‹ Catarrhe suffocant d'origine grippaleChapitre 10 sur 25 · DE LA GRIPPE · texte numérisé non relu

DE LA GRIPPE

PREUVES CLINIQUES. — Le catarrhe suffocant, tel que nous venons de le décrire, est donc un type clinique, une sorte de syndrome que les différents auteurs ont observé au cours de diversesaffections. Mais, sion analyse avec soin ces observations, on voit que nombre d’entre elles se rapportent à des cas de grippe qui souvent avait été méconnue. C’est ainsi que les épidémies de bronchite capillaire étaient vraisemblablement des bronchites grippales (1), et depuis lors bien des médecins ont signalé le caractère épidémique de cette maladie. Fauvel, dans sa thèse et dans différents mémoires, rapporte des observations de catarrhe suffocant typique ; les malades n'avaient pas seulement les symptômes pulmonaires, dyspneiques et sthetoscopiques de la grippe asphyxique, ils en avaient aussi les symptômes généraux.l'expectoration, etc..L’évolution de la maladie montrait que le catarrhe suffocant était survenu chez des malades atteints de bronchite quelques jours auparavant, «chez les adultes, tous les malades sans exception toussaient déjà depuis un temps

(1) Mahot, Bonamy, Marcé, Malherbe. Relation d'une épidémie de - bronchite capillaire observée à Nantes. Nantes 1842. ;

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variable à l’époque du début de la bronchite suffocante » (1). Nous donnons in extenso plus loin une observation de Fauvel où le catarrhe suffocant a évolué chez un adulte comme chez notre malade (obs. IT), où le bacille de Pfeiffer a été trouvé. De même dauis la thèse de Foucart, dans les travaux de Rilliet et Barthez, Hardy et Behier.

Ces auteurs décrivent la bronchite suffocante souvent à la suite de la rougeole et justenient une de nos observations est celle d’un enfant qui a eu un catarrhe suffocant à la suite de cette maladie et où cependant le bacille de l’influenza a été nettement constaté. |

D'autre part, quand on étudie la description des différentes épidémies de grippe, on voit partout noté dans certaines formes graves le catarrhe suffocant. Ce type clinique est signalé dans l’épidémie de 1837 (Gouraud, Legrand, Piedagnel, Nonat, Landau, Sandroz et Landouzy,Petrequin), Peacook,qui a observé à Londres,a vu une fréquence insolite de la bronchite capillaire. De même pour l’épidémie de 1858 (Forget, Emond), de 1860 et les années suivantes. En 1870, la grippe qui venait compliquer les trop nombreuses maladies régnantes, se caractérisait souvent par l’affection que nous étudions. C’est ainsi que « d’après Colin,la rougeole rappelait, trait pour trait, les affections décrites sous le nom de catarrhe suffoeant » (Brochin). Graves, dans ses lecons, insistait sur ce caractère de suffocation qu’il expliquait par une para-

(1) Fauvel. Recherches sur la bronchite suffocante. Soc. méd. d'observ. 1844, tome II.

Jvsie du pneumo-gastrique. De nos jours, il suffit de lire les traités de médecine, les articles grippe, pour voir signaler la bronchite capillaire, le catarrhe suffocant, le catarrhe asphyxique grippal (Netter, Leich 1tenstern). L'observation clinique est donc bien démonstrative, le catarrhe suffocant survient souvent au cours de l’infeé- ‘tion grippale. Mais, si cette complication existe incontestablement dans la grippe, est-elle bien la conséquence du virus de la grippe ou bien la manifestation d’une infection secondaire ? Les recherches modernes, grâce à la bactériologie, pouvaient seules nous éclairer à ce sujet. .C’est la réponse qui est donnée par l'analyse bactériologique des cas que nous publions.

PREUVES BACTÉRIOLOGIQUES. — Mais avant de donner les résultats de nos observations, il nous faut dire quelques mots de l’histoire bactériologique de la grippe en général ; nous verrons ainsi que l'organisme que nous avons isolé est bien le bacille de l’influenza. = Le caractère principal de la grippe étant d’être épidémique et même pandémique, on a songé depuis longtemps à rechercher si éllé n’était point cohitagieuse. Cette maladie S’étendait avec une téllé rapidité dans différents sens qu’on ne pensait pas pouvoir l'expliquer } par là contagion, mais les observations plus récentes ‘ht montré -que la propagation de l'épidémie étaiten correlation avec les moyens de transport. D’autre part il est facilé de voir là transmission se faire dans les familles, dansles villages. La marche de l'épidémie dans un pays montre que les habitants près des routes, des HERHES ue fef Sont les premiers pris.

