CHAPITRE DEUXIÈME L'Eglise, les Papes et la société civile
SOMMAIRE
IL. Jésus-Christ fonde une seule Eglise, chargée, non pas d'écrire, mais d’enseigner sa doctrine, — II, Saint Pierre est constitué le chef de l'Eglise, — III, Conclusions à ti. rer. — IV. Objections : a) « Aucun homme n’et infaillible. » b) « Les Papes ne sont pas héritiers des prérogatives conférées à saint Pierre, » — c) « Les mauvais Papes ne pouvaient être infaillibles, » d) « Pourquoi le Protestantisme ne serait-il Pas la vraie religion du Christ ? » — €) « L'Eglise du Christ ne Pourrait-elle pas se composer des Eglises anglicane, SréCque et romaine ? » — Y, L'Eglise est indépendante de l'Etat, — VI, L'Eglise ne doit pas être séparée de l'Etat. — VII, Relations de l'Eglise et de FEtat, — VIII, L'Eglise a le droit de prendre les moyens nécessaires pour atteindre sa fin, — IX. Chez les protestants, l'Eglise est la servante de l'Etat, - x, L'Eglise ne péut pas usurper les droits de la société civile,
ÉSUS-CHRIST à fondé une Eglise ; il en est question presque à chaque page du Nouveau Testament, Cette Eglise, qui a reçu immédiatement du Sauveur son existence et sa
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Constitution, est un’ société véritable, parfaite, spirituelle et Surnaturelle, destinée à procurer aux hommes le bonheur de la vie éternelle.
Nous Voyons, en effet, res, que Jésus con:
à établir au moyen nité de sa mission.
choisit parmi ses
Son assistance et les l
«Tout pouvoir, leur di m'a été donné au ciel énseignez toutes les du Père et du Fils
jours jusqu’à des siècles. » — Dans une autre circonstance, il leur dit : « Allez donc dans le monde entier, pré- Chez l'Evangile à toute créature : celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé, celui qui ne croira Pas, sera condamné. » __ Ailleurs il ajoute en- Core : « Comme mon Père m'a envoyé, moi, je VOUS envoie ;» puis il leur confère le Saint-Esprit avec le pouvoir de remettre et de retenir les péchés. Il leur dit qu’il leur enverra son Paraclet (son Esprit-Saint), qu'il demeurera toujours avec
eux et qu’il leur enseignera toute vérité. Pour confirmer encore davantage l'autorité et l'infaillibilité qu’il leur communique, il prononce ces paroles solennelles : « Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous méprise me méprise, et celui qui me méprise, méprise Celui qui m'a envoyé. » — “Si quelqu'un n’écoute pas l'Eglise, qu’il soit regardé comme un païen et un publicain, » Les Apôtres et leurs successeurs jusqu’à la fin des siècles ont donc reçu la mission, non pas d'écrire, mais d’enseigner les vérités révélées, et pour qu'ils s'acquittent dignement de cette fonction, pour qu’ils ne tombent jamais dans l'erreur, Jésus- Christ leur a communiqué avec son autorité l’assistance et les lumières du Saint-Esprit,
Parmi ses Apôtres Jésus-Christ choisit Simon et afin de marquer à l'avance les fonctions qu’il aurait à remplir, il lui donna le nom de Pierre. Un jour qu'il se trouvait avec ses Apôtres à Césarée de Philippe, il s’adressa à Simon qui venait de reconnaître et de confesser sa divinité et lui dit: « Tu es Pierre et sur cette pierre. je hâtirai mon Eglise et les portes de l'enfer ne prévaudront PaS Contre elle. Et je te donnerai les clefs du royai me des cieux et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délicras
Sur la terre sera délié dans le ciel. » Voilà donc Simon Pierre qui, en récompense de sa profession de foi, deviendra Ja pierre fondamentale, la base de l'Eglise infaillible du Christ, le rocher inébranlable contre lequel viendront se briser im- Puissants tous les efforts de l'enfer. Pierre sera tellement solide dans la foi, tellement affermi dans la vérité, que l'Eglise, qui est le royaume de la vérité ici-bas et qui repose sur Pierre, ne chancellera pas un instant, en dépit de la lutte acharnée que lui feront les puissances des ténèbres, les suppôts de l'erreur. De Plus, Jésus lui confère le pouvoir des -lefs dans son Eglise, c’est.à-dire une autorité suprême, une juridiction universelle et indépendante, afin qu'il puisse, conformément à sa divine volonté, lier et délier sur la terre, ou en d'autres termes faire des lois, les abroger, rendre des jugements, infliger des peines aux coupables, en un mot, employer tous les moyens nécessaires au bon gouvernement de la grande société chrétienne. Dans le langage des anciens, donner à quelqu’un les clefs d’une maison, d’une ville ou d’un royaume, c'était le constituer maître suprême dans cette maison, cette ville ou ce royaume. Remarquons de suite que c'est Pierre seul qui reçoit cette dignité de chef de l'Eglise et qu'il la reçoit ni des fidèles, ni des Apôtres, mais de Jésus-Christ lui-même. Ainsi en sera-t-il de ses
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Successeurs sur le siège de Rome : leur autorité °* leur infaillibilité ne dépendront ni des fidèles, NI Les évêques, mais de Dieu même.
