‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 97 sur 158 · BUDGET DU MINISTERE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

BUDGET DU MINISTERE DE LA GUERRE

« rester au pouvoir et se sacrifier, malgré leurs dégoûts, au (( bonheur de la France (on rit)^ n'y aurait-il pas un moyen (( de faire en sorte que le gouvernement représentatif ne fût « plus pour eux un sujet de dégoût ? Ce serait, selon moi, (( d'établir dans l'intervalle des sessions des conférences cons- « titiitionnelles dans lesquelles ils apprendraient ce que c'est « que la Cliarte et le véritableintérètdu pays. {Miu^miires au <( centre.) Et alors le gouvernement représentatif serait une (( douce chose pour eux et unechose heureuse pour le pays. » {Les murmures redoublent.) Personne, parmi les membres du Gouvernement, ne répondit à ce discours et la majorité ferma la discussion générale.

Dans la séance du 2 juin, Périer intervient dans la discussion générale du budget du ministère de la Guerre; il laisse à d'autres « le soin d'examiner la partie que leurs connaisrt sauces les mettent à même de traiter. Mais il est une autre « partie bien distincte, celle de l'administration et des dé- « penses, qui se rattache essentiellement à notre situation « financière et qui est dominée par elle ».

ïl commence par poser avec une netteté et une précision remarquables la règle qui doit guider l'administration militaire.

« Un bon système d'administration militaire, dit-il, est c( celui qui metl'armée sur le pied de paix en harmonie avec « l'impôt, et sur le pied de guerre en harmonie avec le créc( dit pubhc... »

Le ministre de la Guerre déclarait que le budget de 190 millions était insuffisant même pour les dépenses ordinaires et qu'il faudrait en outre des crédits extraordinaires, notamment pour les places fortes; d'un autre côté, M. de Villèle, dans un but électoral, proposait 20 millions de dégrèvements. Périer s'empare de cette contradiction :

« Ainsi, messieurs, nous sommes parfaitement avertis des « dépenses qui sont nécessaires, non en temps de guerre, « mais en temps de paix seulement. Eh bien 1 si 216 millions (^ sont indispensables pour protéger les intérêts du pays et

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(< défendre la Couronne, comment ne les demandez-vous pas (( aux revenus ordinaires en présence d'un minisire qui pro- « pose un dégrèvement de 20 millions ?

Voix à droite. — «. Ah ! nous y voilà !. . . C'est cela.

M. Casimir Périer. — « Oui, messieurs, c'est cela. On vous « propose un dégrèvement, et en attendant on nous laisse à « la merci d'ennemis qui peuvent attaquer l'indépendance du « pays. Ces sommes, dès à présent si nécessaires, quand les « demanderez-vous ? Attendrez-vous la guerre? Attendrez- (( vous que l'urgence vous domine, et que vous soyez forcés (( de recourir à un crédit qui souffrira, quand vous pouvez (( vous aider de l'impôt dont l'accroissement actuel tient à rt la prospérité publique, à notre état de paix ?

« Ici, je dirai aux ministres : il n'y a donc pas d'ensemble H dans les vues du conseil? Vous n'êtcsdonc pas d'accord sur a la manière d'envisager les besoins du pays et d'y satisfaire, « puisque l'un parle d'un accroissement urgent de dépense et « que l'autre songe à un dégrèvement.

« M. le ministre de la Guerre viendra nous dire un jour : « je n'ai dissimulé aucun des besoins de mon département ; « j'ai demandé les fonds qu'il réclamait, et l'on me les a re- (( fuses. Chacun fait donc son budget suivant ses propres vues « et, en définitive, ce serait M. le président du conseil qui fort rait céder les intérêts de l'État à sa volonté financière ! En « attendant que les deux ministres veuillent bien se mettre (( d'accord et expliquer leurs contradictions, je continuerai « de répondre à quelques observations du premier... »

L'orateur entre dans les détails techniques de l'organisation de l'armée ; il constate qu'il y a actuellement un chef, officier ou sous-officier, pour commander deux hommes et que même sur le pied de guerre de quatre cent mille hommes la proportion serait encore de un pour six, alors que, dans tous les autres États de l'Europe, elle est de un à quatorze. Outre la charge qu'elle présente pour le budget, cette situation porte une grave atteinte à l'avancement et décourage ceux qui y ont droit.

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