CHAPITRE TROISIÈME
La Bible et la Tradition
SOMMAIRE
L. Respect des catholiques pour la Sainte Ecriture. — II. La parole de Dieu est contenue non seulement dans la Bible, mais dans la Traditio:. — III. L'Eglise est chargée de conserver Ja Tradition, comme la Bible. — IV. Les Protestants sont incapables de démontrer a ) Que la Bible est un livre divin ; b) Que tels livres de la Bible ont été divinement inspirés et non pas d’autres ; c) L'autorité humaine ne doit pas être mise au-dessus de l'autorité divine; l'Eglise n'invente pas, elle constate 3 d) Prétendue clarté de la Bible ; .e) La parole de Dieu n’est Pas toute contenue dans la Bible, mais aussi dans la Tradition ; f) La Sainte Ecriture n'est pas la règle prochaine de notre foi ; g/ Conclusion : écouter l’Eglise qui est chargée de prêcher l'Evangile.
era catholique professe Pour la Bible la plus profonde vénération ; elle la considère comme la parole de Dieu, comme l'expression de
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vérités qu'il a plu au ciel de manifester aux hommes. Bien que ce ne soit pas Dieu qui ait écrit directement les livres qui composent la Bible ou la Sainte Ecriture, cependant nous croyons que c'est Dieu lui-même quia inspiré les écrivains sacrés, qui a illuminé leurs intelligences et agi sur leurs volontés et qui leur a déterminé les doctrines et les faits qu’ils devaient communiquer au monde par ce moyen, Nous croyons donc fermement que Dieu est l’auteur principal de la Bible, c'est-à-dire des Quarante-cinq livres de l'Ancien Testament et des vingt sept du Nouveau Testament, et que les écrivains inspirés n’ont été que des instruments intelligents et libres dans la main de Dieu.
Notre respect pour ce iivre divin est si grand que nous ne voudrions pas en retrancher une seule pensée, ni même y changer sciemment une seule expression. Quand nous liscas l'Evangile à la Messe, tout le peuple se tient debout comme Pour protester de sa foi aux enseignements célestes qu'il renferme. Que de saints personnages lisent la Bibie tous les jours et à genoux en témoignage de respect pour la parole de Dieu ! Et les prêtres catholiques, récitant leur Bréviaire et célé. brant le sacrifice de la Messe, ne parcourent.ils pas tous les jours avec piété une partie de la Sainte Ecriture !
CATÉCHISMNE DE CONTROVERSE
La parole de Dieu n’est Pas contenue seulement dans la Bible, elle se trouve encore dans la Tradition. La Tradition, comprise dans le sens dont il est ici question, c’est cette partie de la doctrine révélée, qui n’est aucunement renfermée OU pas assez clairement exprimée dans la Sainte Ecriture ; cette doctrine se conserve dans les écrits des Pères de l'Eglise, dans les décrets des conciles, dans les monuments chrétiens, dans les Actes des martyrs, etc. et est confiée, comme la Bible elle-même, à la garde de l'Eglise enseignante qui est toujours assistée de lEsprit-Saint. La parole de Dieu est donc ou écrite (la Bible) ou non écrite (la Tradition) ; dans les deux cas elle mérite également notre vénération, puisqu'elle est toujours pour nous l'expression de la volonté divine à laquelle tou créature raisonnable est tenue de se soumettre.
Cette parole de Dieu, écrite ou non écrite, est le précieux trésor contié aux Apôtres et à leurs successeurs. (est à eux qu'il a été ordonné d’enseigner toutes les nations, . et de leur apprendre à observer fout ce qu'il a commandé. Afin qu’ils puissent s'acquitter convenablement de leur auguste
fonction, le Sauveur leur promet d’être avec eux jusqu'à la consommation des siècles ; il leur envoie son Esprit-Saint pour leur enseigner toute véritéet pour demeurer toujours avec eux. Ces magnifiques promesses s'étendent à /oufe la doctrine révélée, qu’ils doivent garder intacte et préserver de toute altération ; du moment que des hommes téméraires et impies interprètent mal cette doctrine, cherchent à en retrancher quelque partie ou la corrompent en quelque manière, l'Eglise enseignante est strictement obligée de rectifier ce qu’il y a de faux et de proscrire l’erreur qui est toujours si funeste aux âmes ; c’est à elle que nous devons recourir pour savoir quels sont les livres qui doivent faire partie de la Bible ou qui ont Dieu pour auteur, et quelles sont les traditions qui nous viennent du Sauveur et des Apôtres. Ecouter les enseignements de l'Eglise, c’est écouter Jésus-Christ lui-même ; les mépriser, C’est mépriser Jésus-Christ et son Père céleste qui l'a envoyé, c’est se mettre au rang des païens et des publicains. Voilà, en résumé, la doctrine catholique sur la Bible et sur la Tradition.
