‹ Cassard le BerbèreChapitre 20 sur 24 · LE LIT-CIX)S 24 I · texte numérisé non relu

LE LIT-CIX)S 24 I

— Que tu parais las ! s*écric Romaine. Tu as mal dormi ?

— Je ne me suis pas couché ; j'ai travaillé; ma petite Tata, vous aurez beaucoup de tintouin à déchiffrer mes papelars.

— Non ! Je suis habituée à votre écriture ! Je la lis mieux que vous, patron ; faudra-t-il des pelures?

— Non, un papier fort me suffira.

— Faut-il vous expédier ça tout de suite?

— Non, mon petit; il est six heures à peine; je ne vous donnerai mes pages qu'à huit heures.

— Oh ! moi, dit Toto, je n'ai pas de temps à perdre ; monsieur Charles m'a remis hier des tas de bordereaux à vérifier; j'ai une minute pour m'habiller, déjeûner et être à la besogne.

— Je vous interdis de vous fatiguer de la sorte, madame la mignonne. Avez-vous eu de jolis rêves cette nuit ?

— Allons, mes fillettes, dit Romaine, l'occasion vous est offerte de révéler votre grand secret à mon frère ; pourquoi tant de timidité ?

— Il y a donc un secret? demanda Cassard en souriant.

— Ah I suppose que je n'ai rien dit.

Mme Lavieux s'allonge avec nonchalance sur un sofa; Toto renifle ; Tata se frotte les yeux ; elles se tournent, désespérées, vers Romaine, qui prend enfin la parole :

— Le fait est, déclare-t-elle, que nos amies ont chacune un amoureux, un joli garçon, ma foi ; l'un est le secrétaire, l'autre le commis de la Commune mixte ; l'idylle est double ; comme on esllionnête et qu'on a un gentil petit cœur affectueux qui bat toujours plus vite qu'il serait de saine raison, alors... voilà : on est

quatre à vouloir se marier, et les petites désirent que tu les autorises à recevoir ici les fiancés.

Les gamines, rouges jusqu'aux oreilles;, sanglotent ; Cassard les attire à lui, leur essuie les yeux.

— Pourquoi donc pleurer, mesdames les mignonnes? s'enquiert-il.

— Excusez-nous, patron ! Nous pleurons de bonheur, de bonheur et de chagrin, s'écrie Toto, la veuve légitime ; le chagrin est, pour Tata et pour moi, de noui séparer Tune de Tautre, et aussi de vous abandonner, vous qui êtes plus que des amis dans notre cœur. Et nous sommes contentes, aussi I Vous comprenez, patron, jamais personne ne s'est marié dans ma famille. Et alors... Et puis on se mariera à l'église, pas vrai !... ça, ce sera époilant ! On se mariera, Toto et moi, le même jour ! Quelle belle noce ! Je suis bien ennuyée de n'avoir pas droit à la robe blanche et à la fleur d'oranger. Mais quelle toilette mettrai-je.î> J'aurais bien voulu, une fois mariée, avoir tout de suite un enfant ; madame Romaine m'assure qu'il est plus sage d'attendre pour ça que j'aie vingt ans ; paraît que je suis trop jeune pour être maman.

Les petites veuves ont renoncé à leur attitude embarrassée ; leur verbiage ne s'arrête plus ; Mme Lavieux fait chorus avec elles; les oiseaux de la volière s'excitent à ce ramage et y joignent leurs gazouillis les plus passionnés. Toute trace de mélancolie s'efface dans la conscience de Cassard; il ne voit que des visages joyeux autour de lui ; il jouit de leur joie, dans une plénitude de bien-être qui ramène soudain sa pensée entière à l'exilée redevenue son cœur et sa volonté.

Un jour, Suzy se rendit de très bonne heure chez son amant ; ils eurent une très longue conversation attendrie ; depuis une quinzaine, ils s'étaient assuré,, sans se Têtre dit, qu'ils devaient rompre ; ils se constataient de plus en plus déçus par leur intimité; il y avait incompatibilité d'esprit entre eux ; leurs entrevues, après d'excessifs baisers, ne parvenaient plus à être câlines ; la fleur bleue s'était desséchée, il n'y avait plus, dans leurs étreintes, que des raffinements de sexualité ; ils se fatiguaient sans se satisfaire ; une gêne chaque jour plus pesante intervenait dans leurs relations ; ils étaient d'ailleurs indiciblement heureux d'avoir revécu leur adolescence. Ils réglèrent, tout à l'heure, de la façon la plus cordiale, les clauses de leur séparation.