Les régionsau contraire, les aglomérations d'hommes

(hôpitaux, asiles) où l’isolement met à l’abri de la contagion sont épargnées. Ainsi, depuis quelques années, la nature contagieuse de la grippe est généralement admise (Haygarth, Hull, Duggard, Barœæsly, Simonin, Lombard, Petit, Blanc, Bertholle, Parkes, Danguy des Deserts (1), Seitz (2),et on ne considère plus les influences atmosphériques que comme des causes prédisposantes. La théorie de la contagion étant ainsi a peu près démontrée, on a cherché depuis longtemps quel était le parasite qu'il fallait incriminer. Dès 1883 Seiffert (3) utilisant les données de la bactériologie moderne décrivait des cocci dans les crachats des malades atteints d’influenza, mais les caractères qu’ils donne sont trop sommaires pour qu’il soit possible de différencier le microbe qu'il décrit des nombreux cocci qu’on trouve communément dans une expectoration banale. L’épidémie de 1889-90 vint à une époque où la bactériologie, armée des méthodes de Pasteur, Koch, pouvait le plus utilement faire faire des progrès à la question et de nombreux expérimentateurs se hatèrent d'appliquer ces méthodes à l'étude des cas qu'ils purent observer. Klebs (4) crut bien trouver un hématozoaire mais ce travail ne fut pas confirmé.

(1) Bull. Medic. 1890.

(2) Seitz, Zur Verbreitung der Influenza im Schweitzerichem Gebirge (Deutsch. méd. Wochenschr., décembre 1892).

(3) Seiffert. Influenza (Volkmann Sammlung klinischer Beitrâge).

(4) Klebs, Ein Befund bei Influenza (Centralblatt für Bacteriologie, 1890).

Babès (1), dans un long travail, étudia toutes les espèces microbiennes qu’il put rencontrer dans les expectorations, mais aucune ne lui parut spécifique.

Fischel (2) a bien trouvé des microbes pathogènes dans le sang des malades, mais ces organismes n’ont pas été retrouvés depuis. :

Beaucoup de rooms ne sont arrivés à isoler que les microbes qu’on trouve d’une facon banale dans les crachats ou la gorge des malades; ces organismes n'étaient en réalité que des ie (Ribbert (3), Finkler (4), Vaillard et Vincent (5)), ou des pneumocoques (Weichselbaum (6), Prior (7), Levy (8), Kruse et Pansini (9), Jolles (10), Kirchner (11), Nikiforoff (12)).

(1) Babès. Bacteriologische Befunde bei Influenza (Wiener klin.

-Wochensckr., 1890).

(2) Fischel. Eine bacteriologisch experimentelle Studie über Influenza (Zeitschr. für Heilh., t. XII, 1891).

(3) Ribbert. Anatomische und bacteriologische Beobachtungen über Influenza (Deutsch. med. Wochenschr., 1890.)

(4) Finkler.Influenza Pneumonie (Deutsch. med. Woc£enschr., 1890).

(5) Vaillard et Vincent. Examens bactériologiques dans la grippe (Soc. méd. des hôp.. 1890).

(6) Weichselbaum. Bacteriologische und pathologisch-anatomische Untersuchungen über Influenza [Wiener klin. Wochenschr., 1890).

(7) Prior. Bacteriologische Untersuchungen über die Influenza (Münchener med. Wochenschr., 4890).

(8) Levy. Bacteriologische onde bei Influenza (Berliner klin. Wochenschr.;, 1890).

(9) Kruse, Pansini et Pasquale. Influenza Studien (Centralblatt für bacteriologie, 1890).

(10) Jolles. Zur Aetiologie der Influenza (Wiener med.Blaetter, 1890).

(11) Kirchner. Bacteriologische Studien über Influenza (Zeitschrift für Hygiène, 1890).

(12) Nikiforoff. U. einem dem Pneumoniecoccus sehr ahnlichen Mikroorganismus (Zeitschrift für our t. VIII, 1890).

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‘Ces organismes, qu’on cherchait à différencier par de légers caractères pour en faire des parasites spécifiques de l’influenza, étaient des microbes habituels de la bouche et du pharynx, qui existent souvent à l’état: sain dans ces cavités et se mettent à pulluler dès que l’organisme est malade, au point de faire souvent dans ces cas des infections secondaires.