Les protestants ne veulent ni de la Tradition, ni de l'Eglise ; ils n’admettent que la Bible, interprétée par chaque individu. Les principales difficultés
qu'ils font aux catholiques sur cette question, se trouvent presque toutes réunies dans une conversation que j'eus un jour avec un colporteur de Bibles, homme d’un grand zèle religieux. Il m'offrait en vente une Bible, richement reliée, et dorée sur tranche.
a) « Achetez donc, me ditil, ce joli volume Ë vous ne devez pas avoir peur de la parole de Dieu qu’il renferme. »
— Qui vous assure, lui répondis-je, que ce volume contient la parole de Dieu ? Qu'en savezvous? Dieu vous a-til envoyé quelqu'un pour vous porter cette Bible et vous affirmer que c’est sa doctrine que l’on y trouve ? —
« Oh! non, reprit mon colporteur, mais Luther, Calvin, Knox, Wesley et tous nos grands réformateurs ont unanimement enseigné que la Bible contient toute la parole de Dieu et seulement la parole de Dieu aux hommes. Leurs prédécesseurs croyaient la même chose et avec raison, puisque la doctrine de la Bible est si sainte, si sublime, si supérieure à celle de tous les grands philosophes de l'antiquité, qu'un Dieu seul peut en être l’auteur. C’est ce qui a fait conclure à tous les Protestants que la Bible est un livre divin, un code de lois que Dieu lui-même a donné au monde. »
b) — Fort bien, lui répliquai-je, mais la Bible
n’est pas tombée du ciel entre les mains de Luther et de vos autres réformateurs ; ils l'ont reçue de l'Eglise Romaine dont ils sont séparés. Or cette Eglise, d’après l’idée fausse qu'ils s’en formaient, était depuis longtemps un foyer de corruption, d’erreurs et de ridicules superstitions. S’il en était ainsi, qui pourrait dire tous les changements, toutes les transformations qu'ellez dû faire subir à votre Bible? Ce ne doit plus être qu’une ombre pâle de la parole de Dieu !
Vous trouvez que la doctrine des Ecritures est sainte et sublime; c’est très vrai. Mais n'y at-il pas une foule de livres que vous ne regardez Pas comme divins, qui ne sont pas dans la Bible, et dont la doctrine est aussi sainte, aussi édifiante que celle qui est énoncée dans les différents livres de l’Ecriture ? Voyez, par exemple, les admirables écrits des anciens Pères de l'Eglise ou l’/witation de Jésus-Christ, et je suis bien convaincu que vous les trouverez plus édifiants, plus onctueux que le Livre des Vombres ou l’Apocalypse. Vous n'êtes donc pas capable de me démontrer clairement que votre Bible contient la parole de Dieu ou bien seulement la parole de certains hommes ; il vous est également impossible de me prouver qu’elle renferme tous les livres inspirés ou bien seulement une partie de ces livres. S'il me prenait fantaisie d'affirmer que l’Zmitation de Jésus-Christ
est un livre divin et de l'insérer dans la Bible, qu’auriez-vous à dire pour me réfuter? Ne serais. je pas en droit d'attribuer à ce livre les caractères qu'il vous plaît d'attribuer à d’autres ? Vous dites : le livre des Nombres a Dieu Pour auteur, parce que sa doctrine est sublime. Et moi, je dis, le livre de l’Zmitation est divin, parce que sa doctrine est plus sublime encore que celle du livre des Nomôres. Lequel de nous a raison ? Qui résoudra cette question capitale? Chez nous, l'Eglise se Prononce avec autorité et chacun se soumet volontiers à ses décisions ; chez vous, la question demeurera éternellement à l’état de problème. En examinant certaines Bibles protestantes, je vois que les livres de Tobie, de Judith, de la Sagesse et autres ne s’y trouvent pas comme dans les Bibles catholiques : quelle raison avez-vous de les en exclure? Aucune. — L'histoire nous apprend que Luther mébprisait l’épitre de saint Jacques qu’il appelait une épitre de Paille : vous, vous la Conservez dans vos Bibles : pourquoi encore cette divergence entre le vénérable père de la Réforme et les protestants modernes ? Voilà bien des questions sérieuses ; je vous défie de les résoudre. Vous êtes incapable de me dire si la Bible renferme la parole de Dieu, si elle renferme tous les livres divins, si elle n’en renferme pas de profanes, si elle n’a pas été changée, avec ie temps, dans