Les mains dans les mains, la parole un peu voilée sous l'empire d'une émotion de bon goût, ils se sont jurés, du fond du cœur, de n'être plus qu'amis ; il leur a paru qu'ainsi ils demeureraient encore un peu, sans ridicule, amants ; ils se confieraient désormais leurs chagrins, leurs joies, leurs douleurs, leurs déboires, afin de continuer d'échanger, en esprit, leur meilleur d'eux-mêmes. La vigne s'est détachée de l'ormeau

et pourtant leurs ombres s'y mêleront encore ; ils ne fraterniseront plus qu'en ombre ; ils ne sont plus capables de s'idéaliser mutuellement ; il n'était plus resté des effusions d'autrefois qu'un paysan berbère d'âge mûr et une belle femme de trente ans s 'essayant en vain, et non pas sans effort, à batifoler. Et cela n'allait guère que par artifice. Il avait aimé Suzy en homme de de lettres ; le métier était devenu chez lui plus fort que tout, plus même que le cœur, et c'était normal ; il observait sa maîtresse, malgré lui, à chacun des moments de leur intimité ; elle comprenait trop, sans doute, qu'il la guettait constamment ; en somme,, il n'éveillait sa sensualité que pour l'étudier à loisir ; il était à peine sensuel lui-même. Une fois, exaspérée par ses railleries, elle lui avait crié : « Tu n'aimes plus personne, pas même ta femme, tu aimes ta prose, et encore, tu aimes davantage ton bordj et tes troncs-defiguiers ! Tu souffres lorsque tu constates qu'autrui éprouve et décrit des sensations auxquelles tu demeures étranger, tu es jaloux, sinon envieux, du plaisir auquel tu ne participes point; il faut que tu sois le maître et que tu domines tout, même la volupté des autres ; je me suis livrée à toi, je n'en ai pas de regret ; mais jamais, depuis ta pâmoison du début, tu ne perdis ton sang-froid, jamais plus, méchant que tu es, même dans nos minutes les plus folles. Oh I tu es bien un chef de sauvages I »

Elle avait raison ; il n'avait plus de plaisir sans réticences, grâce à ce maudit esprit d'analyge, développé par la vie de brousse et amalgamé à ses moindres instincts.

« Que reste-t-il d'elle en moi.^^ se dit-il. Les caractéristiques d'un personnage que j'introduirai dans quelque roman, un jour. Ah ! mes héros ! Chacun a sa gri-

mac€ particulière ; chacun est une des facettes de mon esprit ; chacun conte un de mes moments ; ils sont divers et cependant moi-même, les résidus de ce que mes parents, mes amis, mes aimées, mes haines et surtout mes actes ont laissé en moi ; leur âme s'est étrangement transformée en filtrant à travers la mienne ; ils m'ont obligé de vivre plus intensément ; je les ai vêtus de somptueuses loques parce que je vois le monde en grandiose (non, soyons humbles, Seigneur, en boursouflé) ; je les entourai de magnifiques horizons afin de m^expliquer et de mieux aimer les paysages qui accroissaient ma personnalité ; ils sont puissants ribauds parce que je suis un vulgaire paysan montagnard qui résume Tunivers en gros muscles, larges nourritures, complaisances de femelles et fécondité du sol ; ils sont madrés et subtils parce que ce défricheur de glèbe que je suis fréquente chez les berbères, ces petits neveux d'Odysseus. Je me demande aussi pourquoi j'ai tant de goût pour ce qui, dans la nature et dans l'écriture, est le plus vibrant, le plus forcené ; je reste indifférent à la sincérité de Tauteur, pourvu qu'il me révèle des orgies de couleurs et de formes ; ces fêtes vivent en moi avec frénésie.

