‹ Cassard le BerbèreChapitre 13 sur 24 · LE COFFRE EN BOIS DE CAMPHRIEU · texte numérisé non relu

LE COFFRE EN BOIS DE CAMPHRIEU

Svizy tiaina une peau de chacal devant le coffre, s'agenouilla et, souriante, attendit, en suçant son doigt, que Cassard eut découvert la clef dans son chiffonnier ; il s'accroupit près de son amie et parvint, après maintes contorsions, à actionner le pêne rouillé ; le couvercle fut enfin levé.

— Quel fouillis, et que ça sent bon I s'écria la jeune femme qui éternua et battit des mains ; tu détiens là des tas d'affaires amusantes comme tout ; quelles étonnantes étoffes I II me gicle au nez des effluves de benjoin, de clous de girofle, de bazar, de jouet de la Foret- Noire.

Elle dépliait les châles de cachemire à copieux bariolages, des scies chinoises brodées d'animaux extravagants, des robes d'apparat, des dalmatiques à ornements symboliques, souvenirs d'un camarade tué, d'une balle au front, à la chasse aux pirates, sur les frontières du Yunnam ; elle maniait des ivoires tarabiscotés par les Célestes, des statuettes de bronze à la patine inattendue, des bracelets de jade, des émaux rapportés de l'Asie centrale par un commerçant algérien, de petits dieux fort indécents, des gardes de sabre japonais, des coupe-coupe ; une écharpe de soie à trame d'or la tenta ; elle la drapa sur ses épaules :

— Tu me permets, n'est-ce pas, de m'amuser avec ces jolis colifichets ; je ne casserai rien, je te le promets !

Elle rougit jusqu'aux oreilles ; elle feuilletait des albums de dessins nippons ; des mâles extraordinaires, ramenant sur eux des robes somptueuses, assaillaient, avec bonne humeur et une vigueur inimaginable, des nymphes en pâmoison ; c'était d'un art à la fois puissant et hilare, d'une santé énorme.

— Oh I s'écria Suzy, quelles scènes exubérantes l

igO CASSARD LE BERBERE

Quelle imagination d'enfant féroce 1 Quel mépris souverain des proportions du corps humain dont ces genslà n'aperçoivent bien que les gestes les plus excessifs, sans se soucier trop de l'impeccabilité des formes ; ils dessinent comme Mallarmé composait ; ils résument en un coup de pinceau la caractéristique de leur vision ; ils vont sans effort à la caricature, et ils y excellent. Tiens, veux-tu que je te dise, tu as quelque chose de japonais dans le caractère.

— Referme ce coffre, répondit Cassard ; il devient pour toi source de scandale !

— Je n'en ferai rien ; je ne suis point une rosière ; telle que toi et qu'Hélène j'adore l'action dans ses décisives manifestations, même de ribauderie. Qu'y a-t-il donc dans ces étuis de laque .^ Je ne parviens pas à en déclancher le couvercle.

— Tu ne sais pas t'y prendre ; ce sont des cadeaux pratiques qu'il est d'usage d'offrir aux jeunes veuves dans l'empire du Soleil-Levant, et qu'apprécient les dames seules, là-bas, et les délaissées.

Suzy était maintenant au-dessus de tout étonnement; elle souriait et vantait la prévoyance des orientaux et leur habileté à tremper les désirs les plus légitimes et les plus tyranniques des femmes.

— Oh I ces liasses de papiers .î^

— Ce sont les manuscrits de mes œuvres de jeunesse !

— Et ces paquets de lettres ne sont-ils point, eux aussi, les reliques de tes péchés de jeunesse .^^

— Pas du tout ! Ces épîtres proviennent de très chers camarades qui sont morts. Par contre, ce béret de velours pelé, ce bas de soie, cette jarretière enrubannée, ce pantalon rose, ces fanfreluches fanées sont les vestiges de dames à étreintes ; je n'ai plus d'elles que

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