des choses essentielles : ce sont là autant d’énigmes, autant de problèmes insolubles Pour vous autres Protestants, qui n’admettez pas l'autorité infaillible de l'Eglise catholique. Vous croyez à la Bible sur votre Propre autorité qui est très fail. lible et personne n’est tenu de s’astreindre à croire Comme vous. Aussi vous avez Pu remarquer que les Protestants ne s'accordent Pas entre eux sur les livres qui doivent être considérés comme divins et inspirés ; tous les livres ont été tour à tour exclus de la Bible par les différents écrivains de la Réforme : sur ce point comme sur tout le reste, il leur a été impossible de s'entendre, En agissant ainsi, chacun restait dans son prétendu droit d’interpréter la Bible comme bon lui semble et d’en retrancher ce qu’il lui plait, c'est-à-dire ce qui froisse ses préjugés religieux ou contrarie ses passions mauvaises. Si vous faisiez disparaître dé votre Bible tous les livres que des Protestants érudits en ont exclus sous différents prétextes, elle serait réduite à rien : ilne vous resterait en mains que la reliure magnifique dont vous l'avez ornée.
c) « À Dieu ne plaise, reprit mon interlocuteur, à Dieu ne plaise que nous allions mettre l'autorité de l'Eglise, c’est-à-dire lautorité d'hommes ordinaires au-dessus de celle de la parole de Dieu contenue dans la Bible. Nous laissons cette manière d'agir aux catholiques. Pour nous, nous
croyons que la parole de Dieu est la vérité même et ne doit pas être soumise à celle de l’homme ; nous croyons qu’elle est suffisamment claire pour être bien comprise de tout le monde ; nous Croÿyons qu’elle est contenue tout entière dans la Bible et que tout ce que vous appelez #radition n’est qu’une pure invention humaine, une fabrique de fausses doctrines à l'usage du Pape et des évêques catholiques. »
— Avant de répondre, lui dis-je, à chacune de vos assertions, je vous répèterai de nouveau que Pour les Protestants il est absolument impossible de démontrer d’une manière certaine que la Bible contient la parole de Dieu ; Vous aurez beau faire, vous ne pourrez jamais donner une réponse satisfaisante à celui qui voudrait le nier carrément. Je répète également que vous ne pourrez jamais dire :
‘Tel livre de la Bible est #rès certainement inspiré et divin; il a Dieu Pour auteur. Cet enseignement positif ne peut se trouver que dans l'Eglise catholique, où il y a une autorité infaillible, capable de discerner toujours le vrai du faux, et la parole divine de la parole humaine.
Vous ajoutez que la parole de Dieu est Ja vérité même ;- en cela nous sommes d'accord.
Mais nous ne soumettons Pas la parole de Dieu à celle de l'homme, comme vous l'avez affirmé. Lorsque l'Eglise enseignante, par l'organe du
Souverain Pontife ou d’un concile, déclare que tel livre de la Sainte Ecriture, par exemple, celui de la Sagesse, est divin et inspiré, elle n’a pas la Prétention de lui conférer une autorité divine ; elle ne fait que constater une chose qui existait déjà et elle oblige les fidèles, en vertu de l'infailli. bilité dont elle est revêtue, à mettre ce livre au nombre des livres sacrés qui ont Dieu pour auteur : <e qui pouvait auparavant être l’objet d’un doute, devient dès lors l’objet de notre foi, puisque c’est Dieu qui a parlé Par son Eglise,
De même lorsque l'Eglise donne l'interprétation d'un texte de la Sainte Ecriture, elle ne prétend pas pouvoir le faire d’une manière arbitraire ; non, elle déclare tout simplement le sens ou l’idée que Dieu voulait exprimer dans ce texte, Ainsi lorsque le Conseil Privé d'Angleterre interprète une loi un peu équivoque, promulguée par le Souverain, personne ne songe à dire que l'autorité de ce Conseil se trouve placée au-dessus de celle de notre Roi; chacun Comprend facilement que le Conseil Privé s’est borné À fixer le sens que le Souverain attachait À cette loi. La seule différence qui’existé entre ces deux cas, c'est que le Conseil Privé, étant faillible, peut dénaturer le sens de la loi, tandis que l'Eglise, avec son infaillibilité, ne peut pas fausser le sens du teyte Sacré, —
Mais je veux vous donner un autre argument.