« J'ai, malgré mon désir de ne point m'écarter, dans mes ouvrages, de la vérité la plus nue, malgré mes carnets de notes, mes registres à coupures, une inclination peu naturelle pour le théâtre, c€ mensonge ; je suis attiré par la comédie, à cause du monde si hors nature où elle se développe ; à force d'avoir vécu dans la brousse des tropiques et le bled algérien, j'ai agrément à réagir contre la terre, la lumière et l'être, à ne plus vouloir apprécier les hommes tels qu'ils sont, à m'enticher de maquillages, de travesti, de chiqué. Je me joue sans cesse la comédie à moi-même : brute dans

mes instincts, je me contrains à paraître homme de goût, et J'y tiens tellement que je compose des livres pour mieux me le prouver ; paysan grossier, je m'accommoderais sans ennui du gourbi de mes berbères, et j'ai peiné pour m'habituer à vivre dans le luxe ; à la moindre occasion, je rejette loin de moi le poids des civilisations européennes et le sauvage ressuscite ; plus je vieillis, plus ce fardeau m'accable, et moins mes chevaux de bataille obéissent à l'éperon ; je tends à négliger toutes contingences morales pour ne plus exalter que la force ; pourvu que j'arrive à maîtriser et à dissimuler mes misérables penchants jusqu'à ma mort ! Hélène sait jouer à merveille de Têtre naïf et absurde que je suis ; Suzy prétendait que mon caractère avait changé depuis ma jeunesse, qu'il avait pris des muscles plus durs, qu'il y avait en moi du nègre et du kabyle, que j'avais acquis dans les pays chauds une moralité de sultan.

Le renouveau amoureux de Cassard a comme rafraîchi son esprit ; il est sûr, grâce à ce printemps qui passa sur lui, de mieux apprécier à l'avenir les tendresses d'Hélène ; ce matin il a avoué cette impression à son amie ; elle lui assura que cet aveu la rendait bien contente et qu'elle suivrait avec le &oin le plus diligent, dans ses livres, le développement des expériences auxquelles Hélène se prêterait, à son insu, afin de découvrir à quel degré une maîtresse peut, par l'intermédiaire de son amant, influer sur la femme légitime. Cette remarque les provoqua à rire.

Longtemps, assis côte à côte sur le divan d'angle de la bibliothèque, ils demeurèrent à rêver. Cassard s'aperçut enfin que Suz pleurait doucement ; alors, il oublia (mais si peu de temps) ses lassitudes ; il eut, lui aussi, une brève crise de sanglots ; Suzy l'enlaça et ila

s'effondrèrent, confondant leurs larmes, parmi les coussins. Mais ils n'osèrent plus éveiller en eux de nouvelles émotions ; très vite, d'une voix pesée, presque indifférente, ils étudièrent, avec méthode, les moyens propre» à affranchir la jeune femme de la tutelle de son mari.

— Tu ne saurais cohabiter plus longtemps avec ton mari, dit le oolon ; il sera, un jour ou l'autre, englobé dans une sale histoire ; qu'il te trompe avec ses dactylettes ou Mme Dacre, qu'il coure les maisons closes, qu'il soit un des meilleurs clients de Mustapha Tentremetteur, mon Dieu, à la rigueur, il n'y a rien là de déshonorant ; bien des bourgeois Timitenten ce point ; le chiendent est qu'il s'est blasé sur les acoquinages normaux; il postule des turpitudes plus savoureuses; il m'invita, avant-hier, à souper à Alger chez un commandant retraité de ses amis ; nous fûmes servis, jusqu'aux petits fours, par des garces de lupanar ; ce furent des impubères qui nous servirent café et liqueurs ; j'eus une frousse atroce que n'apparût le commissaire de police ; sous un futile prétexte je décampai, abandonnant mes commensavix à leurs divertissements de gâteux. Ma Suzy, ce pourceau est à la fois répugnant et dangereux ; votre divorce doit être, dans votre intérêt, prononcé au plus tôt ; ma foi, les motifs ne manquent pas ; au besoin, on en ferait naître un, à peu près convenable, pour éviter à ton époux les rigueurs de la correctionnelle ; les tribunaux ne badinent pas sur le chapitre des messieurs qu'on trouve sans chemise en compagnie de mineures dessalées.