Dans une autre circonstance, le Sauveur annonce à Pierre que les épreuves les plus terribles vont bientôt fondre sur les Apôtres et qu’ils seront criblés comme le froment, mais il ajoute : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point et toi, à ton tour, confirme tes frères. » La foi de Pierre, grâce à la prière de Jésus, ne saurait donc défaillir : en d’autres termes, elle sera inébranlable et ainsi il Pourra affermir ses frères, les chrétiens, dans la foi.
Enfin, après sa résurrection, le Sauveur demande par trois fois à saint Pierre s'il l'aime plus que les autres Apôtres qui étaient avec lui, et il en re- Soit toujours la même réponse : « Seigneur, vous savez que je vous aime. » Et Jésus répond à chacune de ses protestations en lui disant: « Pais mes agneaux, paix mes brebis. » Evidemment le Sauveur confiait à saint Pierre la charge de paître tout son troupeau, C'est-à-dire de gouverner avec autorité toute son Eglise, Apôtres et fidèles, et de Pourvoir, en pasteur vigilant, à ce que ce troupeau Chéri ne manquât jamais de Ja nourriture qui lui convient, ou de Ja vérité et de la saine doctrine qu'il a révélée au monde. Donc encore une fois, autorité souveraine sur l'Eglise universelle,
CATÉCHISME DE CONTROVERSE 25 autorité conférée immédiatement par Dieu: voilà la magnifique prérogative dont il a plu à Dieu d'investir le grand Apôtre. Donc aussi infaillibilité de Pierre ; il ne peut pas enseigner l'erreur, car il s'ensuivrait que Dieu, lui ayant donné l'autorité sur tous les chrétiens et ayant par conséquent imposé à ceux-ci l'obligation d’obéir, permettrait par là même à Pierre ju à ses successeurs sur le siège de Rome, d'enseigner l'erreur ou d’assassiner le troupeau par une nourriture malsaine, et obligerait les fidèles à suivre aveuglément leur chef jusqu’au fond du précipice. Cette conclusion est absurde et répugne évidemment à l'infinie bonté
de Jésus qui est venu sur la terre Pour enseigner la vérité et pour sauver les hommes rachetés au prix de son sang,
Il résulte de là 1° que Pierre et les souverains Pontifes, ses successeurs, sont la base nécessaire de l'Eglise, les pasteurs suprêmes de tout le troupeau du Christ, les confirmateurs de leurs frères dans la foi ; 2° qu’ils ont reçu du Sauveur une juridiction immédiate sur tous les chrétiens, quelle que soit leur dignité; 3° que leur autorité ne dépend que de Dieu et est indépendante par conséquent de tout pouvoir humain, indépendante de l'autorité civile, indépendante même de l'autorité
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des évêques qui leur doivent obéissance ; 4° que l'Eglise, telle que fondée par Jésus-Christ, est une monarchie véritable, Puisque le pouvoir suprême y est confié Premièrement et essentiellement à une seule Personne qui est Pierre ou l’un de ses Successeurs ; 5° qu'il faut bien distinguer
l'Eglise enseignante,
nts de ses pasteurs ; 6° que le Pape, seul et en dehors du Consentement des évêques, est infaillible (de la même manière que les évêques réunis en concile sous la présidence du Pape), chaque fois qu’il parle ex cathedra, c'est-à-dire Comme pasteur et docteur de tous les chrétiens, et qu’il définit qu’une doctrine est révélée et doit être crue par tous les fidèles ; 7° que Pierre et ses SuCCesseurs sont destinés par le Sauveur à -onserver dans l'Eglise la saine doctrine et À produire l'unité parfaite de foi et de communion entre les fidèles au moyen de l'unité de gouvernement sous une autorité infaillible : leur rôle est celui de la pierre fondamentale qui maintient l'unité et la solidité de l'édifice, celui du pasteur qui conduit toutes ses brebis à un même bercail, celui du Souverain qui a reçu les clefs de la Capitale ou du royaume et qui produit l'unité nationale. Ces conséquences qui