C’est ce qu'ont bien montré les travaux de Boibhärd (1); Netter (2), Jaccoud (3), Menetrier, Leyden (4), Friedrich (5). Ces auteurs ont fait voir que ces organismes étaient divers (streptocoques, pneumocoques, staphylocoques pneumo-bacille), que la présence d'aucun d'eux n’était constante et que le microbe spécifique de la grippe était encore à trouver, si toutefois il y en avait un. Certains auteurs, en effet (Kühn (6), Weichselbaum (7), etc:}, tendaient à croire que la grippe était causée par des ofganismes non spécifiques, hôtes habituels de la bouche dont la virulence était augmentée d’une facon spéciale par les conditions atmosphériques.

(1) Bouchard. Bulletin de l'académie de médecine, 1890. (2) Netter. Bull. de la Soc. méd. des hôp., 1890. (3) Jaccoud. Sur la grippe (Acad. de méd., 1890).

(4j Leyden. Zur Pathologie der Influenza (Berliner klin. Wochenschr. 1890).

(5) Friedrich. Untersuchungen über Influenza (Arbeiten à. d: Kaïserl: Gesundheitsamte, 1890).

(6) Kuhn. Influenza eine larvirte Pneumonie (Berliner klin: Wochenschr., 1890). =

(7) Weichselbaum Wiener klin. Wochenschr:, 1890).

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© C’est alors que Pfeiffer (1), dans une série de remarquables travaux, allait faire faire un pas décisif : à lPétio- Jogie de la grippe:

Pieiffer ävait déjà étudié la pardemie de 1889- 1890, mais ses recherches avaient été sans résultat, Cependant dès 1890, il avait vu microscopiquéement datis les crachats des malades, atteints de gtippe, une quantité tellemerit considérable d’un très fin bacille qu'immédiatement il fut convaincu de la spécifité de cet organisme et du rôle prépondérant qu’il devait jouer dans la maladié. En 1891, il

récommenca ses observations et retrouva ce même bacille; enfin en 1893, il donnait, dans un très important mémoire, ‘uné description Complète de seS recherches êt prouväit qué l’organisme, déjà Vu par lui, était bien lé parasite spécifique de la grippe.

__ Pour faire les obsérvations microscopiques et les ensemeéncements, il prenait les crachats-provenant des bronchés, Ceux venant du pharynx ou des fosses nasales étant trop chargés de microbes étrangers. Ces crachats jaune verdâtre épais, nummulaires, adhérents, d'aspect gommeux, étaient recueillis dans des vases stérilisés. C’est au centré de cés crachats qu’il puisait dans les parties nettement purulentes et cela le plus FAPIPERIENT possible après l'expectoration.

{1} Pfeiffer. Vorlaufige Mittheilung über die KErreger der Influenza {Deutsch. med. Wochsch., 1892).

— * Weitere Miltheilung. über die Erreger der Influenza (Hénisen. med. Wochsch., 1892).

— Die Ætiologia der Influenza (Zeitsehr. f. Hyg., 1893, t. IL; mit Microphotogr.). Fe

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Lorsqu'il colorait les préparations par le bleu de Loœæffier et surtout par le liquide de Ziehl dilué pendant 8 à 10 minutes, il constatait une quantité considérable de très fins bacilles tous semblables ; les uns étaient libres, quelquesuns contenus dans les cellules autour des noyaux.

Pour ne pas nous répéter, nous donnerons plus loin les caractères morphologiques qu’il décrit.

. Nous devons cependant dire quelques mots de la façon dont Pfeifter s’y prit pour faire des cultures. Après avoir constaté microscopiquement la présence constante de ce -bacille dans les crachats, il se hâta de l’ensemencer sur les milieux habituels, gélose, gélatine, gélose glycérinée, gélose sucrée, etc., sérum de sang de bœuf, sérum de sang d'homme coagulé, sérum agar. Il n’obtint aucun résultat, mème en faisant des cultures en présence ou en J’absence d’air. Il essaya en vain de faire varier l’alcalinité ou l'acidité des milieux. Cependant 1l obtenait quelquefois sur les tubes ensemencés largement de très fines colonies visibles seulement à la loupe, mais jamais il ne pouvait obteuir de cultures successives.

On pouvait supposer que la vitalité du microbe s’épuisait après une première culture, mais quand l’ensemencement était fait largement, il restait stérile ; c'était donc que dans les ensemencements abondants il y avait quelque chose qui favorisait le développement du bacille; ce quelque chose était donc contenu dans le pus transporté sur le milieu nutriuif. Après de nombreux tâtonnements, Pfeiffer vit que c'était le sang qui était nécessaire à la culture et il imagina son procédé qui consiste à étaler une goutte de sang à la surface de la gélose et à

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