— Je suis au courant des abjections de M. Baurbil, lui a répondu son amie ; je ne demande qu'à le lâcher, et, toutefois, que deviendrai-je ? Je suis sans fortune ; je suivrai cependant tes conseils ; je ne me soucie pas d'être éclaboussée par l'immondice. Et après .^ Notre

reprise d'amour m'a empoisonné l'âme I Je me serais autrefois résignée à la misère ! On aurait dit de moi : « Cette pauvre Mme Baurbil ! » Maintenant, j'ai apprécié la valeur des bonnes choses de la vie, et il me les faut. Qu'en penses-tu? Ce n'est pas là le rêve, tout ça I

Elle s'évente avec une sorte de langueur féline ; ses regards font lentement le tour de la pièce.

— En somme, ne serait-il pas logique que les femmes bien roulées appartinssent aux héros et aux artistes?

— Ceci signifie, dit Cassard brutalement, que tu éprouves quelque sympathie pour l'auteur de ton bust€.

— Penh ! je ne pensais point à lui J'ai le cœur

et le cerveau si vides ! Ce pauvre cher Blascot ! Il a de si bons yeux d'épagneul fidèle ! Il serait au désespoir, j'en suis certaine, d'apprendre que j'ai été ta maîtresse.

— Si tu ne lui dégoises pas, il ne le saura jamais. Blascot est un chaste, en dépit de ses doctrines d'art ; il ne s'analyse point, lui ; un baquet de terre et une femme amoureuse suffiraient à son bonheur. Je lui ai déjà laissé entrevoir, comme il s'indignait de la conduite de Baurbil, que, sans doute, tu serais amenée à te séparer de lui ; il était rudement content de cette perspective. Tu es, assure-t-il, la blonde type ; le brave garçon est un peu pompier dans ses expressions.

— Mme Baurbil eut un léger sourire.

— Blascot, dès hier, m'a parlé en tête à tête ; oh ! il a été droit au but, il m'a suppliée, si je divorçais, de lui permettre de postuler ma main, à l'expiration des délais légaux ; je l'ai très fort grondé, pas pourtant, de son audace.

Là dessus, Suzy prit congé du colon et monta chez Mme Lavieux à qui elle narra, en confidence, les frasques de son mari. Bomaine s'indigna à l'excès, l'embrassa avec effusion, et, pour la consoler, la promena

devant ses tableaux cubistes et futuristes ; elle lui expliqua la j>oésie primitive incluse dans ses collections (|ui sYtnient récemment accrues d'une série de dessins de marmousets, d'ima^^es d'Ej)inal de la première époque, d'estampes de Houveyre. Le désordre d'âme de Suzy demeurait incompréhensible pour Romaine, qui n'appréciait que les mots redondants, les poses héroïques, les outrances de la modo, et détestait les crépuscules.

— Que j'aurais plaisir, songeait Ca«sard, d'être à nouveau petit enfant afin de pleurer tout mon saoul. Ce serait si bon.

GUEÏ-APENS

Cassard a une vieille amie de lettres, la romancière Jeharme Dubrac, qui accomplit, sur son yacht, une croisière en Méditerranée. Elle est arrivée au bordj, à l'aurore, ei a pénétré en coup de vent chez le colon. Elle exulte (la surexcitation est normale chez elle), plaque des accords d'adjectifs en paroxysme dès la porte, trébuche sur le tapis et saute enfin au cou de son conirère.

— Cher ami ! Oh ! pâleur et parfums ! Quel mémorable décor ! Vous êtes enterré ici ! Où est le sépulcre de votre femme .^ En Engadine. Vous mijotez un livre, n'est-ce pas, sur votre quasi célibat ! Eh ! un joli titre d'in-i8 ! Moi, si l'on me séparait de m.on mari, je saignerais du cœur ! Que faites-vous.^ Qu'écrivez- vous? Où en êtes-vous de votre petit dernier? Sera-ce un roman? Les vôtres sont si sublimies ! Ou des vers? Ou du théâtre? Oh ! moi, je vais m'établir pour une fois à Alger afin de me guérir de la houle et du haie. Mon mari me rejoindra dans une petite heure ; le site l'a émerveillé ; il photographie vos falaises, votre ferme, votre barraque, vos bonshommes étonnants ; il travaille comme un ange. Finas m'avait donné votre