Quand vous lisez la Bible, vous cherchez à en Comprendre le sens et à Je fixer ; prétendez-vous Par là mettre votre autorité au-dessus de celle de la parole de Dieu ? Non, sans doute, Mais l'Eglise Catholique ne fait pas autre chose que vous; elle interprète les Livres Saints. Les hommes dont elle se sert sont versés dans la connaissance des Ecritures ; ils les ont étudiées toute leur vie : ‘Quand même ils ne seraient pas assistés de l'Es-. prit-Saint qui les préserve de l'erreur, leur inter- Prétation collective n’offrirait-elle pas encore plus de garanties "de vérité que votre interprétation particulière ? Leur science est bien aussi vaste que celle des Protestants : Pourquoi donc 5e tromperaient-ils nécessairement ?
d) Vous dites que la Bible est claire et à la portée de tout le monde. Cela est vrai pour certains textes ; nous n’avons jamais prétendu que tout fût d’une impénétrable obscurité. Cependant une bonne partie de la Sainte Ecriture échappe à l'intelligence de la masse des chrétiens ; ils sont incapables d'en saisir le véritable sens et, qui plus est, ils sont bien souvent dans l'impossibilité même de la lire. Combien de chrétiens qui n’ont jamais su lire et qui ne le sauront jamais ! Combien n’y en a-til pas qui, malgré l'instruction qu'ils ont reçue dans leur enfance, ne sont pas en état de comprendre les obscurités de la Bible! Car,
comme le dit l’apôtre saint Pierre, il y a dans les épîtres de saint Paul des endroits dificiles à com- Prendre, que des hommes fgnorants et légers détour. nent à de mauvais Sêns, ainsi que Les autres Ecri. lures, pour leur Propre perte.
En outre, si /7 Bible est claire, comme vous l'affirmez, comment se fait-il que chaque verset à reçu dans le Protestantisme, des interprétations si nombreuses et si différentes? I] y a presque autant d'opinions que d'individus sur chaque texte. Si la Bible était à la portée de tous, tout le monde lui donnerait le même sens et l’interprèterait d’une manière uniforme ; cela est évident, Si donc une foule de Personnes intelligentes, bien intentionnées, pieuses et instruites ne peuvent s’entendre sur la signification d’un grand nombre de passages de lEcriture, n’est-ce Pas une preuve Convaincante que les clartés dont on parle ne sont pas toujours brillantes ?
e) Vous ajoutez que la parole de Dieu est foute contenue dans la Bible et uniquement dans la Bible, Mais vous n'êtes Pas capable de prouver cela ; il est bien Plus facile d'affirmer une chose que de la démontrer. Quelques Apôtres seulement ont écrit et encore ne l'ontils fait que pour des circonstances particulières, pour les besoins Spéciaux d’une Eglise ou d’une personne ; rien n'indique qu'ils aient voulu consigner dans les
Ecritures toute la doctrine révélée par Jésus- Christ. L'Eglise était fondée, l'Evangile était prêché en tous lieux avant qu'un seul mot du Nouveau Testament eût été écrit. Les Epitres et les Evangiles n'ont pas été publiés tout d’un coup, mais par parties dans le cours du premier siècle ; et ils n’ont été réunis définitivement que vers le quatrième siècle. Auparavant on les lisait dans les Eglises particulières : quelques fidèles en possédaient des exemplaires, ce qui était rare; le peuple, en général, ne connaissait la religion chrétienne que par la prédication des pasteurs légitimes, par l'enseignement oral et non par lEcriture. Il y avait loin de là au protestantisme qui veut que chacun ait sa Bible, la lise soigneusement et en tire son symbole de foi; cette prétention eût été ridicule et impossible avant l'invention de l'imprimerie au quinzième siècle ; elle est encore insoutenable, même avec le progrès moderne.
