CHAPITRE I
On fait habituellement remonter l’histoire du catarrhe suffocant à Laënnec et on lui attribue l'honneur d’avoir le premier désigné par ce nom un ensemble clinique caractérisé surtout par une asphyxie progressive. En réalité, l'expression de catarrhe suffocant est beaucoup plus ancienne que Laënnec et dans les écrits du 17° et du 18 siècle, on trouve des monographies entières consacrées au « catarrhus suffocativus ». Mais, sous ce nom de catarrhe suffocant, on englobait toutes les affections dans lesquelles l’asphyxie dominait la scène clinique et où existait en même temps une abondante sécrétion des muqueuses des voies respiratoires. C’est ainsi que l'asthme, l’emphysème, l’œdème pulmonaire, rentraient dans les catarrhes suffocants, Laënnec (1) restreignait le premier le sens de ce terme, en séparant, tant au point de vue clinique qu’au pointde vueanatomique, ces diftérentes affections pulmonaires et déclare que le catarrhe « suffocant n’est pas une espèce particulière mais un accident qui peut arriver dans plusieurs cas très divers », mais il spécifie clairement ce qu’il entend par catarrhe suffocant quand il désigne sous ce nom le cas de malades qui meurent suffoqués par une sécrétion muqueuse tellement
(1) Laënnec. Traité de l’'auscultation médiate, 4° édition. Andral, Paris 1837, tome I, page 241.
De
abondante que les poumons ne peuvent s'en débarrasser.
« Examiné sous ce point de vue, dit-il, le catarrhe présente une question plus étendue qu’elle ne le semble d’abord », aussi étudie-t-il tous les cas dans lesquels le catarrhe peut devenir suffocant. C’est ainsi qu’il étudie le catarrhe suffocant des vieillards, surtout fréquent en hiver et survenant à l’occasion d’un catarrhe aigu qui se greffe sur un catarrhe muqueux chronique. Il sépare nettement ces cas des œdèmes pulmonaires, du catarrhe des mourants, et surtout du catarrhe suffocant des adultes et des enfants qui n’est, dit-il, qu'une variété de phlegmorrhagie bronchique aigüe, de cette affection que Sydenham, Boerhave, Van Swieten désignaient sous le nom de péripneumonia notha et qu’on allait bientôt étudier sous le nom de bronchite capillaire.
Laënnec montra très bien que la gravité des catarrhes suffocants tenait surtout à l'étendue de l’inflammation et à sa généralisation. Andral (1) y substitua la donnée de siège à celle de l’étendue et attribua le danger de la bronchite capillaire, lasphyxie, moins à l'étendue de l’inflammation qu’à sa localisation dans les petites bronches.
Avec Rillet et Barthez, la bronchite capillaire redevient surtout un simple élément de la broncho-pneumonie et il faut arriver à un très remarquable travail de Fauvel (2) pour retrouver l’histoire clinique de catarrhe suffocant
(1) Andral. Précis d'anatomie pathologique, tome II, page 467. (2) Fauvel. S. A. Recherches sur la bronchite capillaire, purulente
et pseudo-membraneuse (catarrhe suffocant, croup bronchique) chez les enfants. Thèse, Paris 1840.