GUET-APENS a5l

adresse ; il nous a loii(';, à Alf^or, une maison mauresque d'architecture passable à proxiniité d'une rue hon. teuse ; je m'entête à habiter dans la Casbah ; J'y com poserai pendant mon séjour une œuvre sur les prostituées arabes ; elles sont si jolies avec leurs tatoiia^TS de fleurs sur les joues et leur bijouterie d'argent; et les juives donc, empaquetées dans leur châle de faux cachemire ! Nous donnerons quelques fêtes, dans notre maison ! Et Romaine? Travaille-t-elle toujours? Oiîi, sans doute, j'irai l'embrasser tout à l'heure. J'ôle mon chapeau. Bon ! ma frange me tombe sur les yeux ! J'étouffe dans cette atmosphère surchauffée de sarcophage ; il y a des coins qui sentent la momie, d'autres exhalent le parfum d'un sac à bonbons ; attendez, j'ai fixé l'im.pression : ça sent le vieux palais arabe. Quel bel atelier pour les précieux turbins auxquels vous vous consacrez ! Je viendrai vous visiter souvent en automobile. A propos, je ne suis plus unanirniste ; j'ai tâté un peu de rinipulsionnismxe, mais c'est stupide ; je me suis convertie au simultanisme. Je vous lirai mes meilleures pages ! C'est si bon, un ami comme vous ! Ces temps-ci, je pensais souvent à votre grand talent.

Jehanne est petite, très brune ; quoique bien proportionnée et sans un atome de graisse, elle paraît boulotte tant elle a de gros muscles ; elle est franchement plus que laide ; son nez en pied de marmite, ses fortes mâchoires, ses joues froncées par un rire perpétuel, lui donnent la ressemblance d'un bull-dog ; elle a des yeux gris très vifs, très amusants ; sa mimique est véhémente ; sa faconde est drolichonne et intarissable.

Elle lance sa tirade tout d'un trait, se hausse, bottines craquantes, sur la pointe du pied, regarde Cassard dans le blanc des yeux, lui pince le menton.

— Savez-vous, diable d'homme, que j'ai fait passer

dans la Revue Thomiste, si ouverte aux idées nouvelles, un copieux article sur votre œuvre, que j'étudie en conscience, que je prône aux artistes, que je vante aux philistins. Ah ! il n'y a pas beaucoup de nabotes gaillardes de ma sorte dans la gcndeletterie.

— Mais quand on les a, on les garde, et, pour mieux les garder, on les aime. Vous êtes la plus excellente des petites femmes chéries et je tiens à vous remercier.

Il l'attire de force sur ses genoux, l'embrasse à pleine bouche ; avec elle c'est le genre ; elle pousse à ses ultimes limites l'affection qu'elle voue à ses amis.

— Hé ! mon vieux, je m'étonne combien, pour une petite femme, vous êtes bossue aux bons endroits.

— Diantre, très cher, quel pirate vous êtes ! ^ous méritez votre réputation d'homme sans foi ni loi. On m'en a conté de belles sur ce qui s'est passé chez vous pendant l'insurrection ! Bandit ! Lâchez-moi, vilain ! Vous me décoiffez 1

— Oui, parce que vous avez une crinière de Walkyrie.

— Pensez-vous que je vous conduirai au Walhalla.î^ Soyez sage, vous fripez ma robe.

— Elle me gêne ; en la troussant, il me semble que je tourne la page d'un de vos romans.

— Qu'il est sot !^ Je n'écrirai plus une ligne sur votre compte ! Vous avez une façon de témoigner de la reconnaissance à vos critiques.

— Pensez-vous que j'en fasse jamais autant au père Deschamps .^

— Allons, il faut en passer par où vous voulez ; dépêchons-nous, mon mari peut s'impatienter, venir nous surprendre.

— Oh ! que nenni ; il connaît ses devoirs ; il n'interrom.prait point une conférence de haute littérature.

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