‹ Catéchisme de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 8 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Prétendue intolérance de l'Eglise

catholique

SOMMAIRE

I. L'Eglise est intolérante pour l'erreur, mais non pour les personnes. — II. Intolérance des hérétiques qui accusent faussement l'Eglise, — III. L'Eglise a toujours répudié l'erreur et la fausse morale ; en cela elle a imité Jésus- Christ, les Apôtres et les Saints. — IV. Conduite de l'Eglise envers les Albigeois, les Musulmans et les Juifs à l’époque des croisades, — V, L'Eglise ne propage pas la foi par la force : ce qu’on doit penser de l’/nguisition, de la St-Barthélemy et de la Révocation de PEdit de Nantes. — VI, Comment entendre cette proposition : Æors de l'Eglise, Das de salut. — VII. L'Eglise n’est l’ennemie ni de la vraie liberté, ni du vrai progrès.

Na bien souvent adressé À l'Eglise Catho- O lique le reproche d’éxfolérance ; ila y du vrai et du faux dans cette accusation qu’on porte contre l'Eglise.

Il faut distinguer entre l'erreur et les personnes qui professent cette crreur.

Il est vrai de dire que l'Eglise est énfo/érante Pour l'erreur; et comment pourrait-il en être autrement ? N'est-elle pas la gardienne de la doctrine révélée ? Ne doit-elle pas la protéger contre ceux qui la nient, qui la changent ou qui la . tournent en ridicule ? Jésus-Christ ne lui at:il Pas ordonné d'enseigner toutes les nations'et de veiller sur le dépôt de la foi? Elle manquerait donc à sa mission divine, si elle laissait dépérir entre ses mains le trésor précieux qui lui a été légué par son céleste Fondateur et si elle ne cherchait pas à le défendre contre les voleurs qu’elle rencontre sur son chemin.

Mais il est faux de dire qu’elle soit {nto/érante Pour les personnes, Pourvu que ces personnes ne travaillent pas à propager leurs erreurs et à détruire la vérité sous les coups de la persécution, Semblable au divin Maître qui déteste souverainement le péché mais qui aime malgré cela le pécheur, l'Eglise répudie les fausses doctrines, tout en s’efforçant, par des voies de douceur et de persuasion, de ramener au bercail ceux qui les professent.

L'Eglise a été intolérante contre le culte des faux dieux du paganisme, contre les impures doctrines des Gnostiques, des Manichéens, des

Vaudois et des Albigeois, contre les nouveautés sacrilèges des chefs du protestantisme ; mais n’avait-elle pas mille fois raison? Où en serait le monde si elle ne s'était pas opposée comme un mur d’airain à l'invasion de tous les vices et de mille erreurs monstrueuses ? Pourquoi serait-elle en cela plus blâmable que la societé civile qui condamne à la déportation ou à la mort les malfaiteurs et les assassins ? On dit : la société civile est de droit naturel, et par conséquent les moyens de pourvoir à sa conservation sont aussi de droit naturel. Mais l'Eglise est de droit divin: cest donc Dieu lui-même qui lui ordonne de veiller à sa conservation par l'emploi des moyens nécessaires à cette fin: c’est pourquoi elle repousse l'erreur partout où elle la rencontre et cherche à se protéger contre les attaques de son ennemie. :

« L'Eglise a eu recours à la charité pour ramener les errants ; elle n’a invoqué l'appui du bras séculier et appelé la force au service de la vérité, que lorsqu'elle a été obligée de se défendre contre les hérétiques furieux, qui lattaquaient les armes à la main, troublaient la paix publique, et mettaient en question la société civile, aussi bien que la société religieuse. Voilà en trois mots, le résumé de tout ce qui a été fait contre lhérésie, depuis l’origine des siècles : y a-t-il de quoi crier à

68 SATÉCHISME DE CONTROVERSE

l'intolérance et à la cruauté ? » (Abbé Berseaux)

Et quels sont donc parmi les hérétiques ceux qui ont le droit de formuler cette accusation ? Est-ce Luther qui voulait laver ses mains dans le sang des Cardinaux et des Papes? Est-ce Calvin qui poussa la férocité jusqu’à faire brûler le médecin espagnol, Michel Servet? Est-ce Henri VIII, ou Edouard VI, ou Elisabeth, ou Cromwell, ou Jean Knox, eux qui, pour établir leurs systèmes religieux, ont fait Périr sur l’échafaud des milliers de personnes ? Seraient-ce par hasard les disciples de l’impie Voltaire qui voulait écraser l'infâme, ou du sauvage Rousseau qui ordonnait de punir de mort ceux qui, ayant reconnu les dogmes de foi d’un pays, se conduiraient comme ne les croyant pas? Seratent-ce encore les partisans du gallicanisme qui ont opprimé l'Eglise de toutes manières, empêchant les Communications avec le Souverain Pontife, défendant la publication des bulles des Papes, ou voulant forcer l'Eglise à accorder, malgré ses propres lois, la sépulture ecclésiastique à des chrétiens indignes? Non certes, car tous ces partisans de la tolérance universelle ont été bien souvent très intolérants ; ils ont vanté ce qu’il n’ont jamais pratiqué et ils ont flétri chez les autres ce qu’ils approuvaient par leur conduite ordinaire,

