‹ Cassard le BerbèreChapitre 17 sur 24 · DU NU DE SUSY · texte numérisé non relu

DU NU DE SUSY

Etre nue, pour la femme, est encore mentir ; c'est une flatterie qu'elle s'accorde à elle-même ; c'est le point culminant de l'orgueil. Le bonheur principal de Suzy à être la maîtresse du colon était d'évoluer sans voiles dans les chambres où, supposait-elle, Hélène et lui s'étaient aimés. Elle guignait du coin de l'œil les portraits de sa rivale, interrogeait son amant au sujet de sa femme, couchait avec délices dans son lit, et prodiguait des fleurs à sa chapelle; elle adoptait ses allures, ses parfums, ses goûts, ses méthodes, sa musique. On eût dit qu'elle cherchait à oublier son individualité pour adopter celle de sa rivale ; et — Cassard le constatait — elle lui rendait, ainsi, de plus en plus chère la mémoire d'Hélène ; car les femmes s'exaltent les unes par les autres, indiciblement, et à leur insu, de même que le narcisse aiguise le parfum de la rose, la rose celui du musc, la violette celui de l'ambre, le basilic celui du camphre, la jonquille celui du bois d'aloës; c'est, du moins, ce que prétendent les orientaux. Et ce fut ainsi que, peu à peu, il en arriva à souffrir de la nudité de Suzy, son dernier attrait pour lui. Et il avait beau porter au doigt majeur, selon le conseil du Pro-

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