découlent nécessairement des Paroles du Sauveur ont été ouvertement répudiées Par le protestantisme,
OJecrion,. a) — « C'est une impiété, s’écriait dernièrement un Protestant, membre de je ne sais quelle secte, c’est une impiété et un blasphè. me que de dire qu’un homme, Pape ou autre, Peut être infaillible, Ne sait-on pas que tout homme est sujet à l'erreur ? I] faut être arrivé aux dernières extravagances de l'orgueil pour s’attribuer l'infaillibilité, ,
RÉPONSE, — Sans doute, c'est folie de croire qu'un homme Puisse être infaillible Lar lui-même el sans l'assistance de Dieu ; mais si cette assis.
— Pour la Bible et qui roles qu’elle contient que David, est les Evangé.
listes, vains sacrés es ? Oui, sans aucun doute.
Estce qu'ils n'étaient Pas infaillibles lorsqu'ils
écrivaient les sublimes enseignements renfermés . dans votre Bible ? Oui, encore. Est-ce qu’ils ont Pu $e tromper et vous jeter dans l'erreur? Non, certes ; car alors vous n’auriez pas plus de respect Pour leurs paroles que pour celles‘du Roi ou de tout autre Personnage honnête. Mais s'ils étaient infaillibles en écrivant ces livres, à qui le devaientils? À Dieu, sans doute, puisque la Bible, même selon vous, renferme la parole de Dieu, Si donc ces écrivains sacrés, qui n'étaient que des hommes ordinaires, ont Pu ne dire que la vérité, grâce à l'inspiration divine, Pourquoi les Papes ne pourraient-ils pas, en vertu de l'assistance du Saint- Esprit, posséder le privilège de ne jamais ensei. gnér, comme Papes, une erreur quelconque en matière de doctrine révélée? Ilya égale possibi. lité dans les deux cas. Or Dieu a promis d’être avec son Eglise jusqu’à la fin des siècles ; il lui a Promis son Esprit-Saint Pour enseigner toute vé. rité et il a prié Pour que la foi de Pierre ne dé. faille jamais. Oserez-vous soutenir que la prière du Sauveur n’a pas obtenu son effet? Vous n’auriez pas le Courage de le dire. Il vous faut donc reconnaître que les Papes peuvent, avec le secours de Dieu, ne jamais enseigner l'erreur et être en réalité infaillibles.
OrJEcrIoN. b) « — Pour que cette conclusion
fût vraie, il faudrait, répliqua.t-il, que les promesses
de Jésus-Christ eussent été faites non seulement aux Apôtres et à saint Pierre, mais encore à leurs successeurs: ce qui ne pourra jamais être prouvé. »
RÉPONSE. — Il est facile, au contraire, de démontrer que les promesses du Sauveur ont été faites pour toujours : Jésus promet, en effet, d’être avec ses Apôtres /usyu’à la fin des siècles ; il leur répète plusieurs fois que le Saint-Esprit demeurera foujours (in æternum) avec eux pour leur enseigner toute vérité ; il affirme que les portes de l'enfer xe prévaudront Jamais contre son Eglise qui est bâtie sur Pierre. Il est évident que Jésus- Christ fondait une Eglise qui devait durer aussi longtemps qu'il y aurait des hommes à sauver, c’est-à-dire jusqu’à la fin du monde ; ses promesses d'assistance s’étendaient donc de la même manière jusqu’à la consommation des siècles et Par conséquent elles ne pouvaient se restreindre à saint Pierre et aux Apôtres personnellement, puisqu'ils devaient bientôt mourir, mais elles comprenaient nécessairement tous ceux qui devaient leur succéder dans les mêmes fonctions. Aussi telle a été la croyance constante de l'Eglise universelle jusqu’à la naissance de votre fausse Réforme au seizième siècle.
