EXAMEN DE LA SITUATION FINANCIÈRE
« en(in au terme do l'examen que je m'étais proposé des « crédits supplémentaires, montant à dix-huit millions, qui « vous sont demandés pour l'exercice 1825. Cette somme « forme le complément des 81 millions de l'excédent des « dépenses portées à 899 millions par le budget primitif de « 1825 d'après les prévisions ministérielles.
« Combien est imprudente, messieurs, cette légèreté avec « laquelle les ministres vous ont demandé de dépasser à ce « point leurs propres prévisions, soit qu'ils y fussent ou non « législativement autorises par vous!
« En effet, messieurs, en 1826, les ministres n'avaient cru (( pouvoir porter qu'à 928 raillions les ressources probables « de 1825, et encore avaient-ils besoin, pour cela, de support ser que les produits des impôts indirects seraient égaux à « ceux de 1824 : Eh bien ! c'est en présence des ressources « ainsi évaluées par eux-mêmes qu'ils n'ont pas craint de « dépasser de 53 millions le montant des recettes présu- « niées.
« Si donc les recettes de 1825 n'eussent pas dépassé de 50 « millions, en produits indirects, l'évaluation présumée, par (( l'effet d'un bonheur inouï et d'une prospérité qui, certes, « n'est pas l'ouvrage du ministère, nous eussions eu un dé- « ficit de 50 millions, puisque nous ne parvenons, avec ces (( revenus inespérés, qu'à balancer les dépenses de cet exerce cice : si donc encore on retranchait des ressources consi- « dérées comme faisant face aux dépenses de 1823 et 1824, <( les 58 millions de la créance sur l'Espagne portés comme (( une recette effectuée, nous aurions un déficit bien réel de « 108 millions dans le cas que ces recettes non prévues ne « fussent pas venues balancer les dépenses de l'exercice 1825.
« Messieurs, dans la discussion présente, quelle triste ré- « capitulation pour notre conscience législative s'offre en « effet à la suite des détails que j'ai eu l'honneur de vous « exposer en m'occupant des crédits additionnels et supplé- « mentaires demandés parles ministres pour l'exercice 1825.
« Des désordres inouïs ont eu lieu, et grâce au rejet de tous
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(( les amendements protecteurs de nos droits, 348 millions de (( dépenses, par l'effet de quelques paroles inexplicables « pour ceux qui les ont prononcées, ainsi que pour nous, « qui les avons entendues, sont allés prendre place dans le « vaste domaine de l'oubli.
« L'adoption des comptes de six ministères n'a pas même « coûté une seule explication de la part des ordonnateurs « des dépenses,
« Le budget de 1825, à l'aide d'une illusion dans le chif- (( fre nécessaire à la vérité, à l'adoption des conceptions du « ministère, vient se révéler à nous accru de 83 millions ; <( mais le ministre n'en est pas autrement embarrassé. Des « dépenses ordinaires y étaient omises; d'autres dissimulées (( par une appréciation affaiblie; des dépenses sans urgence, « on peut même dire sans nécessité, ont été accomplies en « violation des lois et des principes proclamés chaque année (( à cette tribune. N'importe, rien n'altère la confiance du « ministère dans ces urnes de salut qui semblent destinées « à ne renfermer bientôt que les cendres de la Charte et des « lois.
« Et c'est en présence de tels faits que l'on vient, avec une c( apparente confiance, qualifier de déclamation, de violence, « notre instante chaleur à défendre les intérêts qui nous ont « été confiés; que l'on croirait pouvoir abuser les esprits sur « les motifs de notre persistance à dévoiler l'abus coupable « que l'on fait des finances de l'État; que l'on voudrait faire « planer sur nous le soupçon odieux d'un intérêt qui ne se- « rait pas celui de la Monarchie et de la chose publique d'une « ambition personnelle déguisée, comme si les ministres « avaient besoin de regarder derrière eux pour être convain- « eus que nous ne sommes pas les serre-files du pouvoir !
« C'est en présence de tels faits que l'on nous demande « une tranquillité froide et l'abandon d'un terrain que nous « avons mission de garder.
« Non, ce n'est que pied à pied que l'on pourra parvenir à « nous le faire perdre. Fidèles à notre mandat, chaque jour,
REPONSE A M. DE VILLELE 311
« chaque moment seront témoins d'un combat que le minis- (( tère voudrait en vain éluder, en dénaturant, en déplaçant « toutes les questions.