Oui, l'Eglise a été intolérante envers l'erreur et la fausse morale, C’est Pourquoi elle s’est élevée avec tant de force contre le dévergondage de la mauvaise presse, contre les mauvais livres et les Mauvais journaux qui empoisonnent les âmes en s’attaquant à la foi Chrétienne, aux bonnes mœurs, et à tous les principes de justice et d’honnêteté,

L'Eglise s’est toujours montrée intolérante contre les cabarets, qui sont la ruine de la fortune et du bonheur des familles, le fléau de la société, la voie du vice et du déshonneur pour les individus. Elle l'a été également contre le luxe effréné, source intarissable de tant de misères de toute espèce ; contre les coupables divertissements du monde où la modestie, la piété et la simplicité chrétienne

viennent faire un si triste naufrage. Mais l'Eglise n'a-telle pas eu raison d'en agir ainsi? Ne de. vrait-on pas la bénir mille fois de ses efforts au lieu de lui en faire un crime ?

On pourrait ajouter avec l'Abbé Berseaux :

« L'Eglise est intolérante, lorsqu'il s’agit d'accorder les honreurs de la sépulture chrétienne à des pécheurs dont le dernier soupir a été un blas- Phème contre le Christ. Mais n’est.il pas juste que ceux qui n’ont pas voulu accomplir les devoirs que l’Eglise impose, ne jouissent pas des honneurs qu’elle accorde ? N'est:il pas juste que

le prêtre refuse les prières publiques à ceux qui volontairement n’ont donné au moment suprême aucun signe public de religion ? N’est.il pas juste qu’il refuse les cérémonies accessoires à ceux qui ont dédaigné les rites importants et nécessaires ? N'est-il pas ridicule, de la part des adversaires, de vouloir qu'on récite pour des impies, après leur mort, des prières à l'efficacité desquelles ils n’ont Pas Cru pendant leur vie? N'est:il pas ridicule encore de vouloir faire inhumer en terre sainte, c'est-à-dire, dans des lieux bénits par l'Eglise pour recevoir les restes sacrés de ses enfants, ceux qui jusqu’à leur dernier souffle, se sont ri des béné.dictions de l'Eglise ?.… Pourquoi seraientils enterrés comme ils n’ont voulu ni vivre, ni mourir?.. M. de Cormenin a dit avec sa nerveuse logique : Ou vous croyez, ou vous ne croyez pas. Si vous ne croyez pas, ne demandez pas à l'Eglise ce qu’elie n’accorde qu'aux croyants : si vous croyez, si vous avez la foi, soumettez-vous à ceux qui ëv crnent la foi (1).»

Jésus-Christ, les apôtres et les Saints de tous les temps n’ont jamais été tolérants pour l'erreur ; ils ont su montrer de la bienveillance pour les Personnes ; ils les ont traitées avec une grande douceur, afin de les ramener à la vérité, mais se

(1) L'Evangile et le s: cle. P. 227.

CATÉCHISMNE DE CONTROVERSE 71

Montrer indifférents pour les doctrines, prétendre qu’elles ont toutes le même droit d'exister et de se propager, jamais ! L'Eglise n'a jamais fait de Concessions touchant le dogme etla morale : éternellement vrais, ils ne Peuvent subir de changement. L'Eglise, comme son divin Fondateur, n’admet pas qu’on puisse servir deux maîtres à la fois, ni qu’on puisse concilier le oui et le non, la vérité et l'erreur, la lumière et les ténèbres. Dieu a créé l'intelligence de homme pour la vérité et son cœur pour aimer Je bien et y tendre; la volonté divine est expresse sur ce sujet et l’homme, créature de Dieu, est obligé de s’y soumettre, D'où il suit que l’homme n’est pas libre de choisir le rual et l'erreur ; s’il le fait, il résiste à Dieu, il s’insurge contre l'Eglise chargée de défendre les droits de Dieu ici-bas.

