instruction publi- « que, qui est chargé de former, d'éclairer notre jeunesse. « Quand on a la noble mission d'inculquer dans l'esprit de « la jeunesse les principes de la Charte, qui établit l'égalité « devant la loi, il ne faut pas lui donner le mauvais exemple « d'oser se mettre au-dessus de la loi... »
Les dépenses des funérailles de Louis XVIII et celles du sacre de Charles X s'élevaient ensemble à 7.960.000. La loi n'avait ouvert qu'un crédit de 6 millions, le ministre demandait donc la régularisation d'une somme supplémentaire de 1 niilhon 960 mille francs.
Voici en quels termes Casimir Périer déclare qu'il volera le crédit :
«... et moi aussi, messieurs, je vote pour ces dépenses, « car on ne pouvait donner trop d'éclat à cette cérémonie « importante et sacrée, où la France a vu, pour la première « fois, son Roi constitutionnel lui garantir, à la face du ciel, « le maintien de toutes ses libertés. Non, elle ne perdra ja- « mais le souvenir du jour mémorable qui commença pour « elle l'ère nouvelle d'une Monarchie où la gloire et la puis- « sance du Prince se fondent sur le bonheur et la prospérité « des peuples. C'est en pensant au sacre de Charles X que la « France repousse les vaines alarmes qu'on voudrait lui ins- « pirer sur la durée ou l'intégrité des promesses que lui a « faites un Roi chevalier. Nous ne croirons jamais que sous
« son règne, ni sous celui des Princes à qui il a transmis son (( noble cœur, nous puissions voir s'altérer parmi nous l'é- (( galité des droits de tous devant la loi, la liberté des cultes, « celle de la presse et tout ces biens inestimables que la Pro- (( vidence a déjà daigné de nos jours répandre sur la moitié « du monde civilisé. Soyez donc sans inquiétude, malgré (( celles que doit nous inspirer le ministère actuel, et quels (( que soient les bruits que l'on fait courir sur le rétablisse- (( mont de la censure. Messieurs, la Cbarte, toute la Cbarte « sera maintenue. Fions-nous en au serment de notre Roi : (( pour les Français, la parole d'un Roi de France prononcée (( aux pieds des autels n'est-elle pas la parole de Dieu môme? » (Sensation prolongée.^
Périer profite des crédits supplémentaires demandés par le ministre des Affaires étrangères pour adresser du haut de la tribune un appel en faveur de la Grèce:
« Pourquoi faut-il que, dans les frais pour nos courriers « politiques, on ne voie pas figurer la dépense de celui qui '( aurait porté à l'héroïque Missolonghi la nouvelle que le « Gouvernement français prenait l'initiative pour faire cesser (( le système cruel de politique européenne qui laisse froide- « ment égorger les Grecs! Avec quelles délices nous eus- « sions voté des fonds pour une mesure qui nous eût asso- « ciés à la délivrance de Missolonghi (1) et au salut de la (( Grèce chrétienne qui ne devra sa délivrance qu'à elle « seule. Faisons, du moins, retentir la tribune Française de (( nos vœux; ils seront entendus, je l'espère, et nous secon- « derons ainsi le beau mouvement donné par la capitale, et (( que partage toute la France.
« Honneur aux Grecs, gloire immortelle aux guerriers « français qui ont tout sacrifié pour faire triompher les « défenseurs delà croix ! » (Bravos à gauche.)
Voici la péroraison de ce remarquable discours : «J'arrive
(1) Cette ville, célèbre par sa longue défense contre les Turcs {1822-1826), venait d'être prise (22 avril). Si l'on en juge parles paroles de Périer, la nouvelle n'en était pas encore parvenue à Paris.