OBJECTION. c) —-«A d’autres vous ferez admettre l'infaillibilité des P5es, répliqua ce protestant.
30 CATÉCHISME DE CONTROVERSE Pour moi, jamais je ne pourrai croire que des hommes Pérvers, corrompus, comme l'ont été certains Papes, aient été infaillibles. »
RÉPONSE. — Vous pensez avoir trouvé un argument irréfutable, mais vous vous trompez étrangement. Vous confondez l’infaillibilité et l'impeccabilité : deux choses Pourtant bien différentes. Et d’abord disons de suite que vous exagérez affreusement les vices des Papes: si vous étudiiez l’histoire ailleurs que dans les auteurs qui son: hostiles au catholicisme, vous verriez de suite que ces Papes, considérés par Vous Comme si criminels, sont encore infiniment supérieurs dans leur conduite morale à tous vos grands réformateurs du seizième siècle et peuvent leur servir de modèles. De Plus, en supposant même que tout ce que vous rapportez sur leur compte fût vrai, il ne s’ensuivrait encore rien contre leur infaillibilité. Vous semblez ne pas com- Prendre qu'un même homme puisse être en même temps pécheur et infaillible. Mais, dites-moi, com- Prenez-vous qu’un homme puisse être excellent professeur de littérature ou de mathématiques, ne jamais enseigner d’erreur sur ces matières à ses élèves et cependant être un homme scandaleux et corrompu? Son enseignement et sa conduite privée sont deux choses bien différentes : comme professeur, il peut être toujours dans le vrai, et
comme individu être Cependant très pervers ; il sera professeur infaillible et toutefois grand pécheur. Ainsi en est-il des Souverains Pontifes : ils sont à la fois hommes et chefs de l'Eglise, Comme hommes, comme particuliers, ils sont Soumis aux mêmes misères que les autres hommes; ils peuvent être pécheurs ou justes, mé- Chants ou édifiants comme les autres. Comme chefs de l'Eglise ou comme Papes, ils ont le privilège de ne jamais enseigner l'erreur en matière de doctrine révélée : ce privilège, ils le doivent non pas à leurs propres forces, mais à l'assistance particulière que leur communique le Saint Esprit. L’infaillibilité est donc chose bien distincte de l'impeccabilité.
OBJECTION. d)—« Je comprends votre distinction, répond le Protestant, mais vous partez d’un faux principe. Vous Supposez toujours que saint Pierre est plus grand que les autres Apôtres, qu’il est la pierre fondamentale de l'Eglise du Christ. Or ceci est faux ; Car tous les Apôtres ont reçu la même mission qui est d'enseigner les nations, le même Pouvoir qui e.t de lier et de délier, de remettre et de retenir les péchés. En outre saint Paul dit expressément que la pierre angulaire de l’Eglise, c’est Jésus-Christ ; il dit encore que les fidèles sont édifiés sur le fondement des Apôtres et des Prophètes: ce qui est en
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contradiction évidente de la doctrine catholique. »
RÉPONSE, — Sans doute, si vous considérez saint Pierre comme Apôtre, il est égal aux autres ; à ce titre il pouvait prêcher l'Evangile partout, fonder des églises, ordonner des prêtres et des évêques, etc. Mais saint Pierre n’était pas seulernent Apôtre, il était Pasteur de tout le troupeau Gu Christou chef de l'Eglise universelle ; il avait la plénitude du Pouvoir et de la juridiction ; il était chargé de confirmer ses frères dans la foi ; les autres Apôtres lui étaient même subordonnés: ces fonctions sont celles du souverain pontificat et elles n’appartenaient qu’à saint Pierre.