D'ailleurs il est faux de dire que toute la doctrine du Sauveur est contenue dans la Bible ; je vous défie de le prouver par un texte de la Bible, Vous ne pourrez pas me le démontrer par la tradition, puisque vous la rejetez comme une fabrique de fausses doctrines. Mais si vous me le permettez, je vous ferai voir même que nous sommes tenus de croire des choses qui ne sont pas
renfermées dans la Sainte Ecriture. Ecoutez saint Paul qui écrit aux Thessaloniciens, dans sa seconde épiître (ch. II, v. 14): «C’est pourquoi, mes frères, demeurez fermes, et gardez les /radilions que vous avez apprises soit par nos discours, soit par notre lettre.» Il y a donc des doctrines qui nous sont arrivées Far la tradition seulement et non par Ecriture, et que nous devons cependant garder avec soin, Plus loin (ch. III, v. 6} il ajoute : « Nous vous ordonnons, mes frères, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de vous sé- Parer de tous nos frères qui se conduisent d’une manière déréglée, et non selon la #radition qu'ils ont reçue de nous.» Ailleurs il recommande instamment à son disciple Timothée de conserver le dépôt de la foi, d'éviter les nouveautés profanes. de paroles et les oppositions de la fausse science ; il veut qu'il prenne Pour modèle les saines Paroles qu'il a entendues de lui, qu'il les confe à son tour à des hommes fidèles qui soient eux-mêmes capables d'en instruire Les autres, Qu'il demeure Serme dans cé qu'il à appris, ete, etc (x).
Voilà qui est clair: il y a des doctrines qui sont enseignées de vive Voix, qui ne sont pas écrites et dont les Apôtres et leurs successeurs
Tim. C. VE, v. 20 ; IE Tim. CL v. 13; 0 II, v.2; c. III, v, 14,
doivent être les gardiens fidèles : en d’autres termes, il y a des traditions divines.
Vous ne voulez pas de la #radition, vous la Chargez d’anathèmes ; cependant vous l’admettez Sans trop le savoir et vous êtes même forcés de l'admettre. D'où vous vient la coutume de célébrer le dimanche, au lieu du sabbat ou du samedi dont il est toujours question dans la Bible? De la tradition. D'ou tenez-vous l'usage de baptiser les enfants et de ne Pas réitérer le baptême conféré par les hérétiques ?’ De la tradition. Qui vous. a enseigné à ne pas permettre les mariages entre proches parents? La tradition. Eh! mon cher ami, sans la tradition de l'Eglise catholique romaine, comment sauriez-vous que la Bible renferme la parole de Dieu ? Comment démontreriez-vous que tous les livres qui la composent ont Dieu pour auteur? Comment Pourriez-vous être certains que ces livres n’ont pas été notablement modifiés, augmentés ou diminués avec le cours des siècles ? La solution de chacune de ces questions devient impossible en dehors de la tradition catholique. L'Eglise Romaine seule peut vous. dire avec assurance : Je suis chargée d’enseigner à toute créature les vérités que Dieu a révélées au monde ; je les ai conservées intactes, grâce à l'assistance de J’Esprit-Saint. Ces vérités, vous les. trouverez et dans la Sainte Ecriture et dansla
Tradition ; telle édition de la Bible, d'où vous avez exclu les livres de la Sagesse, de Tobie, de Judith et autres, est incomplète ; dans telle autre version, le sens du texte sacré a été faussé ou Complètement changé; telle tradition ne vient pas de Dieu, elle renferme une erreur. L'Eglise accomplit sa mission divine, lorsqu'elle condamne vos Bibles qui faussent le sens de la parole de Dieu ou qui ne donnent qu’une partie des livres inspirés, ou encore lorsqu'elle défend la lecture de certains Ouvrages contraires à la saine morale et à la foi chrétienne: c’est à précisément la rai- Son pour laquelle elle s'oppose au colportage de vos Bibles protestantes et de vos pamphlets généralement injurieux à Ja doctrine catholique.
f) — « Mais, reprit mon adversaire, si Dieu a parlé dans la Bible, il a dû le fa:re d’une manière claire et compréhensible ; il doit désirer que sa parole écrite soit entre les mains de tout le monde ; aussi recommandait.il aux Juifs de seruder les Ecritures, d'ajouter foi aux enseignements de Moïse et des Prophètes ; il est également à présumer que Ja Bible, inspirée de Dieu, est un code complet des lois divines, et qu’en dehors de ce code il n’y a aucune autre vérité révélée.»