«Par cela seul, ajouterai-je encore avec le meme auteur, déjà cité, Par cela seul que vous Professez, (vous, Protestants), la tolérance universelle, vous vous condamnez. En effet, un homme qui tolère tout est un homme qui ne tient à rien ; de même qu'un homme qui tolère beaucoup est un homme qui tient à peu de chose ; de même encore qu’un homme qui ne tolère rien est un homme qui tient à tout ce Sur quoi il est intolérant. Par là même que l'Eglise ne tolère rien de ce qui est contraire à la foi et aux mœurs, elle

démontre qu’elle tient fermement à la foi et aux mœurs ; par là même, au contraire, que vous demandez la tolérance pour tout ce qui est opposé à la foi et aux mœurs, vous démontrez que vous ne faites pas plus de cas de la vérité que de l’erreur, du vice que de la vertu, et qu'il est indifférent à vos yeux d’être matérialiste ou spiritualiste.. musulman ou chrétien. Avouez que si vous persistiez dans vos sentiments, vous ne donneriez pas une haute idée de la portée de votre esprit et de la dignité de votre caractère, puisque tout vous paraîtrait également vrai et également faux, également bon et également mauvais. »

« N'est-ce pas une infamie, disent nos adversaires, que de vouloir imposer la foi aux gens, comme l'a fait l'Eglise pour les Albigeois, pour les Musulmans et les Jusfs à l’époque ues croisades ?- La foi est un acte libre et l'Eglise ne peut pas limposer par la force. »

Voici la réponse ; elle est facile.

Les A/bigeois étaient des sectaires très dangereux pour la société ; ils mettaient à feu et à sang des provinces entières et cherchaient à répandre leurs doctrines même par la violence. Leurs principes étaient horribles ; ils réprouvaient le mariage-

<t la famille, rejetaient toute distinction entre le vice et la vertu, cherchaient à anéantir la religion catholique alors reconnue Par tous les gouvernements de l’Europe : si on les eût laissés faire, ils n'auraient produit que des ruines dans le monde chrétien. L'Eglise n’accomplissait-elle pas un devoir, une mission sainte en engageant les fidèles à se liguer contre ces démolisseurs ? Et au lieu de la blâmer d’avoir entrepris une semblable croisade, ne serait-il pas plus juste de l’en remercier avec effusion de cœur ?

Pour ce qui concerne les Musulmans, l'Europe catholique n'eut en vue que de se protéger contre les attaques continuelles de ces ennemis acharnés du nom de chrétien. On sait tout ce qu'ils firent souffrir aux chrétiens en Palestine, en Syrie, en Espagne, et ce qu'il fallut d'énergie persévérante pour les empêcher de prendre racine dans la plss grande partie de l’Europe. C’est l'Eglise Romaine, ce sont les Papes, en particulier, q ont été les sauveurs de l'Europe et qui ont préservé la civils sation d’une ruine complète. Sas eux, %es Musulmans seraient les maîtres de la France, de l'Espagne, de l’Italie, de l'Autriche, etc.

Dans toutes ces iuties sanglantes contre les fanatiques mahomé.aus, l'Eglise nava# pas fintention de leur imposer ja foi malgré eux; 2e voulait surtout se protéger contre leur barbarie et leurs

invasions formidables. Il y a grande différence entre les efforts que fait l'Eglise pour froféger la foi des fidèles et ceux qu’elle fait pour Propager. la foi parmi les incroyants. Je vous ai déjà parlé des premiers, Voici ce:que dit saint Thomas sur le dernier sujet : « Il y a des infidèles qui, comme les gentils et les juifs, n’ont jamais embrassé la foi; on ne doit en aucune manière les contraindre à la foi, parce que pour croire, il faut vouloir. Les fidèles doivent néanmoins, s'il le peuvent, les contraindre à ne pas combattre la foi par leurs blasphèmes, par leurs discours fallacieux et leurs persécutions ouvertes. Aussi les chrétiens ont-ils souvent fait la guerre aux infidèles, non point Pour les forcer à croire, — car quand même ils les auraient vaincus et faits prisonniers, ils les auraient laissés libres, — mais pour les forcer à ne pas empêcher la foi de Jésus-Christ. »

Quant aux /wifs, il est certain qu’ils ont trouvé Constamment auprès des Souverains Pontifes une protection qui leur était refusée par les différents souverains de l’Europe, à cause de leurs rapines et de leurs usures. Qui n'a entendu parler du Ghetto, de ce quartier de Rome qui était comme le paradis des Juifs sous le gouvernement des Papes ?