L’Apôtre saint Paul dit que Jésus-Christ est la pierre angulaire de l'Eglise. C’est vrai, et nous, catholiques, nous disons la même chose. En effet, nous reconnaissons que Jésus-Christ est le chef invisible de l'Eglise, qu'ii la dirige par sa grâce et par ses opérations surnaturelles ; nous reconnaissons que c’est Jésus qui communique à saint Pierre sa dignité de chef visible de l'Eglise, son autorité suprême et son infaillibilité ; sans Jésus, saint Pierre ne serait rien ; il ne serait qu’un homme faible, tremblant à la voix d'une servante et reniant son divin Maître. Mais appuyé sur le Sauveur et ses promesses, il devient fort ; sa foi sera toujours inébranlable et les Papes, ses successeurs, hériteront de ses prérogatives.
Lorsque saint Paul parle des fidèles qui sont édifiés sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, il entend la doctrine enseignée par eux dans l’Ancien et le Nouveau T estament, et voilà tout. En cela, il n’y a rien que les catholiques ne soient prêts à admettre immédiatement, puisque c'est cette doctrine divine que saint Pierre et ses SuCCesseurs ont mission de conserver intacte.
OBjecrion. e) — Soit, repartit le protestant, mais comment démontrer que l'Eglise Romaine est la vraie Eglise du Christ? Pourquoi les diffé. rentes communions Protestantes, qui ont réformé les abus de l'Eglise de Rome, ne seraient-elles pas plutôt la véritable Eglise? Les catholiques ont la bonhomie de se croire seuls en possession de la vérité, et tout homme qui ne pense pas comme eux est relégué parmi les hérétiques. Je suis loin de partager leur avis. »
RÉPONSE. — Je ne l'ignore pas, mais si nous vous reléguons parmi les hérétiques, c’est que nous avons des raisons convaincantes pour en agir ainsi. Ce n’est ni le Caprice, ni l’ostentation qui sont le mobile de notre conduite, mais une persuasion bien motivée : c’est que l’Église catholique possède, elle seule, toutes les notes, tous les caractères de l’ Eglise du Christ,
Un fait arrivé en Angleterre, il y a quelques années, vous fera Comprendre la vérité de mes
paroles. Un jeune homme, issu d’une noble famille anglaise, était attaché à la secte des ritualistes. Il ne manquait pas de piété, avait une conduite régulière et désirait sincèrement suivre la voie de la vérité, Partout où il la trouverait, Un jour qu'il revenait tranquillement du château d’un de ses amis à celui de son père, il fut arrêté sur le chemin comme un autre Saul sur la route de Damas. Il fut tellement pénétré des paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : « 74 es Pierre et sur celte pierre je bâtirai :non Æglise, » qu'il s'arrêta tout court et fut, pour ainsi dire, forcé par une puissance invisible de les méditer sérieusement. Jésus-Christ, se dit.ilà lui-même, fonde son Eglise ; il en fonde wre seule et non pas plusieurs ; il la fonde sur Pierre et il promet qu’elle résistera à toutes les attaques de l'enfer, c’est à-dire qu'elle ne tombera jamais dans l'erreur. Mais nous, protestants, nous avons des centaines d’églises ou de sectes dont les doctrines diffèrent ; toutes sé proclament infaillibles et aucune d’elles ne se regarde comme bâtie sur Pierre ou appuyée sur ses successeurs. Pourtant Jésus-Christ a mis Pierre à la base de son Eglise: il en a fait le fondement. Comment pouvons-nous nous flatter d’être dans la vraie Eglise, lorsque nous ne reconnaissons l'autorité ni de Pierre, ni de ses successeurs ? Nous sommes donc en dehors de la base divine que le
Sauveur à donnée à son Eglise ; nos ritualistes et tous les protestants ne s'appuient que sur un fondement humain, et Par conséquent nous ne sommes pas dans la vraie Eglise ; nous pouvons être ballotés à tout vent de doctrine, comme l'expérience en démontre tous les jours la triste réalité.