« C'est vainement que vous vous efforcerez de donner le « change, en faisant sortir sans cesse de l'opposition que vous « rencontrez en nous l'idée d'un danger pour la Monarchie et « le pays I Le danger, dites-vous ! nous venons les garantir « l'un et l'autre de ceux auxquels vous ne craignez pas de « les exposer, le danger dites-vous ! s'il pouvait en exister « ailleurs que dans vos actes et votre politique, pour leur « cause commune et sacrée, vous nous rencontreriez partout « où il se présenterait pour le combattre, ainsi que nous le (( faisons aujourd'hui.
« Ah 1 je le déclare, messieurs, dussé-je avoir le malheur « devons déplaire: aussi longtemps que j'aurai l'honneur de « siéger dans cette enceinte, je monterai à celte tribune pour « répéter aux ministres que, par leurs prodigalités sans me- « sure, leur administration sans franchise comme sans but, (( que par leur politique incertaine et sans dignité, ils perdent (( notre pays. En finissant, messieurs, qu'il me soit encore « permis de vous adresser une prière : « Députés des dépar- (( ments, ayez pitié de la France et non du ministère ! »
C'est au milieu de la plus vive agitation que M. de Villèle monta à la tribune pour répondre à ce discours; il le fil avec le calme et le sang-froid qui ne l'abandonnaient jamais, s'atlachant à réfuter par des chiffres les critiques qui lui avaient été adressées.
A propos du passage relatif à la Grèce, le président du conseil accuse Périer d'avoir porté atteinte au droit de guerre qui appartient au Roi. Périer réplique :
« Quant au droit de guerre exclusivement réservé au Roi, « en quoi l'ai-je attaqué? J'ai exprimé le vœu, et je l'exprime « encore bien ardemment, de voir le Roi se placer à la tète « d'une aUiance sainte pour empêcher les Grecs d'être mas- « sacrés, pour les enlèvera leurs bourreaux, à leurs assassins. « Qu'a donc ce vœu de contraire aux prérogatives de la Cou-
« ronne? Respectez les noires autant que nous respectons les (( siennes. »
Cette discussion fut l'occasion d'une de ces luttes de tribune comme il s'en engageait souvent entre le président du conseil et le député de Paris. La Chambre alors restait pour ainsi dire spectatrice : admirant le talent déployé par les deux adversaires, l'un apportant toute la modération et le calme d'un homme de chiffres, l'autre se laissant entraîner par la violence de sa nature et parvenant, à force de talent et d'énergie, à dompter la malveillance d'une majorité acquise de parti pris à son adversaire. Si le nombre des bulletins donnait la victoire au ministre, les votes n'étaient peutêtre pas toujours d'accord avec les sentiments intimes des députés et la majorité diminuait chaque jour d'importance. M. de Villèle, malgré son grand talent et sa haute valeur, sortait amoindri de chacune de ces batailles.
Péricr tirait grand orgueil de ses victoires morales, il sentait que l'issue finale serait en sa faveur. « On l'avait vu « rentrer dans son cabinet, dit un de ses biographes, après « une séance de la Chambre dans laquelle il avait excité le (( plus grand enthousiasme. .. trépigner de plaisir, prendre « sur son bureau les cahiers du budget, les mettre en pièces « et faire voler les feuillets au feu en s'écriant que c'était « ainsi qu'il venait de traiter, aux yeux delà France entière, « le ministre et la loi des comptes (1)... »
Le 25 avril 1826, après avoir obtenu, ainsi que l'exigeait le règlement en vigueur, l'autorisation des bureaux, Casimir Périer donna lecture à la tribune de la proposition suivante :
« Conformément à l'article Ho de la loi du 28 avril 1810, « qui place, de la manière la plus spéciale, la caisse d'amor- « tissement sous la surveillance et la garantie de l'autorité « législative, j'ai l'honneur de proposer à la Chambre qu'il « soit formé une commission àl'effet d'examiner si les rachats (( faits par cette caisse et qui ont eu lieu uniquement en
(1) M. Lowe-Weiraars. — Revue des Deux-Mondes, 1" janvier 1833.