DU GRAND LIVRE DE LA DETTE
a comme vous semblez vouloir le dire, le crédit de la France « pirouettait autour des piliers de la Bourse de Londres. « Mais il n'en est rien, et la crise commerciale de l'Angle- « terre n'aurait produit qu'un effet à peine perceptible chez « nous, si vous n'aviez pas effrayé la France entière par la « promesse d'un milliard que vous ne vouliez pas payer, et « si vous n'aviez pas cherché à consoler les émigrés par des « promesses que vous ne pouviez réaliser; ou pour mieux « dire il fallait ne pas tromper les émigrés et les contribua- « blés en disant aux uns : vous aurez un milliard ; et aux « autres : vous ne paierez que 640 millions : funeste système « de déception dont il est résulté que tout le monde est mé- « content, les émigrés, la nation, et que notre crédit se trouve « profondément affecté.
« Dans des circonstances comme celles oii' vous voustrou- « viez, il aurait été plus juste et plus sage d'annoncer qu'une « indemnité devait être donnée, mais que pour cela des sa- « crifices étaient nécessaires. Au lieu de dire la vérité toute « simple, on a fait illusion à tout le monde. Mais le moment « des illusions est passé; la vérité est reconnue et l'on cher- « che des justifications ailleurs que là où elles sont réelle- « ment. •• »
Passant ensuite à un autre ordre d'idées, l'orateur demande que le Grand Livre de la dette publique soit placé sous la direction d'une administration spéciale et en deiiors du ministère des Finances.
a Ce que je demande, dit-il en terminant, est d'autant plus « nécessaire que, plus tard, j'aurai l'occasion de vous démon- « trer la position de M. le ministre des Finances, qui a en- « vahi un pouvoir immense. Il aie Grand Livre sous sa sur- « veillance; c'est lui qui crée les rentes et qui les délivre; « c'est lui seul qui en a le contrôle. Par la manière dont est « interprété l'article 3 de la loi de conversion, l'amortissement (( ne nous offre plus aucune garantie, ce qui fait que M. le « ministre des Finances est le pivot unique sur lequel roulent « les Finances de toute la France. Ajoutez ù cela le droit
« qu'il a de créer 125 millions de bons royaux d'après la loi « et d'en créer par ordonnance autant qu'il lui plaît, et cela « sans aucune espèce de contrôle. Est-il possible que, dans « un gouvernement représentatif, une puissance semblable « demeure sans contrôle entre les mains d'un seul individu, (( quels que soient d'ailleurs ses talents et sa probité ? Si (( vous laissez les cboses dans l'état oii elles sont, la puisce sance financière de Louis XIV ne serait que celle d'un « nain, comparée à la puissance de M. le président du con- (( seil. »
Le lendemain, Casimir Périer prit encore la parole pour répondre à M. de Villèle sur cette question de l'amortissement ; mais malgré ses efforts la majorité repoussa tous les amendements qui avaient été présentés pour régler la répartition des achats de la caisse entre les trois espèces de fonds publics. .
La discussion du budget du ministère des Afïaires étrangères amena Périer à la tribune.
« Je ne comptais pas, dit-il en débutant, prendre la parole '( dans la discussion générale du budget du ministère des « Affaires étrangères. Mais après avoir entendu les discours « que M. le ministre (1) a cru devoir adresser à ceux qui (( avaient attaqué son ministère sous différents points de vue, (( il est impossible de ne pas faire remarquer à la Chambre « le laconisme de ses réponses et le peu de satisfaction que « doit nous donner la politique du Gouvernement, en prête sence de dépenses si considérables et des circonstances « graves où se trouve l'Europe. M. le ministre n'a daigné <( s'expliquer qu'en quatre lignes sur la situation de l'Europe (( au milieu des événements si remarquables qui s'y passent. « Comment pouvons-nous interpréter son silence sur la « situation oh nous sommes placés vis-à-vis des événements (( du Levant et du Nord ? Comment croire que la politique (( du Gouvernement français puisse être réduite à une in-
(1) M. (Je Damas.