D'ailleurs Jésus-Christ ne parle toujours que d’une seule Eglise et dans cette Eglise il veut qu'il y ait wuité parfaite dans la Joi, dans la croyance, dans le gouvernement ; il la compare au corps humain dont les membres sont intimement unis
entre eux, au troupeau qui est soumis à un seul Pasteur, au royaume qui obéit à un souverain, à
la famille dont les membres reconnaissent l’autorité du père ; il exige que tous croient la doctrine enseignée par les Apôtres sous peine d’être condamnés, et qu’ils les écoutent comme ils l’écouteraient lui-même; cette Eglise doit être /4 même dans fous les pays du monde ; elle doit produire des saints, puisque c’est là son but ; elle doittirer Son origine des Apôtres mêmes.
Je vois bien cette unité dans l'Eglise Romaine, qui obéit à un seul chef, le Pape, qui professe la même foi sur tous les coins du globe, qui enfante chaque jour des prodiges de sainteté et qui remonte évidemment jusqu'aux Apôtres par une succession non interrompue de basteurs: tous les caractères de la véritable Eglise du Christ se
manifestent en elle avec clarté ; elle est visible, Mais j'ai beau chercher depuis longtemps, je ne trouve rien de semblable dans le protestantisme . il y a presque autant de religions que d'individus E les sectes se multiplient, se subdivisent chaque jour. Toutes Prétendent avoir raison et être la vraie Eglise ; qui décidera la question ? Nous ne reconnaissons aucun tribunal infaillible ; nous ne voyons Partout que des hommes sujets à l'erreur: comment l'unité pourrait-elle jaillir de ce chaos, de cette diversité infinie d'opinions, sans une autorité qui s'impose à tout le monde? Impossible, absolument impossible, — Et où sont nos saints Protestants ? Je n’en vois nulle Part. — En outre, il nous serait bien difficile de remonter jusqu'aux Apôtres ; notre Protéstantisme date de Luther et de Calvin ; et encore quels sont parmi nous ceux qui ont conservé les doctrines de ces réformateurs? Bien peu assurément. Nous ne sommes que d’hier. :
Telles furent les réflexions profondes que faisait ce jeune homme sur le chemin ; les brillantes clartés de la lune semblaient illuminer son âme et l'inviter à faire un dernier sacrifice pour entrer en possession de la vérité. Il n’hésita pas un instant : il promit à Dieu de se faire catholique. Le lendemain, il se rendait à Londres et demandait au cardinal Manning de vouloir bien compléter
CATÉCHISME DE CO \TROVERSE Ori son instruction religieuse et l'admettre dans le sein de l'Eglise Romaine.
L'année suivante il se rendit à Rome, y étudia la théologie et fut ordonné prêtre.
Je vous invite, Monsieur, continua le catholique, à peser sérieusement les raisons qui ont amené la conversion de ce jeune homme ; elles Vous paraitront tellement fortes, tellement solides que vous ne serez plus étonné de vous trouver au nombre des hérétiques, et que vous ne pourrez Pas, sans mauvaise volonté, vous empêcher de devenir sinon prêtre, du moins catholique.
— « Monsieur, lui dit le Protestant, je vois que VOS arguments méritent, au moins, sérieuse considération. Le fait est que chez nous l'unité de croyance est impossible ; chacun se forme sa religion et sa foi comme bon lui semble et personne n'a rien à dire ; évêques, ministres, tous doivent reconnaître à chaque individu le droit de penser autrement qu'eux en matière religieuse et même de devenir athée ou catholique romain, si cela lui plaît ; il n'y a aucune autorité qui puisse lui dire d’une manière absolue: Vous vous trompez certainement ; vous êtes dans | erreur ; Car pour parler avec cette assurance, il faut compter sur les Promesses divines et être sûr d’avoir avec soi la vérité. — »
«Un autre fait que jai constaté, c’est qu'il y
a en Angleterre un immense mouvernent vers le catholicisme au sein de la classe la plus élevée, la plus morale, la plus instruite, la plus versée dans la connaissance de l'antiquité chrétienne et des écrits des Pères de l'Eglise, Je ne puis m’empêcher de constater le retour de l'Angleterre au catholicisme dans les hommes les plus distingués, tels que Newman, Faber, Manning et une foule d’autres. Pour vous dire toute ma pensée, je suis Convaincu que ce mouvement catholique serait encore beaucoup plus considérable si les liens de la famille, les circonstances de position sociale et de fortune matérielle, l'orgueil et les autres passions n’en retenaient un bon nombre au sein du protestantisme. » ,
— Je n'aurais pas osé, jui répondit le cat'olique, vous exprimer cette pensée, dans la crainte de vous blesser, mais puisque vous êtes le premier à reconnaître ces faits, je vous avouerai que je suis complètement de votre avis. J’ose même espérer que dans cent ans plus de la moitié de Vos compatriotes anglais seront catholiques ; le reste sera devenu, malheureusement, rationaliste ; le véritable protestantisme n'existera guère que de nom et dans le souvenir des hommes.