Certains écrivains trouvent absurde et infâme que l'Eglise songe parfois à se défendre et à protéger la foi des fidèles Par la force des armes. Mais qu’y at-il en cela de blâmable? Ne voit- On pas tous les jours des individus qui défendent leur fortune et leur vie ? Pourquoi ne leur serait-il pas loisible de défendre leur foi, qui est le plus précieux de tous les biens ? On applaudit à un peuple qui court aux armes Pour protéger ses frontières ; pourquoi serait-ce un crime pour une nation chrétienne de protéger par les armes sa foi qui est le plus grand de tous les trésors ?

— Mais revenons-en aux faits, nous disent nos adversaires, et osez nier, si vous le Pouvez, que l'Eglise Romaine a été bien souvent intolérante jusqu’à la cruauté. Aurez-vous le courage d’essayer de justifier les rigueurs sauvages de l’Zrgursition, le Massacre de La Saint-Barthélemy, \e Bannissement des Huguenots par suite de l’édit de Nantes ? Ce sont là des infamies qui souilleront à jamais l’histoire du catholicisme. »

Ma réponse sur ces points sera aussi concise que possible, attendu que je ne veux Pas traiter ici les questions d’histoire, Toutefois retenez bien les conclusions suivantes qui découlent des faits ; elle vous serviront à répondre à ceux qui ont

toujours à la bouche les grands mots d’Inquisition et autres et qui ne savent même pas ce qu’ils signifient.

a) Pour ce qui concerne PINQUISITION, je dirai 1° que ce tribunal, tel qu'établi par les Papes Au treizième siècle contre les Albigeois et au.rzs hérétiques de cette espèce, était un immense bienfait pour la société, puisqu'il la protégeait contre des sectaires turbulents, séditieux et professant des doctrines très dangereuses.

2° que l’Inquisition Romaine fut toujours, relativement aux usages de l’époque, d’une grande douceur et ne condamna jamais les hérétiques à la peine capitale. :

3° qu’elle fut établie dans les divers états de l’Europe à la demande des SOuverains qui la considéraient comme indispensable au bien-être matériel et moral de leurs sujets et comme une protection contre les efforts de l’hérésie.

4° que l’Inquisition espagnole, fondée à la sollicitation de Ferdinand et d'Isabelle, eut un caractère éminemment politique, puisque les inquisiteurs étaient nommés, dirigés, révoqués par le roi et non par l'autorité ecclésiastique,

5’ que les rigueurs de ce tribunal d’Espagne, bien que réelles dans plusieurs cas, ont été considérablement exagérées par la mauvaise foi de certains écrivains impies, qu'il procédait avec

Prudence et que jamais il ne se montra aussi sévère que les tribunaux Purement civils de cette époque.

6° que le nombre des condamnés pour hérésie a été en réalité Peu considérable, attendu que l’Inquisition de ce Pays jugeait d’une foule d'au. tres délits qui n'avaient aucun rapport avec la foi.

7° que l'expulsion des Maures d’Espagne fut une affaire complètement politique, exécutée sur l'ordre du Souverain, et à laquelle l’Inquisition elle-même dermeura tout à fait étrangère.

8° que les Papes renouvelèrent leurs protestations contre la sévérité de certains inquisiteurs et allèrent même jusqu’à les excommunier.

9° que l’Inquisition n’entrava aucunement le Progrès des sciences et des lettres en Espagne, qu’elle préserva ce Pays des guerres religieuses et du poison de l'erreur. En somme, elle commit des abus que l'Eglise travailla à corriger, et elle rendit, malgré tout, de grands services.

b) Quant au Massacre de la SarNr-Barrué.

LEMY, je réponds 1° que le Protestantisme, au moment de son apparition en F Trance au seizième siècle, constituait un grave danger pour la religion et pour l'Etat, au double point de vue social et politique; il bouleversait le royaume, et comme il jouait un rôle tout à fait agressif, il n'avait pas à se plaindre d’une répression un peu sévère ; la

société catholique avait le droit de se défendre.

2° que la royauté française se montra pleine de condescendance pour les sectaires et qu’elle put même mériter le reproche d’avoir été tro: débonnaire, soit par clémence naturelle, soit "2. calculs politiques.

3" que le roi Charles IX et sa cour ‘avaient nullement prémédité de longue main le carnage de la Saint-Barthélemy (qui eut lieu dans la nuit du 24 au 25 août, 1572) ; que le tout fut combiné le jour même du massacre ; que les chefs seuls qui se trouvaient à Paris (Coligny et autres) devaient payer de leur tête leurs complots et leur rébellion, et qu'aucun ordre royal ne fut envoyé aux gouverneurs de provinces pour leur enjoindre d’exterminer les Huguenots ou protestants français.