— Si Dieu, lui répondis-je, avait voulu faire des Ecritures la règle prochaine de notre foi, il les aurait sans aucun doute rendues tellement
claires que personne n'aurait pu en fausser le sens ; la plus grande uniformité dans l'interprétation de la Bible se serait fait remarquer partout. Mais comme Jésus-Christ a confié à son Eglise toute sa doctrine avec mission de lenseigner, de la conserver intacte et de la Propager, il s’ensuit que cette clarté lumineuse de l’Ecriture n’était pas nécessaire. Les obscurités, que les saints Pères et même les Protestants n’ont pu s'empêcher de reconnaître dans la Bible, devaient recevoir dans l'Eglise infaillible les éclaircissements et les explications convenables.
Ce que le Sauveur désire, ce n’est pas que chaque chrétien ait un exemplaire de la Bible et la lise chez lui, mais il veut que les doctrines et les enseignements donnés au monde par écrit ou autrement soient connus et mis en pratique, Or l'Eglise par le ministère de ses pasteurs instruit ses enfants des vérités renfermées dans lEcriture, et par le moyen des sacrements elle leur donne la force de pratiquer toutes les vertus chrétiennes. Le protestantisme se contente de mettre entre les mains de ses adeptes un livre, souvent obscur, que la plupart ne peuvent comprendre, une lettre morte que chacun interprète à sa guise.
Lorsque Notre-Seigneur dit aux Juifs: Vous scrutez les Æcritures, parce qu'elles rendent témot- Srage de moi, il ne les engageait pas à lire toute la
Bible, puisque les différents livres n’en étaient pas encore écrits; il ne leur donnait pas un commandement général ; il voulait tout simplement leur faire constater que les prophéties de l'Ancien Testament concernant le Messie s’appliquaient bien à lui-même et que l'étude de celles-ci les conduirait à la connaissance de celui qui était leur Rédempteur et leur Maître. Nous, catholiques, nous croyons, comme l’ordonnait Jésus- Christ, aux enseignements de Moïse et des Prophètes, mais nous n’avons pas la prétention d’interpréter ces enseignements à notre guise et autrement que l'Eglise, notre Mère.
D'après ce que j'ai déjà dit, il est évident que Notre-Seigneur ne voulait pas faire des Ecritures un code complet de la doctrine révélée, puisqu'il a établi son Eglise sans le secours de la Bible et qu’il n’a voulu, plus tard, consigner dans cette Bible qu’une partie des doctrines qu'il avait apportées aux hommes.
Vous vendez vos Bibles comme renfermant la parole de Dieu, comme étant inspirées, et vous n'êtes pas capables de le prouver. Vous prétendez qu’elles sont complètes, et cependant elles sont certainement incomplètes, attendu qu’elles ne renferment pas plusieurs livres que les Juifs eux-mêmes avaient en grande vénération, et que PEglise a toujours rangés parmi les livres divins.
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Vous affirmez que vos traductions ou versions sont bonnes ; c’est ce que vous ignorez et ce qui est faux dans bien des cas, Vous vous élevez contre la tradition et vous êtes obligés de l’admettre sous peine de renoncer à la Bible ; plusieurs de vos croyances et de vos pratiques n’ont d'autre base que la tradition.
La meilleure chose à faire Pour vous serait de détruire vos Bibles et d'écouter les enseignements de l'Eglise Catholique qui est la seule société fondée par le Christ. Cette Eglise n’a jamais défendu d’une manière générale la lecture de la Bible ; elle ne l'a défendue que Pour ceux à qui elle pouvait être nuisible, à ceux qui étaient exposés à ne pas la comprendre, à en fausser le sens et peutêtre à en déduire des erreurs très pernicieuses, car saint Augustin affirmait déjà de son temps que les hérésies sont nées des Ecritures qui, tout en étant Bonnes en elles-mêmes, ne sont Das bien comprises. Rappelez-vous, de plus, que la Bible n’est pas essentielle comme l'Eglise : Jésus-Christ n’a rien écrit, il a prêché ; il a ordonné à ses Apôtres non pas d'écrire, mais d'annoncer son Evangile aux peuples par l'enseignement oral, et de fait quelques Apôtres seulement ont écrit. Plus tard, nous voyons la société chrétienne grandir, embrasser la plupart des peuples de la terre, èt cependant la Bible est relativement très peu répandue et peu
lue par les fidèles. Le christianisme pouvait donc se développer à l'aise dans le monde sans le se. cours de la Bible; soyer sûr qu’il se conservera et demeurera très vivace sans la diffusion de vos Bibles.
Le malheureux colporteur s’éloigna de moi en me répétant qu’il réfléchirait sur ce que je venais de lui dire. Depuis ce temps il s’est fait catholique et est maintenant père de famille exemplaire.