OBJECTION. f) — « Que pensez-vous, reprit ce même protestant, de l'opinion de ceux qui prétendent que l'Eglise anglicane, l'Eglise grecque
et l'Eglise romaine ne sont que trois branches de la vraie Eglise du Christ et qu'on peut faire son salut dans l’une comme dans l’autre, attendu que chacune d'elles a conservé la foi dans les articles fondamentaux du christianisme ? »
— Je pense, répondit je catholique, qu'ils sont dans une erreur profonde, et voici Pourquoi, 1° Il ne peut pas y avoir une seule société, une seule Eglise, là où se trouvent trois autorités suprêmes et indépendantes l’une de l’autre, telles que le Pape, le Czar de Russie, le Roi d'Angleterre : vous avez là trois Eglises différentes qui reconnaissent chacune leur chef particulier. Or Jésus- Christ a fondé une seule Eglise, à la tête de laquelle il a placé un seul chef, saint Pierre, avec les fonctions de Pasteur de tout son troupeau, Donc l'Eglise anglicane et l'Eglise grecque qui ne veulent pas reconnaître l'autorité du Pape, successeur de saint Pierre, ne Peuvent en aucune manière être des rameaux vivants de l'Eglise du Christ ; elles ne reposent plus sur la base inébranlable que le Sauveur a donnée à son Eglise et par conséquent elles n’habitent plus dans cette arche sainte qui est destinée à sauver les hommes du déluge de maux et d'erreurs qui envahissent le monde. 2° Cette opinion repose sur une prétendue distinction entre les articles fondamentaux et les articles non fondamentaux. Cette distinction
ést d'origine moderne et n’a aucun fondement solide, En effet, jamais les protestants n'ont pu s'entendre sur ce que l’on devait désigner par articles fondamentaux ; Sur ce sujet, comme sur tous les autres, il Y 4 Eu autant d'opinions contradictoires que d'individus, et comme aucune autrrité ne pouvait intervenir pour régler la question, on est demeuré dans un véritable chaos. Les anglicans prétendent avoir conservé suffisamment les principaux articles de foi Pour pouvoir être considérés comme une branche de la vraie Eglise : les Grecs et les catholiques le nient. A leur tour, les Grecs manifestent la même prétention : les catholiques Ja Tépoussent, parce que les Grecs ne reconnaissent pas l'autorité du Souverain Pontife,
La raison en est bien simple, c’est que Jésus- Christ n’a donné à son Eglise qu'un seul chef suprême, qui est le Pape,
Ce protestant finit Par reconnaitre qu'après tout les idées des catholiques sur la constitution de l'Eglise n'étaient pas si futiles qu'il se l'était d’abord figuré ; il Promit de les examiner sérieusement et d’embrasser le catholicisme s’il arrivait À se Convaincre que là se trouve la vérité.
L'Eglise étant une société parfaite et complète qui tient ses droits immédiatement de son
divin Fondateur, ne relève que de ses propres lois et est tout à fait indépendante et distincte des pouvoirs civils auxquels elle est supérieure par son origine directement divine, puisqu'elle est l'œuvre personnelle de Dieu — par sa fin qui est de conduire les hommes à la possession éternelle de Dieu dans le ciel — et Par son objet qui est de Conserver intacte toute la doctrine qu'il a plu à Dieu de révéler aux hommes.