4° que le nombre des victimes a été fort exa. géré par certains écrivains calvinistes et qu’il peut se réduire à environ quinze ou seize cents,

5° que la religion n’eut aucune part dans ce massacre, que ni cardinaux, ni évêques, ni prêtres, ni moines ne se mélèrent de ce complot et que la politique en dirigea toutes les pénibles circonstances,

6° que le Pape Grégoire XIII fit chanter un Te Deum à Rome, non pas Pour remercier Dieu de ce que les Huguenots avaient été exterminés,

CATÉCHISNE DE CONTROVERSE 79

mais parce qu’il avait été informé que la famille royale avait échappé à un complot des plus affreux.

c) Pour ce qui concerne L'ÉDIT DE NaNTes, rendu par Henri IV en faveur des Huguenots en 1598, et RÉVOQUÉ par Louis XIV, en 1685, je n'hésite pas à déclarer indubitables les points suivants :

1° La liberté des cultes était encore presque inconnue au xvr1° siècle, non seulement en France, mais en Angleterre, en Allemagne, partout,

2° Louis XIV avait raison de travailler à faire disparaître du royaume de France cette anomalie et cette source de discordes intestines en rétablis. sant peu à peu l'unité du culte catholique.

3° Parmi les moyens employés pour atteindre son but, la douceur fut le principal et le plus louable ; mais les rigueurs exercées sur les Huguenots, bien que réelles dans certains cas et répréhensibles, ont cependant été fort exagérées par certains écrivains et étaient en contradiction avec les intentions du roi.

4° Ce monarque avait le droit de révoquer l’édit de Nantes et tous les édits antérieurs, attendu que ce n'étaient pas des traités d'alliance irrévocables, mais des privilèges temporaires n'ayant d’autre origine légale que l'injustice et la violence des Huguenots et susceptibles d’être

rappelés avec le Changement des circonstances.

5° Le nombre des Calvinistes qui émigrèrent à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, fut moins-considérable qu’on ne s’est plu à le dire.

6° Les torts matériels qui résultèrent pour la France de cette émigration, — volontaire de la part des Huguenots, car le roi avait défendu de sortir du territoire français, —furent peu sérieux et amplement compensés par l'unité religieuse et nationale, par la cessation des guerres civiles, par la prospérité générale du Pays qui en fut la conséquence.

7° L'Eglise, (c’est-à-dire les évêques et le Pape) ne fut pour rien dans cet acte du roi, non plus que dans les violences qui accompagnèrent les dragonnades de Louvois, et elle ne se servit toujours envers les Huguenots que des armes de la Charité évangélique et de la persuasion.

« N'est-ce pas une cruauté, nous disent encore les protestants, de soutenir que, ors de l'Eglise Romaine il ny à 2as de salut? Que deviennent alors les grécs schismatiques, les anglicans, les cajvinistes, les méthodistes, les quakers, les presi.ytériens, les baptistes etc ? Est-ce que vous les Envoyez tous en enfer? L’intolérance Pourraitelle être portée plus loin et l'Eglise catholique

ne s'arroge-t-elle pas le droit de juger les hommes, droit qui appartient exclusivement à Dieu ? Les protestants ne pourraient.ils pas être en possession de la vérité tout aussi bien que les catholiques ? »

RÉPONSE, — Il y a plusieurs remarques à faire sur ce sujet. 1° Cette intolérance n’est pas particulière au catholicisme, car toutes les anciennes confessions de foi protestantes, saxonne, suisse, belge, écossaise, calviniste, etc. énonçaient le principe que hors de l'Eglise véritable du Christ il n’y a pas de salut possible, le Sauveur ayant fait aux chrétiens une obligation stricte d’obéir à son Eglise.

2° Sans aucun doute, il n’y a pas de salut possible, lorsqu'on est hors de l'Eglise par sa faute et volontairement, car alors on méprise l'autorité divine de l'Eglise, on se montre rebelle à Jésus- Christ et il est impossible de se sauver dans l’état de révolte contre Dieu. Mais il est faux de dire qu’il n’y a pas de salut hors de l'Eglise, lorsqu'on y est érvolontairement ou Par ignorance, car là où il n'y a point de volonté, il n’y a point de péché.

3° Il y a aussi chez les hérétiques et les schismatiques des hommes qui sont absolument dans la bonne foi; souvent ils auront été élevés en dehors de la véritable Eglise par des parents qui n’ont jamais aperçu le flambeau de la vérité, ou

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

RE

FEEFEEEE

FFFF N [e]

EF F Fe

Page 1