‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 98 sur 158 · BUDGET DU MINISTERE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

BUDGET DU MINISTERE DE LA GUERRE

Périer prend ensuite prétexte des faits qui se sont produits au début de la campagne de 1823 pour critiquer l'organisation de l'armée.

« On a dit qu'un bon système d'administration militaire (( était d'établir un pied de paix qui "permît de passer à l'état « de guerre sans trop de secousses et d'efforts. Voilà de fort « bonnes théories; mais voyons comment l'administration « actuelle les a appliquées. Remontons pour cela à la campa- (( gne de 1823. (Moiweme?i/.) Messieurs, je commence par « déclarer que je n'entends pas faire une investigation dans (( les affaires de cette campagne : je la considérerai abstrac- « tivement, mais il faut bien pourtant s'aider des faits pour <f juger les abstractions.

c( En 1822, vous aviez 194.000 hommes; en vous préparant (( pour la campagne vous portâtes l'effectif à 240.000, nom- (( bre encore inférieur de 40.000 hommes à l'effectif régle- (( mentaire du pied de paix. Eh bien ! vous avez demandé (( 189 millions pour vos dépenses ordinaires; puis vous êtes (I venus présenter un compte qui, pour une campagne de <' neuf mois, montait à 204 millions, 169 millions 500 mille <( francs imputables au seul budget de la guerre ; en tout (( 360 millions. Il est vrai que vous en déduisez 34 millions « avancés à l'Espagne, et nous savons ce qu'est cette valeur; (( plus, 20 millions dont s'est accru le matériel. S'il en est (( de cet accroissement comme de la sûreté de la créance sur « l'Espagne, il est permis de n'en pas tenir grand compte. « Au demeurant; la guerre a nécessairement dépensé une « partie de votre matériel et ce prétendu accroissement n'est « en réalité qu'un remplacement.

(( Ainsi 360 millions ont été dépensés pour 240 mille hom- « mes, dont 100 mille seulement sont entrés en Espagne, et « vous n'aviez pas même atteint le complet du pied de paix. « Est-ce là cette transition si douce, si bénigne, si facile dont « vous nous parlez?... Et remarquez que les circonstances H ne seront jamais aussi favorables. Vous avez eu tout le « temps pour vous préparer; vous avez eu toutes les com-

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« nioililés possibles. Jo le tleinande aux militaires qui font (( partie de cette Chambre, à quelle époque pourra-t-on jamais « faire une guerre pour laquelle on puisse aussi commodé- « ment s'arranger ? Quand aurez-vous un crédit plus puis- « sant ? Car c'était encore avant la réduction des rentes. (/iires.)

« Ainsi, notre position était, sous tous les rapports, lapins « avantageuse possible, et cependant vous avez dépensé « 360 millions. Que serait-ce s'il se présentait une guerre « sérieuse, où il y eût des batailles rangées à livrer, des « sièges à faire, où le pays fût contre vous ? Une guerre « comme nous en avons vu plusieurs? Certes, je ne prétends (( pas rabaisser la campagne d'Espagne, mais elle ne saurait (( leur être comparée et les sacrifices qu'elle exigerait seraient « bien autrement considérables.

« A la vérité, on nous a donné l'assurance que la paix ne (( serait pas troublée; mais tout le monde connaît la situa- « tion précaire de l'Europe. La parole est aux événements, « vous disait avec une profondeur spirituelle, en vous faisant (( ses adieux, un de nos anciens collègues dont l'absence sera « sentie longtemps dans cette Chambre. Pour la prendre, (( messieurs, ils n'ont pas besoin de demander la parole, ils (( la prennent, on ne les intimide pas par des murmures ; <( ils s'expriment malgré tous les obstacles ; il n'y a pas de « clôture pour les faire taire. (Rires.)

« D'après vos propres déclarations où en serions-nous, s'il « fallait entrer en campagne? (Alur/nures.) Messieurs, nous (( savons ce qu'il en coûte pour faire des compliments. Il « faut des faits...

(( On a (lit (|ue vous dépensiez 19G millions pour avoir en (( temps de paix un effectif de 250 mille hommes, et cette (< assertion n'a pas été contredite par le ministre de la Guerre. (( Il en résulte que si vous étiez obligés de faire une campa- « gne avec 250 mille hommes, vous ne sauriez où vous en « seriez. Vous êtes aujourd'hui en présence d'un budget d'un « milliard ; où seraient vos ressources pour l'augmenter ?

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