Bien que l'Eglise soit distincte de l'Etat, elle ne doit pas cependant en être séparée. Les
deux pouvoirs, spirituel et temporel, doivent agir de concert pour Procurer, l’un la félicité éternelle de tous les hommes, l’autre la prospérité terrestre des sujets ; ils doivent se respecter mutuellement et se prêter secours : cette protection mutuelle les affermit tous deux et contribue au bonheur public.
L'Eglise étant une société supérieure à l'Etat ou à la société civile, cette dernière ne doit poser aucun acte qui tourne au détriment de l'Eglise, Ou qui soit contraire aux lois de Dieu ou de l'Eglise ; elle est même tenue de lui prêter assistance lorsque celle-ci l'exige, comme par exemple, Pour réprimer le mal et la diffusion de l'erreur
qui corrompent la société ; en d’autres termes J’Etat est subordonné À l'Eglise négativement et Positivement, suivant l'expression du cinquième concile de Québec. Mais cette subordination est seulement sndrecte, c’est-à-dire que l'Eglise ne Peut pas intervenir dans l’action de l'Etat, lorsque celui-ci se renferme dans le cercle des affaires temporelles et séculières et qu’il ne porte aucune atteinte à la loi naturelle, à Ja loi positive divine ou aux droits de l'Eglise et de la conscience ; car c’est l'Etat et non pas l'Eglise qui a pour but de réaliser le bonheur temporel des peuples.
L'Eglise étant une société parfaite et complète a le droit de prendre les moyens nécessaires Pour atteindre sa fin ; elle doit exercer sans entrave son action bienfaisante sur l’homme tout entier. Elle doit par conséquent posséder une liberté complète dans sa vie intime et dans son action extérieure ; elle doit être libre dans son enseignement, dans tout ce qui concerne l’administration des Sacrements, dans son culte, dans ses rapports avec le souverain Pontife ou avec les fidèles, libre de célébrer des conciles, libre dans la formation de ses ministres au moyen des séminaires, libre dans l'érection des sièges épiscopaux ainsi que dans le choix des évêques et des prêtres,
libre dans ses ordres religieux, libre d'acquérir des biens et de les Posséder, libre dans sa législation et dans la Promulgation de ses lois, etc. etc. L'Eglise doit atteindre sa fin ; elle a, par conséquent, le droit de Prendre les moyens qu’elle juge nécessaires ou utiles à cet effet. « Le Christ, dit saint Anselme de Cantorbéry, n'aime rien plus au monde que la liberté de l'Eglise ; il veut que son Epouse soit libre et non esclave. »
Il est évident que le protestantisme à perverti les saines notions que l’on doit avoir de l'Eglise du Christ, Puisque dans tous les pays où il existe, elle est devenue l’humble servante de PEtat qui lui Commande en maître et lui dicte des lois. Le Protestantisme naître l'autorité du Pape, du Chef légitime que Jésus-Christ a donné à son Eglise ; il en est réduit à passer par les Caprices ou la volonté changeante d’un homme ou d’une femme, qui ont bien, il est vrai, le droit de gouverner dans les choses temporelles, mais qui n’ont reçu aucune mission, aucune autorité dans le domaine spirituel. Il s’est insurgé contre l’infaillibilité de l'Eglise enseignante ou du souverain Pontife, et il a placé cette infaillibilité dans la faible raison de chaque individu ou dans. celle des souverains temporels,
L'Eglise ne peut pas usurper les droits de la société civile, ni étendre les limites de son pouvoir aux dépens de cette dernière, car ce serait supposer qu’elle peut tomber dans l'erreur et y induire les fidèles. Or, nous savons que les Papes, parlant ex cathedra, et les conciles généraux (présidés par les Papes) sont infaillibles et ne peuvent ni se tromper, ni nous tromper : c’est ce que nous entendons ici, en disant que l'Eglise ne peut jamais usurper les droits d’une autre société, Nous admettons bien volontiers qu’il y a eu et qu’il peut y avoir des abus de pouvoir particuliers ou locaux f
mais il est toujours possible d'y remédier en re- Courant au tribunal suprême, à Rome. Là on est sûr d'obtenir justice et il sera facile de faire rentrer dans les limites de leur domaine ceux qui auraient eu la témérité d’en sortir.